Quand "Harry Potter" donne une leçon de mobilisation

Publié le 7 Avril 2015

Ceux qui lisent Le Monde.fr, entre autres médias en ligne, auront certainement eu vent de cette nouvelle.

L'Armée de Dumbledore (pour reprendre le nom du groupement qui se forme dans l'histoire Harry Potter dans le but défendre l'école Poudlard face aux forces du mal) est le nom de la liste étudiante candidate au Conseil d'administration de l'Université Rennes 2.

Et elle est arrivée deuxième : en obtenant environ 30% des suffrages. Elle décroche ainsi 5 sièges sur 16 à la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) et 2 sur 6 au Conseil d’administration (CA).

L'Unef est la grande perdante de ces élections.

L'Armée de Dumbledore... C'est quoi ?

Dans les livres, l'Armée de Dumbledore se crée à l'initiative d'étudiants qui ont l'impression de ne pas être préparés comme il faut à ce qui les attend dehors (en l'occurrence, les forces du sorcier le plus maléfique de tous les temps, Voldemort)

"Hermione Granger : Alors, heu... bon, vous savez pourquoi vous êtes ici. Heu... donc, Harry a eu l'idée... Je veux dire (Harry venait de la fusiller du regard), j'ai eu l'idée... que ce serait peut-être bien pour les gens qui veulent étudier la défense contre les forces du Mal - et je veux dire étudier vraiment, pas de se contenter des idioties que nous fait faire Ombrage (la voix d'Hermione devient soudain beaucoup plus forte et plus assurée), parce qu'on ne peut pas appeler ça des cours de défense contre les forces du Mal.

Anthony Goldstein : Bravo.

Hermione Granger : Donc, j'ai pensé que nous devrions peut-être prendre nous-mêmes les choses en main. J'entends par là apprendre à nous défendre pour de bon, pas seulement en théorie, mais en jetant réellement les sortilèges..."

(extrait du cinquième volume, Harry Potter et l'Ordre du Phoenix)

Dans la réalité, on peut penser que la liste originale a été créée à la fois pour répondre à un délire de longue date entre quelques étudiants et pour aborder les choses différemment, en bouleversant l'ordre établi qui veut notamment que l'Unef soit le nom le plus cité dans le monde des étudiants.

Quand "Harry Potter" donne une leçon de mobilisation

Pour quoi faire?

Contrairement à ce que certains décrivent, la liste d'étudiants formule de réelles propositions, derrière les noms farfelus donnés aux axes de leur programme :

"L’achat d’un «Choixpeau magique pour aider les étudiant-e-s dans leurs choix d’orientation», l’envoi «par hibou - plus rapide que l’ENT - des résultats d’examen», le remplacement de l’«horrible stade», récemment construit, par un «vrai stade de Quidditch» ..."

Les propositions concrètes, venues par la suite, sont regroupées dans le document téléchargeable ci-dessous, et concernent la rénovation de bâtiments, la valorisation de certaines formations, la mise en place d'une démarche plus participative etc.

Avec notamment un combat phare : le refus de la fusion entre Rennes 1 (droit, gestion, santé, sciences...) et Rennes 2 (lettres et sciences humaines et sociales).

Quand "Harry Potter" donne une leçon de mobilisation

Une décrédibilisation négative de la politique ou un moyen de remobiliser les jeunes générations?

Le débat est ouvert.

On peut penser que ce type d'initiative a de quoi ridiculiser encore plus des sujets qui ne mobilisent malheureusement que peu d'étudiants (moins de 10% de participation en moyenne lors des élections au sein des université, et 1% lorsqu'il s'agit de Sciences Po par exemple, le comble!).

On peut également penser que c'est le meilleur moyen de montrer aux générations plus anciennes que décidément, cette génération Y ne vaut rien.

Ou alors, on peut se dire que c'est plutôt pas mal de tenter des choses différemment, surtout si on utilise la portée médiatique de la démarche pour faire valoir de réelles pistes d'actions ensuite dans le programme au Conseil d'administration, fort d'une hausse manifeste de la participation aux élections (16%)..

L'intelligence et l'humour ne font pas toujours mauvais ménage, au contraire. Et puis l'expression "passer un bon coup de balai" prend un autre sens beaucoup plus créatif et intéressant, finalement...

L'un des étudiants membres s'explique :

«Avec 8% de participation aux dernières élections de ce type, les associations traditionnelles doivent comprendre que l’on attend plus de différenciation, plus de proximité dans les propositions: leurs revendications sont admises de tous, elles ne mobilisent pas». «on est surtout venu pour jeter un pavé dans la mare».

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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