Drames en Méditerranée, naufrage d'un continent...

Publié le 21 Avril 2015

On a la mémoire si courte. On s'écrie au scandale, on pleure notre rage d'êtres humains de voir autant d'autres êtres humains se fracasser dans les vagues et perdre la vie dans les profondeurs de la mer pendant qu'ils tentaient d'atteindre nos côtes.

Nous, nés du bon côté, prévoyons une "réunion d'urgence" au niveau de l'Europe pour trouver une solution. Sauver l'humain mais chasser le migrant en même temps.

La Méditerranée, en séparant deux continents, semble susciter de la compassion mais excite en réalité des sentiments bien plus frileux.

On va parler de nombres de morts, de records, de millions d'euros à dépenser, de statistiques... Mais on jurera que non, nous ne chiffrons pas la vie d'un homme. On n'est pas des bêtes!

Drames en Méditerranée, naufrage d'un continent...

Mare Nostrum... C'est comme cela que tout avait déjà commencé

On a vraiment la mémoire courte. Heureusement, mon blog peut servir de placard à archives parfois.

2011, révolution en Tunisie, qualifiée de Révolution du Jasmin par chez nous. Nous crions à l'avènement de la démocratie et nous rendons finalement compte avec effroi que la situation n'est pas améliorée en quelques semaines, mais qu'au contraire, l'absence de dictature a libéré les flux humains qui veulent traverser la méditerranée, conduisant à ce qu'on pourrait appeler "La tentation de Lampedusa".

2013 : on bat un record, coup sur coup. Deux naufrages en octobre font plus de 400 morts chacun au large de Lampedusa. C'est le moment que l'Italie d'Enrico Letta choisit pour lancer son opération Mare Nostrum.

Nous applaudissons, mais ne finançons évidemment rien, et le programme pèse sur le budget italien (9 millions d'euros par mois), sauvant quand même près de 150 000 personnes.

Et puis, plus rien... Comme d'habitude

Mare Nostrum a été conçu comme un programme d'urgence, en attendant un réel engagement de l'Union européenne. Matteo Renzi arrive au pouvoir en 2014 et, appuyé de son Ministre de l'Intérieur, garantit que Mare Nostrum ne doit pas fêter son deuxième anniversaire mais a vocation à être remplacé.

Le programme Triton ne convient pas, il a des ambitions moindres et un budget de ... triton. Le Royaume Uni n'est pas très chaud pour s'impliquer et on fait attendre, espérant que l'Italie ne mettra pas sa menace à exécution en arrêtant son programme d'urgence qui dure depuis un an.

Mais si. Le 31 octobre, c'est fini.

Et Triton, tout maigre qu'il est, continue.

Un effet buzz qui trompe encore trop de monde

Certains, dont Enrico Letta (l'initiateur de Mare Nostrum) veulent relancer le programme d'urgence. Matteo Renzi est contre, et, malgré toute la suspicion qu'il m'inspire, je suis d'accord avec lui. C'est trop facile de culpabiliser l'Italie en la plaçant aux avants-postes d'un problème qui concerne toute l'Europe, et ce alors qu'elle a déjà financé à hauteur de 9 millions d'euros par moi pendant un an un programme de sa propre initiative.

Alors l'Europe va jacasser. Pour sortir quoi de son chapeau? Le double du budget de Triton? Ca reste du 6 contre du 9 millions? Du sauvetage un peu plus loin?

On est encore dans ce qui nous écoeure depuis le début de l'année 2015 et le traitement médiatique des attentats de Charlie Hebdo face à une indifférence de ces mêmes médias vis-à-vis des drames humains perpétrés par les mêmes terroristes dans d'autres pays : la hiérarchie insupportable de l'horreur.

Fait dénoncé par Daniel Schneiderman dans son 9/15 du 20 avril, dont voici un extrait:

700, après 400. Pour faire recette, pour forcer les Unes, pour percer la carapace du rédacteur en chef moyen, le migrant noyé en Mediterrannée doit d'abord se compter par centaines. Mais ce n'est qu'une première condition. Pour émouvoir, pour que Hollande se fende d'une déclaration bien sentie -"les passeurs sont des terroristes"- non seulement le migrant noyé doit se compter par centaines, mais il doit battre son record à chaque naufrage. Si le chalutier à 700 victimes avait fait naufrage avant le rafiot à 400 victimes, le nouveau-drame-inupportable-en-Mediterrannée aurait-il forcé les Unes ?

Donc, on va agir, tout va changer. Le concours Lépine de l'hypocrisie est ouvert, et il y a du monde au guichet. On va convoquer un sommet européen extraordinaire. On va être humains, tout en restant implacables.

Vous me direz : tu es bien gentil, matinaute, avec ton amère ironie à deux balles. Mais que ferais-tu, toi, si tu pouvais décider ?

Si je pouvais décider, je ne ferais pas forcément mieux que les gesticuleurs hypocrites. Alors parlons d'autre chose : les anciens interprètes afghans de l'armée française. Ils ont aidé les Français, tout au long de leurs 12 ans de présence en Afghanistan. Ils sont aujourd'hui, logiquement, tous potentiellement condamnés à mort par les ennemis de l'Armée française.

Ces nouveaux harkis ont demandé l'asile en France. Une trentaine d'entre eux, selon RFI (1), ont manifesté en mars à proximité de l'ambassade de France à Kaboul, mais Google images n'a pas gardé trace de cette manifestation.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume, #Je prends ma plume...

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