Intermittents du spectacle: brique par brique, faut-il tout détruire?

Publié le 17 Février 2014

Vendredi, quelles que soient les interprétations qui courent sur la toile au sujet du contexte de ces déclarations, j'ai apprécié voir et écouter Virgnie Guilhaume, présentatrice des Victoires de la Musique, défendre la cause des intermittents elle-même, en direct et devant la Ministre de la culture qui était dans la salle.

"Depuis 48 heures, les artistes et techniciens du spectacle subissent une attaque sans précédent"

"Aujourd'hui, bon nombre d'entre nous peinent à vivre de leur art et de leur métier. Et c'est parce que nous avons des droits sociaux que chaque jour, nous pouvons rencontrer tous les publics, dans toutes les salles de spectacle. Que serait demain une société sans artiste, sans théâtre, sans cinéma ?"

"Le gouvernement ne peut pas laisser casser la création artistique"

une manifestation prévue le 27 février, pour lutter "contre ce coup de force."

 

Pour une fois, pas de coup de force de manifestants pour s'introduire dans la salle et faire contraste avec les people en paillettes étonnés de voir les moins favorisés de leur profession s'immiscer dans leur soirée.

Rien que pour ça, Virgnie Guilhaume serait à remercier.

Mais que propose donc le Medef qui fait s'élever tant de voix scandalisées?

 

La suppression du régime des intermittents du spectacle, provoquant de vives réactions syndicales ainsi qu’une occupation du hall du ministère de culture.

 

=> Assurance-chômage. Aux annexes VIII et X : les règles d'indemnisation propres aux professionnels du spectacle. 507 heures travaillées dans les 10,5 derniers mois (pour les artistes) ou 10 (pour les techniciens) ouvrent droit à 243 jours d'allocation.

Pourquoi?

 

Les sages de la rue Cambon (Cour des Comptes, en 2012) s'alarmaient d'une "dérive massive" du régime : un milliard d'euros de déficit par an soit, pour 2010, un tiers du déficit global de l'Unedic pour seulement 3 % des bénéficiaires...

1 milliard.... vraiment?

 

Les ministres (Culture et Travail) peuvent s'appuyer sur un rapport de l'Assemblée, publié en avril dernier et confié au socialiste Jean-Patrick Gille, qui reprend pour une large part l'analyse du sociologue Mathieu Grégoire*. Ce dernier remet en effet en cause le raisonnement même de la Cour des comptes. Parler d'un déficit d'un milliard, et d'un tiers ou d'un quart du déficit global de l'assurance-chômage revient à traiter les annexes VIII et X comme une caisse spécifique, en faisant fi du principe de solidarité interprofessionnelle. Que les précaires (intérimaires, CDD ou intermittents) reçoivent, à la différence des salariés en CDI, davantage de subventions qu'ils ne versent de cotisation est la logique même, souligne-t-il.

Exit le milliard, donc. Le rapport Gille avance un nouveau chiffre. Le véritable coût de l'intermittence s'élèverait en réalité à 320 millions d'euros annuel : ce qui correspond, selon l'Unedic, aux économies qui seraient faites si les bénéficiaires sortaient des annexes VIII et X pour rejoindre le régime général. Important, mais bien moindre. Surtout à considérer qu'une telle décision risquerait de porter un coup fatal à l'exception culturelle française, et à la vitalité de la création.

Ces infos, je les sors du Point. Plus gaucho, ça se trouve. L'article complet, qui analyse bien l'avis de la Cour des comptes, est disponible ci-dessous.

Morale?

 

En arriver, quelle que soit l'issue, à un message venant d'un "groupe" et non d'une institution unique, qui n'a par définition aucun recul sur la situation dans son ensemble.

On parle de discutions avec les "partenaires", sans arrêt. Est ce qu'on peut faire en sorte que ça se passe vraiment comme ça? Ca serait tellement plus productif...

Intermittents du spectacle: brique par brique, faut-il tout détruire?

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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