Lever le voile sur Monsieur le marquis

Publié le 20 Novembre 2014

Je parle du marquis de Sade. A qui deux expositions sont consacrées à Paris. On connait celle du Musée d'Orsay. Mais c'est à l'Institut des Lettres et des Manuscrits qu'on peut contempler le rouleau. Je vous propose une autre vision du personnage que celle de l'obsédé pervers (qu'il était peut-être par ailleurs).

Alors levons le voile sur cette exposition.

Lever le voile sur Monsieur le marquis

UN LIBERTIN MODERNE

Sous bien des aspects, le Marquis de Sade (18ème) illustre une vision particulièrement moderne de l'époque.

La citation de Molière dans Tartuffe résume son anti-cléricalisme:

"Je le soupçonne encor d'être un peu libertin : Je ne remarque point qu'il hante les églises".

Le renouveau de l'homme face à la religion et l'église dans les périodes qui précèdent le 18ème siècle sont déjà le théâtre d'une rébellion sous forme de "libertinage". Le libertinage d'esprit est ainsi une attitude critique qui fait preuve d'indépendance vis-à-vis des moeurs et codes moraux de la société.

Apparaît alors la distinction entre amour et plaisir. J'ai retenu ces quelques mots de La Fontaine, plus connu pour des fables bien moins coquines:

Aimons, foutons, ce sont plaisirs

Qu'il ne faut que l'on sépare

Aimer sans foutre est peu de chose

Foutre sans aimer ce n'est rien.

UN HEROS DE LA BASTILLE

"En prison entre un homme, il en sort un écrivain", a écrit Simone de Beauvoir sur lui.

Sade a été embastillé et a passé de nombreuses années en prison. C'est pendant ses séjours carcéraux qu'il a écrit la plupart de ses ouvrages. L'épisode des 120 journées de Sodome (le fameux rouleau) mérite d'être évoqué.

Par peur que ses geoliers ne lui confisquent ses écrits, il recopie sur des feuillets de 11 cm de large le brouillon de son roman, en tout tout tout petit.

C'est également pendant cette période qu'il se munit d'un porte-voix et appelle à la prise de la Bastille par la petite ouverture sur l'extérieur de sa cellule. 12 jours plus tard, c'est le 14 juillet 1789.

Lever le voile sur Monsieur le marquis

UN FEMINISTE?

Le terme est tellement bafoué actuellement que je préfère l'employer avec précaution. Mais cette citation de Sade est intéressante:

"Partout je vois les femmes humiliées, molestées, partout sacrifiées à la superstition des prêtes, à la barbarie des époux ou aux caprices des libertins" (dans Justine).

SES HERITIERS ONT SOUFFERT DU MAL DU MILLENAIRE

L'exposition fait le lien entre ce qu'on a appelé le mal du siècle, dont souffrait apparemment Sade, et le mal du millénaire, qui prolonge le premier au 19ème siècle et est marqué par différents types de bouleversement dont :

- artistiques : le romantisme puis l'impressionnisme

- politiques: les révolutions de 1830, 1848 et la Commune

Les artistes de l'époque sont des libertins remettant en cause l'ensemble des carcans de la société de l'époque, sont tentés par le vice, tout en restant nostalgiques et désireux des doux plaisirs d'un paradis perdu. Flaubert (grand lecteur du marquis), Beaudelaire ("qu'importe de souffrir beaucoup quand on a beaucoup joui?"), puis les poètes maudits comme Rimbaud, Verlaine, Mallarmé... font partie des héritiers de l'écrivain qui a donné son nom au sadisme.

C'était le siècle d'un ordre moral hypocrite, avec des bordels qui s'ouvraient partout dans Paris (rue Lepic, un bordel était spécialisé dans la fessée), et pourtant une censure pour obscénité qui sévissait contre les écrits de ces écrivains maudits (Zola etc.).

Bilan : cette exposition est loin d'être exhaustive, puisqu'elle évoqué plusieurs siècles, des origines du libertinage aux héritiers de Sade.

Par contre, elle a le mérite certain de faire découvrir les originaux de nombreux manuscrits, en plus du rouleau qui est assez impressionnant à contempler (mais presque impossible à déchiffrer).

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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