De la grève et des grèves

Publié le 30 Septembre 2014

Il y a une grève aujourd'hui. Mais laquelle, et ça en fait combien depuis la rentrée? Difficile de tenir le compte. Surtout que ceux qu'on voit manifester leur mécontentement ne sont pas les plus habitués de l'exercice.

LA citation à retenir

Que la revendication soit légitime ou non, il ne faut pas oublier une chose, ce n'est pas facile de faire grève. Et heureusement, quelque part. Car quand elle est déclarée, cela signifie qu'elle est sérieuse ("on en a gros", comme dirait un personnage de Kaamelott).

Devinez qui est l'auteur de cette citation?

La grève, un chantage ? L’a-t-on assez souvent entonné, cet odieux refrain, dans tous les partis conservateurs ! La grève n’est un plaisir pour personne. Et elle atteint d’abord ceux qui n’ont plus que ce moyen-là pour défendre leur droit de vivre. La perte de salaire, la crainte du chômage, l’angoisse au foyer de chacun, la gêne pour tous, le danger d’être mal compris par d’autres catégories de travailleurs, tout cela il faut que les grévistes le supportent, tandis que les maîtres de l’appareil de production spéculent sur la lassitude engendrée par tant de misère.

Pas de télé pour les forêts

La grève que je vais surtout mentionner est la moins médiatisée (il me semble) de cette rentrée. Elle concerne l'Office National des Forêts, qui, dans un projet de loi, voit l'Etat transférer une partie de sa responsabilité de payeur sur les communes.

Extrait d'un article détaillant le problème

« Il était question que les communes forestières versent 14 euros par hectare, contre 2 actuellement. Et les frais de garderie seraient passés de 10 à 15 % pour les communes situées en zone de montagne et de 12 à 18 % pour les autres communes ».

Des augmentations qui auraient pu entraîner des conséquences importantes pour la forêt. « Certaines communes auraient pu cesser de faire appel aux services de l'ONF et se tourner vers des prestataires privés. L'ONF garantit une gestion durable. La biodiversité, l'environnement occupent une place importante dans les plans d'aménagements qu'ils présentent aux conseils municipaux. Les prestataires privés n'auraient peut-être pas les mêmes préoccupations. »

Les forestiers (surtout des agents mais également des cadres), se sont réunis devant le siège de Paris pour dénoncer ces mesures en soutenant les communes, mais également pour défendre la stabilité de leur budget qui garantit l'exercice d'un service public respectueux de l'environnement et une production de bois viable.

Autre combat et pas des moindres, la réclamation de l'arrêt des suppressions de postes: 700 postes à supprimer entre 2012 et 2016, sur 10 000 emplois au total (certains s'inquiètent d'une rumeur de plan de suppressions de postes supplémentaires).

Les professions libérales ou la lutte contre une trop grande ouverture à la concurrence

La suppression du Numerus Clausus, l'autorisation pour un plus grand nombre de praticiens ou autres professions d'exercer certains actes jusqu'à présent réservées à des professions spécifiques... les professions libérales entendent faire respecter le cadre qui protège leur activité.

Sachant que pour la plupart de ces professions, la sélection est très rude, serait-ce intéressant d'ouvrir les activités pratiquées à un plus grand nombre de personnes, sur le critère de la capabilité (du fait des études) et non sur le critère de la sélection des meilleurs (en début de cursus pour les professions para-médicales)? Là, je suis incapable d'avoir un avis constructif.

Au moins, on a quelques infos avec cet article du Monde. Mais j'imagine que les principaux concernés trouveront bien pauvre la teneur du tout petit paragraphe associé à chaque activité. Difficile de se positionner...

Pauvre Air France - Combien ça coûte?

C'est marrant, cette propension à citer ce chiffre plus que n'importe quel autre dès qu'on parle d'une grève dans une grande entreprise: Combien ça coûte par jour?

Et alors? C'est parce que ça coûte cher qu'il ne faut pas faire grève? C'est parce que ça coûte cher que la direction devrait faire vite des concessions pour éviter de perdre plus? Pourquoi déplacer le curseur sur ce point?

On n'est plus, et on ne l'aura jamais été, dans le fond de ce qui a motivé les pilotes et personnels d'Air France et filiales à faire grève. Les revendications - notamment que les pilotes des lignes low cost doivent être payés autant que ceux d'Air France - passent au second plan.

Ta revendication est-elle légitime? On s'en fout, on veut savoir combien ça coûte.

Au fait, la citation du début, c'est François... Mitterrand, en 1975, avant d'arriver au pouvoir. (La Paille et le Grain).

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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