Sils Maria - l'énigme cinématographique

Publié le 17 Septembre 2014

J'ai vu ce film il y a dix jours environ et n'ai toujours pas tout à fait compris ce que le metteur en scène - Olivier Assayas - a voulu faire passer comme message.

Pourtant, le film est beau, bien joué, intelligent (trop?), et suscite une certaine réflexion.

Le sujet - le temps qui passe à travers une pièce de théâtre

C'est brillant - si je vous jure. Juliette Binoche joue une comédienne célèbre, qui a fait ses premiers pas sur les planches à 18 ans pour interpréter Sigrid, une jeune ambitieuse et manipulatrice. Sigrid, dans la pièce, joue psychologiquement et jusqu'à la torture avec une femme mure, Helene, qui finit par se suicider. La comédienne a l'air d'être encore influencée par son personnage sauf qu'elle a maintenant 40 ans et qu'on lui demande de rejouer cette pièce, en interprétant Helena cette fois.

Comme la mise en scène prend le parti de s'intéresser à la comédienne dans sa vie en coulisses, avec son assistante et durant les répétitions, on se doute que le fait qu'elle accepte de jouer Helena va rebondir sur elle, dans son intimité. Comment, on s'en doute mais on sera en fait surpris. Son assistante va-t-elle malgré elle l'influencer comme Sigrid a influencé Helena?

Pas si simple. C'est ce qui rend le film à la fois intéressant et un peu trop énigmatique. D'ailleurs, si on lit différentes critiques (Télérama, Clapmag etc.), on tombe sur autant d'interprétations différentes qu'il y a de critiques ciné. Alors j'y vais pour la mienne.

Deux actrices qui assurent

Juliette Binoche, malgré sa façon de jouer à laquelle je n'adhère pas (regardez comme je suis brillante, je ris aux éclats avec des dents blanches et des yeux tristes, je me coupe les cheveux à la garçonne et porte un chandail vieillot mais suis quand même une femme fatale...) assure parfaitement son rôle de comédienne qui entend rester jeune, au risque de chuter dans une sorte de morne vie. Comme si la jeunesse était la clé de tout. En cela, elle combat à tout prix ce qu'est devenue Helena avant qu'elle ne rencontre Sigrid. Et finalement, sans vouloir dévoiler la fin, je me demande si le personnage de Juliette Binoche ne reprend pas la personnalité de Sigrid au fur et à mesure et malgré son âge.

En face d'elle, ou à ses côtés, cela dépend, Kristen Stewart en assistante est surprenante de sobriété et d'intensité. Elle subit le rythme et les humeurs de son actrice qu'elle sert 24h sur 24, et s'avère très lucide, au point d'apporter un regard neuf à la pièce que sa comédienne doit reprendre, mais elle n'est pas écoutée. C'est en fait elle le personnage frustré, enfermé dans une petite cage.

Sils Maria - l'énigme cinématographique

Deux personnages à part entière

Le décor de rêve

Pour la faire courte, à Sils Maria, où vivait le metteur en scène de la pièce Maloja Snake, un phénomène naturel spectaculaire a lieu dans les montagnes. Parfois, lorsque le temps est propice, le vent Maloja pousse les nuages à l'intérieur de la vallée, et ces nuages forment un serpent qui dévale la vallée.

Sils Maria - l'énigme cinématographique

Le texte de la pièce

Il rythme les répétitions et évolue en même temps que la relation entre la comédienne et son assistante, pas forcément dans la même direction cependant. Il permet aux deux actrices de jouer un double-jeu assez déroutant et fascinant pour le spectateur, parlant tout à normalement et devenant tout à coup deux êtres qui se déchirent à coup de tirades théatrales.

Ce texte atteint les deux personnages (celle qui répète et celle qui fait répéter), d'une façon différente, et les scènes de répétition sont ainsi les moments où elles nous apparaissent le plus vulnérables car elles lâchent tout.

En cela, le film est assez remarquable.

Pour le reste, j'ai à la fois été fascinée par l'univers, l'histoire et le jeu, et trop interrogative sur le pourquoi du comment. Car le sujet principal, mis en avant partout, est "le temps qui passe pour une comédienne". Or, si c'est le cas, le film apparaît bien plus profond et original que le sujet qu'il propose. En général, c'est plutôt l'inverse.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture, #A la croisée des arts

Repost 0
Commenter cet article