6 - Publication de CORPUS - Partie 2 Chapitre 1 Véréna

Publié le 11 Octobre 2013

Allez on démarre cette deuxième partie pour de bon.

J'ai donc écrit trois nouvelles, qui ne sont pas disponibles en intégralité via le site CORPUS. Je mettrai en place un petit lien de téléchargement d'ici la fin de l'année pour que tous les textes soient disponibles en intégralité sous format PDF.

Histoire d'avoir un support accessible en parallèle du web-livre.

VISUALISATION DES PREMIERES LIGNES

Sur le site, vous pouvez voir directement le lien entre la sculpture choisie de Pauline Ladier, et les premières lignes de ma nouvelle.

De quoi vous donner quelques minutes de lecture en silence, ponctuée de cette image dont le rôle dépasse la simple illustration de couverture.

RESUME ET INTENTIONS

J'avais très envie d'écrire sur un écrivain. C'est un fantasme partagé par de nombreux auteurs j'ai l'impression, au vu de la part importante d'écrivains parmi les héros de récits de toute sorte (aventure, policier, romantique, thriller etc.).

Cet écrivain va se retrouver confronté dans un premier temps à la mort d'une romancière rivale, Véréna. Alors qu'il tente d'écrire un hommage, à la demande insistante de son éditeur qui pense que ça redonnerait un élan à sa carrière, il est sous le choc en voyant apparaître le fantôme de l'héroïne qui a fait son succès littéraire, Bérénice.

Etrangement, cette apparition trouble sa vision quant à la disparition de Véréna. Y-a-t-il un lien avec ce qu'il avait lui-même imaginé et écrit?

EXTRAIT CHOISI

Il ouvrit avec délice la porte d’entrée de sa chambre et le bouquet de passiflores jaunes lui sauta immédiatement aux yeux. Il se dit que soit la femme de chambre n’avait rien remarqué de son regard mal placé une heure plus tôt et était infiniment consciencieuse, soit avait apprécié la façon dont il l’avait regardé et avait décidé de jouer le jeu en lui envoyant un signe. Souriant à cette deuxième hypothèse, qu’il savait être fausse puisqu’elle répondait à un pur fantasme dont rêvent certains hommes touchés par la solitude de leurs soirées d’hôtel, il se déshabilla et s’engouffra dans la baignoire qui trônait sur une estrade en cèdre. Il sentit ses muscles fondre dans l’eau moussante et ferma les yeux sans plus songer au temps qui défilait. Un brusque réveil de son pénis lui fit rouvrir les yeux subitement. Son désir venait de surgir dans son corps et l’envahissait jusqu’à son visage qui devint rouge. Il fallait qu’il arrive à joindre sa femme, tout de même ! Il se rendit compte qu’un minimum de distance et de temps de séparation entre eux deux était nécessaire pour qu’il mesure la grandeur de l’amour qu’il lui portait. C’était malheureux. Car Gaëlle, il en avait la certitude, n’avait pas besoin de ces minimes mises à l’épreuve pour lui prouver qu’elle l’aimait. Il se leva et enfila sur sa peau trempée un peignoir blanc crème.

Il se disait qu’il y avait quelque chose de bizarre. L’odeur avait changé, elle était désormais emprunte de rose. Mais il n’y avait aucune raison que ça sente la rose dans sa chambre, jusque dans la salle de bains. Il pénétra de nouveau dans sa chambre et la vision du bouquet le frappa de plein fouet.

Il se précipita sur le téléphone et composa le numéro de la réception.

« Envoyez-moi la personne en charge de la chambre 208 ! » Dit-il sur un ton sec qui dut surprendre le garçon de l’accueil.

Elle se foutait de sa gueule ou quoi ? Il avait la bouche sèche. Il ne supportait pas découvrir qu’un intrus s’était introduit dans sa chambre pendant qu’il se trouvait lui-même dans sa salle de bains. Surtout pour lui faire cette petite blague sordide.

La femme de chambre frappa doucement à la porte et n’attendit pas de confirmation de la part de Michel pour entrer. Son regard se porta en premier sur le bouquet de roses et se tourna ensuite sur le visage livide de Michel avec une expression légèrement goguenarde.

« Que puis-je faire pour vous monsieur ? ».

Michel était bouche bée. Devant lui se tenait non pas la femme de chambre qui lui avait promis des passiflores mais Bérénice, sortie tout droit de son roman, Bérénice.

« - Qui êtes-vous ?

  • Je vous demande pardon ?

Elle n’avait pas du tout la voix que Michel avait imaginée. Plus douce, plus fragile, davantage blessée.

  • J’aimerais avoir affaire à la même femme de chambre que tout à l’heure, si possible.
  • C’est moi-même. Si toutefois vous souhaitez changer de personne pour vous rendre service, je me chargerai des formalités à l’accueil.

Elle avait pris un ton légèrement vexé, et Michel retrouva le froncement de sourcil qu’il s’était maintes fois dessiné dans sa tête, alors qu’il écrivait son histoire. Il ne savait comment surmonter son trouble, ni de quelle manière confondre l’usurpatrice qui lui faisait cette mauvaise farce. Il prit une grande inspiration et une odeur de frangipane lui effleura les narines. Il eut un pressentiment soudain et se retourna de nouveau vers la maudite table basse. Il ne put retenir une exclamation rauque et manqua de s’étrangler. Les passiflores jaunes semblaient le fixer sournoisement, comme si elles voulaient s’imposer et signifier qu’elles n’avaient jamais disparu.

Il eut peur de recroiser le regard de la femme de chambre. Peut-être la vision de Bérénice avait-elle disparu elle aussi. Alors il répondit en restant le dos tourné à elle.

  • Non, non. Tout va très bien. Je crois que j’ai eu une petite faiblesse. Cela m’arrive souvent lorsque je sors précipitamment du bain.
  • Très bien. Dans ce cas, monsieur, il ne me reste plus qu’à vous rappeler que le dîner sera servi à partir de dix-neuf heures quinze dans la salle dite « de la cheminée ». Il me semble que vous la connaissez. Le directeur tentera de vous rejoindre si sa soirée n’est pas trop chargée.
  • Merci beaucoup. Et veuillez m’excuser pour mon comportement agressif et étrange à votre égard.
  • Je vous en prie. »

Il eut la désagréable certitude qu’elle attendait qu’il se retourne, mais quelques secondes plus tard il entendit avec soulagement la porte se refermer sur le fantôme de Bérénice.

6 - Publication de CORPUS - Partie 2 Chapitre 1 Véréna

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Mes écrits : Poids Plume

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