Les femmes dans la révolution - deux écrivaines syriennes à l'honneur

Publié le 25 Février 2014

Je ne parlerai pas de la révolution ukrainienne, et ne me focaliserai pas non plus sur la reconnaissance des femmes violées pendant lé révolution Libyenne comme victimes de guerre.

Je souhaite aborder, plutôt, un sujet qui m'a alertée en décembre 2013. Depuis, je n'ai rien trouvé sur ce qu'est devenue Razan Zaitouneh (et des trois autres militants de l'opposition enlevés en même temps qu'elle).

Cela fait presque deux mois.

Voilà ce qu'elle a écrit, juste avant de se faire enlever (car il s'agit d'une écrivaine, reconnue comme une des militants emblématiques de la révolution syrienne):

 

"

- De Ghouta, environs de Damas [région aux mains des rebelles]

La route est longue et plantée d’obstacles et de mines. Seule la chance guide nos pas contre le danger. La route sombre n’est éclairée que par notre foi et ce qui reste de notre rêve.

Pendant trois jours, les nouvelles de la route éclipsaient toutes les autres. La route ouvre ses bras aux corps des jeunes, tombés l’un après l’autre en résistant à sa fermeture et qui forment un pont pour permettre aux vivants de le traverser jusqu’au bout. Pendant trois jours, les minarets n’ont pas diffusé d’appel à la prière, mais des voix faibles et brouillées, parasitées par le vent qui égrenaient les noms complets des martyrs. Chaque fois que nous entendions grésiller le son familier des hauts parleurs avant la voix du muezzin, nous savions qu’un nouveau martyr venait de tomber s’ajoutant aux autres qui ont voulu défier la route féroce. Pas de temps pour la tristes
se !

Tout le monde a accepté la réalité de cette route revêtue des corps de nos jeunes. La douleur est là mais la joie aussi ! Tout le monde célèbre la route et suit ses nouvelles qui sont les nôtres comme si nous formions une longue chaine humaine portant des pelles en avançant lentement mais sûrement jusqu’au bout du chemin.

Cette femme a eu le prix Sakharavo en 2011 (pour sa liberté de penser), et était interdite de sortie de territoire syrien depuis 2002, après avoir créé une association de lutte pour les droits de l'homme.

Une autre écrivaine, Samar Yazbek, mérite peut-être d'être citée. Les écrits que je retrouve d'elle sur la Syrie datent de 2011. Depuis juillet de cette année 2011, elle est en France (d'après ce que j'ai compris).

 

"Je vais infiltrer le sommeil des tueurs et leur demander : les avez-vous regardés dans les yeux quand vos balles ont atteint leurs poitrines ? Avez-vous aperçu le trou de vie ? Avant que le ciel de Damas ne s’assombrisse, fixez bien les cercles rouges sur leurs fronts et leurs ventres, là où nos regards se sont arrêtés. Ici à Damas, les yeux des tueurs vont bientôt dormir et nous resterons à veiller sur l’angoisse."

Je finirai par ce dessin d'Ali Farzat, agressé en août 2011 pour ses dessins:

"Le bref enlèvement du journaliste, puis son passage à tabac par des inconnus, dont il est sorti les mains brisées, étaient le châtiment réservé à quiconque ose exprimer ses opinions."

Les femmes dans la révolution - deux écrivaines syriennes à l'honneur

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume, #Compagnons de route

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