Ecrire le cinéma: Vivà la libertà - encore un prodige de Toni Servillo

Publié le 14 Février 2014

Il y a eu La Grande Bellezza l'année dernière, film mélancolique, poétique, magnifique tant par l'image que par la réalisation. Et l'acteur, Toni Servillo qui donne un sens au mot "incarner" quand on le voit dans la peau de ce personnage.

J'ai vu ce film alors que l'Italie connait (encore!) une période politique mouvementée: Démission d'Enrico Letta, membre du Partito Democratico, au profit certainement de Renzi, membre du même parti qui l'a détrôné.

Ce même Renzi qui, pourtant dans le parti dit de Centre gauche, rencontre Berlusconi pour négocier sur de divers points et finit même par défendre les idées du Cavaliere qui s'en réjouit (car le bougre de Berlu remporte des victoires importantes dans cette période délicate pour lui, en regagant le crédit des responsables politiques... On pensait l'évincer enfin pour toujours? Bah voilà).

Synopsis:

Enrico Oliveri, secrétaire général du parti de l’opposition est inquiet : les sondages le donnent perdant. Un soir, il disparaît brusquement laissant une note laconique. C’est la panique au sein du parti, tout le monde s’interroge pour essayer de comprendre les raisons de sa fuite pendant que son conseiller Andrea Bottini et sa femme Anna se creusent la tête pour trouver une solution. C’est Anna qui évoque en premier le nom du frère jumeau du secrétaire général, Giovanni Ernani, un philosophe de génie, atteint de dépression bipolaire. Andrea décide de le rencontrer et élabore un plan dangereux.

 

Vivà la libertà est ainsi une fable, "réaliste" selon son réalisateur, mais surtout splendide:

- Une réalisation assez ingénieuse car il s'agit de mettre en scène deux frères jumeaux, qudoivent apparaître comme remarquables de par leur ressemblance physique et de leurs différences de personnalités

- Un scénario simple dans l'histoire, subtil, très subtil pour les dialogues (c'est un régal)

- Des acteurs impeccables, entre tragicomédie, dérision, caricature de la politique et réalisme (sauf pour Valeria Bruni Tedeschi qui m'a déçue, je trouve qu'elle a toujours la même tête et que ses rôles ne sont pas différents, elle fait toujours du Bruni-Tedeschi...)

- La musique! Sublime

 

Attention, ici je trouve que la bande annonce, déjà assez réussie, ne reflète pas vraiment ce qui se passe dans le film, qui est emprunt d'une autre dimension que la douce comédie (satire, burlesque, moments de rupture plus lents et mélancoliques voire contemplatifs...)



Et il y a Toni Servillo, qui accomplit des miracles. Dès la première seconde, on croit à ce politique qui a vécu, qui est fourbu, qui est rompu par la politique et qui n'en peut plus. Puis, à la seconde où on découvre son frère jumeau (philosophe qui a fait des passages en hôpital psychiatrique), on découvre un autre homme, pareil et tellement différent à la fois.

Sans tomber dans la farce, c'est un véritable tour de force accompli par l'acteur, qui a déjà interprété un homme politique, Giulio Andreotti dans Il Divo, et qui y avait pu révélé sa capacité à se métamorphoser.

Ecrire le cinéma: Vivà la libertà - encore un prodige de Toni Servillo

On a des moments de grâce, comme cette scène où le jumeau fou, dans son rôle de chef de parti de l'opposition, rencontre la chancelière et... (surprise).

Où quand il redonne vie à un poème de Bertolt Brecht en plein metting au point de donner envie à son bras droit, pourtant au courant de la supercherie, de voter pour lui...

Je suis la première à dire que notre erreur en politique est de vouloir compter sur un homme providentiel, alors qu'il faudrait un collectif de gens de bon sens au lieu d'un héros. Ce dernier est finalement une simple image, un fantasme, et peu de héros politiques ont vraiment existé.

 

Ce film donne envie d'en avoir un, d'homme éclairé, qui semble fou mais qui donne en fait des leçons à tout ce petit monde bien pourri.

Pour moi, il montre aussi  que ce n'est pas possible en réalité, car ces hommes là sont providentiels s'ils sont préservés du système, et s'ils arrivent sur le devant de la scène, écoutés par une population entière, sans avoir été corrompus par la politique auparavant. Ca me semble impossible.

Cet extrait, cité (si c'est bien ce que j'ai retrouvé) dans le film en scène de meeting, vient du poème "Aux hésitants"

 

Tu dis:
Les choses tournent mal pour nous.
Les ténèbres montent. Les forces diminuent.
Maintenant, après toutes ces années de travail,
Nous sommes dans une situation plus difficile qu’au début.

Et l’ennemi se dresse plus fort qu’autrefois
On dirait que ses forces ont grandi. Il a pris une apparence invincible.
Et nous avons commis des erreurs, nous ne pouvons plus le nier.
Nous sommes moins nombreux.
Nos mots sont en désordre. Une partie de nos paroles
L’ennemi les a tordues jusqu’à les rendre méconnaissables.

Qu’est-ce qui est donc faux dans ce que nous avons dit,
Une partie ou bien le tout?
Sur qui pouvons-nous compter? Sommes-nous des rescapés, rejetés
d’un fleuve plein de vie? Serons-nous dépassés
ne comprenant plus le monde et n’étant plus compris par lui?

Nous faut-il de la chance?
C’est ce que tu demandes. N’attends
pas d’autre réponse que la tienne.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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