Un nuage vert au-dessus de Grenoble

Publié le 31 Mars 2014

J'avais lu le billet 9/15 de Daniel Schneidermann au lendemain du premier tour. Très intéressant, car il répond à l'unicité déconcertante du discours de l'ensemble des médias depuis la veille: labstention-racléeps-vaguebleuemarine, le tryptique parfait.

 

D'ailleurs, une digression s'impose. La gauche perd les élections et l'UMP est vainqueur (encore que...), c'est certain. MAIS le FN n'est PAS le troisième parti de France. Bien avant lui, il y a l'UDI (Rama Yade l'a rappelé sur le plateau de France 2) et le Parti Communiste ainsi que le Front de Gauche. Sauf que personne n'a parlé pour eux... Pourquoi? Parce que France 2 participe au mouvement massif "oh mon Dieu le FN, parti horrible d'extrême droite, risque de faire un bon score", mais préfère inviter Marine Le Pen, Louis Alliot et toussa, en évinçant TOUT ce qui est à gauche du PS (ça en fait quand même un paquet). Quelle est la légitimité d'une émission sur France Télévisions quand on évince ceux qui représentent 10% des électeurs en moyenne? D'autant plus à des élections locales, qui voient davantage d'élus de gauche que les nationales, soit 5 fois plus de maires que le FN dans les villes de plus de 10 000 habitants ?

Ainsi, être contre le social-libéralisme du gouvernement actuel, c'est être dans les Verts, au Centre, à droite, ou à l'extrême droite. Mais pas à gauche. Bref, qu'on soit de gauche ou de droite, le traitement médiatique de ces élections a de quoi inquiéter gravement. En attendant les européennes...

 

Résultats clés (nombre de sièges):

Front de gauche et extrême gauche: 1 233

PC: 1 589

FN: 1 496

Extrême droite: 102

Socialistes + Union de la gauche: 11 754 + 12 781 = 24 535

UMP + Union de la droite: 10 545 + 10 717 = 21 262

Divers gauche: 42 277

Divers droite: 74 934

 

LECON 1: le FN et l'extrême droite sont derrière les deux partis à gauche du PS

LECON 2: l'UMP n'est pas tellement vainqueur puisque ce sont les sans-étiquette de droite qui l'emportent très largement et permettent cette fameuse vague bleue. Le PS remporte plus d'adhésion (nombre de sièges) que l'UMP...

 

"Municipales : regarder Grenoble
 

 

Et Copé intervint en duplex. France 2 venait de livrer une volée de résultats de municipales impossibles à interpréter, quand arriva Copé, en direct de Meaux. Ah tiens oui, à propos, Copé était candidat à Meaux. Et réélu. Dès le premier tour. Avec 64% des voix. Réélu au premier tour, comme Woerth à Chantilly, ou Balkany à Levallois. Copé, Woerth, Balkany. Eclatante démonstration de la résignation de l'électorat aux tripatouillages, aux arrangements, aux villas de rêve aux Antilles, au personnel municipal larbinant au domicile du maire, aux bureaux d'études copains. Il ne s'est pas trouvé, à Meaux, Levallois et Chantilly, assez d'abstentionnistes de gauche pour trouver l'énergie d'aller jusqu'au bureau de vote, barrer la route à ces maires impliqués dans les "zaffaires". Si Buisson avait été candidat, qui peut jurer qu'il n'aurait pas été élu ?

Résumons les choses. La majorité se prend 1) une gifle 2) une branlée 3) un sérieux avertissement. Rayez les mentions inutiles, et souvenez-vous des précédentes municipales : le film était le même, avec appels au remaniement, effroi devant "la montée du FN". Quand on dit "la majorité", ce n'est pas tout à fait exact. EELV limitant les dégâts, c'est plutôt le PS seul, qui se prend la baffe. Aux historiens qui se pencheront un jour, avec un peu de recul, sur l'histoire du PS dans le dernier demi-siècle (rien que ça), il incombera d'expliquer cette malédiction "mollettiste" du socialisme français, de Mitterrand à Hollande en passant par Jospin, éternellement élus avec des trémolos anti-finance, et appliquant éternellement, une fois élus, la politique de l'Allemagne et des marchés. Ce qui n'empêchera pas les mêmes électeurs, à la prochaine présidentielle, de succomber aux prochains trémolos anti-finance de Hollande, ou d'un autre.

Eternellement ? Allez, une note d'optimisme. Vous avez entendu parler de Marseille, de Hénin-Beaumont (1), de Paris 14e, de Béziers, de Beaucaire, d'Avignon. Avez-vous, dans les soirées télé électorales, entendu parler de Grenoble, où une alliance EELV-Parti de Gauche, menée par un certian Eric Piolle dont la biographie n'est pas sans rappeler un certain Hubert Dubedout (2), est arrivée en tête (29%), devant le candidat PS-PC (25%) ? Comme je sais que la réponse est non, et comme je crois deviner que le sort de Grenoble pourrait bien vous intéresser dans la semaine qui vient, je ne saurais trop vous conseiller, pour vous mettre à jour, la lecture de cet excellent reportage de Mediapart (3)sur cette ville qui fut "le laboratoire de la gauche", et pourrait bien le redevenir. On en reparlera."

Un nuage vert au-dessus de Grenoble

Donc... Que s'est-il finalement passé à Grenoble? L'EELV est passé.

 

"Le favori Eric Piolle (EELV) était arrivé en tête au premier tour avec 29,40% des voix, devant Jérôme Safar du PS (25,31%). Pour éviter une quadrangulaire et afin de faire barrage à la Droite et au FN, Jérôme Safar était supposé accepter un accord avec EELV. Ce qu'il n'a pas fait. Sa décision a provoqué la colère du parti des écologistes comme du PS, qui lui a retiré son investiture quelques heures après l'annonce de sa décision."

Sinon, ce qui compte, c'est de surveiller ce qui se passe maintenant à Grenoble et ce que la nouvelle équipe municipale va faire... le programme est sacrément ambitieux. Ils seront attendus au tournant.

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume, #Je prends ma plume...

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