"LE BLOC", VOYAGE AU BOUT D'UNE NUIT

Publié le 9 Janvier 2014

Dans la France des années 2010, une nouvelle flambée de violences dans les banlieues, d'une intensité sans précédent, conduit naturellement la droite modérée à solliciter l'entrée au gouvernement de l'extrême-droite. Jusque-là, rien de très neuf par rapport à ce qui semble être le serpent de mer des éditoriaux depuis de nombreuses années.

"LE BLOC", VOYAGE AU BOUT D'UNE NUIT

De fait, "Le Bloc" apparaît de prime abord comme une sorte de livre d'histoire dont les noms propres auraient été modifiés, et le lecteur averti n'aura aucun mal à faire le parallèle avec les noms et événements originaux.

Il ne s'agit cependant pas d'une histoire non-autorisée du Front national, mais d'un roman noir passant au crible, alors que se négocie l'espace d'une nuit la participation du "Bloc" au gouvernement, la psyché de deux de ses cadres historiques, l'un ministrable, l'autre proscrit.

Commence alors un flash-back de 320 pages, entrecoupé de lentes progression durant la nuit fatidique, où Maynard et Stanko se remmémorent leur passé, leur entrée au "Bloc", leur cheminement aux côtés du parti, leurs aventures personnelles. Le style de ce roman, empreint d'un vocabulaire cru et de cynisme, n'est pas sans rappeler le Voyage au bout de la nuit de Céline. Derrière les pérégrinations des deux "bloquistes" perce avant tout un rejet de leur part de la société qui les entoure, si ce n'est de l'ensemble de l'humanité.

Au fur et à mesure des réminiscences se dessinent les trajectoires de deux protagonistes ayant a priori peu en commun. Stanko ancien "gros bras" issu des quartiers populaires du Nord incarne le courant historique du Bloc ; Maynard, intellectuel rouennais sans histoires et dont l'engagement est autant issu de l'attrait exercé sur lui par la dirigeante du Bloc du programme de ce parti, incarne un Bloc plus présentable.

Le lecteur se voit ainsi proposer un tableau historique de deux sociétés parallèles quoique voisines formant les France "d'en haut" et "d'en bas", tableau entrecoupé des péripéties liées à la chasse à l'homme dont Stanko fait l'objet.

Sur le plan littéraire, "Le Bloc" réussit la synthèse entre le polar, le roman noir, et le roman historique, ce qui en fait un ouvrage agréable à lire et dont il est difficile d'interrompre la lecture, dans la mesure où l'on perçoit l'approche graduelle du dénouement final sans pour autant pouvoir en deviner les détails.

Il s'y trouve donc à mon sens un mélange subtil entre plongeon dans les arcanes de l'histoire, introspection et bonnes scènes de polar, le tout dans un univers où les règles et conventions s'estompent pour laisser place à l'explication définitive entre des personnages que finalement peu de choses rapprochaient.

"LE BLOC", VOYAGE AU BOUT D'UNE NUIT

Au-delà de son style, l'ouvrage porte en lui un message critique sur lequel le ton des phrases descriptives laisse peu de doute. Si l'auteur ne peut guère être suspecté de complaisance envers les protagonistes de son roman, force est de constater qu'il n'en a guère davantage envers une classe politique à laquelle il reproche à bien des égards d'avoir porté le Bloc aux portes du pouvoir en créant une masse de laissés-pour-compte revanchards.

"Le bloc" est, pour toutes ces raisons, à lire. Roman noir, témoin de son temps, ou prophétie sur le devenir de la scène politique française ? Seul le temps le dira.

Pierre Niocel

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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