Billie the Lady célébrée à Paris

Publié le 9 Avril 2015

Le soleil décide de se réveiller en ce presque doux mois d'avril, et Billie Holiday aurait eu cent ans le 7.

A cette occasion, le journaliste Philippe Broussard sort un livre, "Vivre cent jours en un", bourré d'anecdotes, de photographies et d'instants pour capter la "Lady du Jazz", des dizaines d'années après la dernière tournée européenne effectuée par la chanteuse en 1958.

Une tournée dans la douleur, qui a une odeur de fin. Mais une tournée qui semble offrir encore quelques instants de magie.

Billie the Lady célébrée à Paris

Du soleil et du jazz à Paris

C'est ainsi que je me suis retrouvée, en très bonne compagnie, à la Bellevilloise (bar très connu de Paris, en haut de la rue Ménilmontant), pour "fêter" la sortie du livre.

Un concert mené par la sublime Sylvia Howard était donné en son honneur, et laissait place à quelques interludes durant lesquels Philippe Broussard nous éclairait sur le personnage.

Pas encore de vidéo de l'évènement d'hier, donc voici un aperçu d'un concert plus ancien

Une femme qui a interprété la "chanson du siècle"

Strange fruit, c'est ce corps de Noir qui se balance au bout d'une corde accrochée à un arbre, image plutôt fréquente en période de lynchages dans les Etats-Unis du sud des années 30 (le texte a été écrit suite au lynchage et la pendaison de Thomas Shipp et Abram Smith). Billie Holiday s'empare de la chanson qu'on lui propose pour en faire un morceau mythique, dont on a peur, car il est brutal, mais qui marque le pas: la chanson peut être un outil de contestation.

"Billie Holiday ne connaîtra rien des avancées de son peuple. Les années 40 et 50 sont pénibles. Dans l'Amérique du maccarthysme, certains clubs refusent qu'on joue Strange Fruit. La chanteuse est obligée de l'imposer contractuellement. Certains soirs, elle se plaint des serveurs qui font volontairement tinter leur caisse enregistreuse pendant toute la durée de la chanson. En 1944, elle est à deux doigts d'ouvrir la gorge d'un marin qui la traite de « négresse » A un ami qui l'interpelle, un jour sur une avenue de New York (« comment va la Lady Day ? ») elle répond : « Bof, tu sais, je suis toujours nègre ».

Dans la lente descente narcotique de ses dernières années, Strange Fruit est un morceau toujours plus pesant et douloureux qu'elle ne parvient pas toujours à le chanter. Elle meurt à 44 ans, en 1959. En 1999, Time Magazine décrète que Strange Fruit est la plus grande chanson du XXe siècle."

Paroles d'Abel Meeropol (en anglais puis français) :

Southern trees bear strange fruit,

Blood on the leaves and blood at the root,

Black bodies swinging in the southern breeze,

Strange fruit hanging from the poplar trees.

Pastoral scene of the gallant south,

The bulging eyes and the twisted mouth,

Scent of magnolias, sweet and fresh,

Then the sudden smell of burning flesh.

Here is fruit for the crows to pluck,

For the rain to gather, for the wind to suck,

For the sun to rot, for the trees to drop,

Here is a strange and bitter crop.

Les arbres du Sud portent un étrange fruit,

Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,

Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,

Étrange fruit suspendu aux peupliers.

Scène pastorale du valeureux Sud,

Les yeux exorbités et la bouche tordue,

Parfum de magnolia doux et frais,

Puis l'odeur soudaine de chair brûlante !

C'est un fruit que les corbeaux cueillent,

Que la pluie rassemble, que le vent aspire

Que le soleil pourrit, que les arbres lâchent

C'est là une étrange et amère récolte.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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