Du côté de chez Proust - les intermittentes du coeur

Publié le 15 Janvier 2015

Pendant environ un mois, si on me demandait quelle était ma lecture du moment, je répondais: "De côté de chez Swann" de Marcel Proust.

Oui, il m'aura fallu du temps. Parce que c'était lourd à digérer chaque jour.

Mais quand même, il y a une certaine qualité littéraire unique chez ce Marcel.

Du côté de chez Proust - les intermittentes du coeur

UN DECORTIQUAGE OBSESSIONNEL DU RESSENTI

Des longues, et souvent très (trop) longues phrases pour analyser jusque dans le moindre détail pourquoi est-ce qu'on pense ceci à cet instant-là...

Mais quand on parvient à se plonger dans une lecture de plus de dix minutes, on adhère (en tout cas moi) à son sens du détail et de l'analyse.

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire: "Je m'endors"."

"Même l'acte si simple que nous appelons "voir une personne que nous connaissons" est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que nous avons sur lui, et dans l'aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre une adhérente si exacte la ligne du nez..."

LES FAMEUSE MADELEINES

Je les ai attendues pile 100 pages, mais ai eu l'impression de les manger en même temps que lui. La madeleine dans le roman de Proust, c'est un peu comme la Joconde au Musée du Louvre. En visiteur/lecteur peu aguerri, on cherche l'oeuvre et on se dit enfin, au détour d'un couloir ou d'une page "Ah! la voilà!".

"Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de cause."

Du côté de chez Proust - les intermittentes du coeur

UNE DESCRIPTION TORTUREE DU SENTIMENT AMOUREUX

Le pauvre Swann n'aura pas vécu longtemps heureux avec son Odette. Au début peu intéressé par la personne, il finit par en tomber amoureux pour devenir jaloux jusqu'à l'obsession, tout en étant sourd aux critiques de son entourage, qui essaie de l'avertir sur le côté particulièrement profiteur de sa bien-aimée.

Sauf lorsqu'il est pris dans l'un de ses accès de parano que je trouve très bien décrits.

" "Mais aussi, je suis trop bête, se disait-il, je paie avec mon argent le plaisir des autres. Elle fera tout de même bien de faire attention et de ne pas trop tirer sur la corde, car je pourrais ne plus rien donner du tout. En tout cas, renonçons, provisoirement aux gentillesses supplémentaires! Penser que pas plus tard qu'hier, comme elle disait avoir envie d'assister à la saison de Bayreuth, j'ai eu la bêtise de lui proposer de louer un de ces jolis châteaux du roi de Bavière pour nous deux dans les environs. Et d'ailleurs elle n'a pas parue plus ravie que cela, elle n'a encore dit ni oui ni non; espérons qu'elle refusera, grand Dieu! Entendre du Wagner pendant quinze jours avec elle qui s'en soucir comme un poisson d'une pomme, ce serait gai!"

Et sa haine, tout comme son amour, ayant besoin de se manifester et d'agir, il se plaisir à pousser de plus en plus loin ses imaginations mauvaises, parce que, grâce aux perfidies qu'il prêtait à Odette, il la détestait davantage et pourrait si ( ce qu'il cherchait à se figurer - elles se trouvaient être vraies, avoir une occasion de la punir et d'assouvie sur elle sa rage grandissante. Il alla jusqu'à supposer qu'il allait recevoir une lettre d'elle où elle lui demanderait de l'argent pour louer ce château près de Bayreuth, mais en le prévenant qu'il n'y pourrait pas venir, parce qu'elle avait promis à Forcheville et aux Verdurin de les inviter. Ah! comme il eut aimé qu'elle put avoir cette audace! Quelle joie il aurait à refuser, à rédiger la réponse vengeresse dont il se complaisait à choisir, à énoncer tout haut les termes, comme s'il avait reçu la lettre en réalité!

Or, c'est ce qui arriva le lendemain même."

Je vous laisse imaginer sa réponse (va-t-il céder à ses caprices? Ou laisser libre court à sa rage?)

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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