A quelques heures du festival de Cannes...

Publié le 11 Mai 2015

Ca va parler robes, looks des stars, un peu de qualité des films... Enfin, sur les plateaux télé (et notamment Le Grand Journal). Ca va faire du buzz en faisant la compèt de "qui a la plus grosse..." star sur son plateau et toussa toussa.

Mais à la fin, ce seront quand même de bons films qui seront mis en avant et qui profiteront d'une scène d'envergure internationale. Des films qui sont régulièrement issus de bouquins. Qu'il s'agisse d'adaptations ou d'inspirations, la littérature reste-t-elle le foyer originel de l'imagination?

Voici ma dernière chronique écrite pour le Mouv'In.

A quelques heures du festival de Cannes...

Prête-moi ta plume pour écrire un film

"Elle est belle, elle est nouvelle, elle formule des hypothèses, elle prend des risques, elle dit des choses sur l'état du cinéma en matière de création mondiale". Elle ? c’est la sélection officielle du festival de Cannes 2015, et c’est une déclaration qui nous vient de Thierry Frémaux, délégué général du festival. Du 13 au 24 mai prochains, les grands crus de l’année 2015 seront diffusés et le suspense sera à son comble lors de l’attribution de la Palme d’or. L’une des caractéristiques de la sélection, c’est le nombre d’adaptations parmi les films sélectionnés. Alors, est-ce que la plume permettra d’avoir une palme ?

« Tu seras une adaptation, mon film... »

… Et les livres constituent des sources d’inspirations notables. C’est ainsi que du Petit Prince à Macbeth, deux films en compétition à Cannes cette année, les adaptations pourraient presque constituer une catégorie à part.

En effet, pas moins de huit films sont adaptés ou fortement inspirés d’un livre, sur les 24 films annoncés pour la quinzaine, entre les diffusions en et hors-compétition. Par exemple, la boite de production de Nathalie Portman a choisi de réaliser l’adaptation d’Une histoire d’amour et de ténèbres (Amos Oz), récit d’une jeune génération née en Israël. Dans un tout autre registre, Le Petit Prince permettra d’avoir une autre vision de ce grand esprit dans le corps d’un petit garçon sur une étrange planète, et de ré-enchanter les jeunes générations (jusqu’à les pousser entre les pages de l’ouvrage de Saint-Exupéry ?).

Il n’y a pas vraiment de loi qui se vérifie pour cette sélection. Les livres concernés par les adaptations peuvent aussi bien être des classiques que des objets méconnus du grand public, et le casting des films correspondants peut s’avérer surprenant.

Qui imaginait que Marion Cotillard incarnerait la perfide et mythique Lady Macbeth (Shakespeare) ?

"A défaut de nos actions, ce sont nos frayeurs qui font de nous des traîtres." Shaekespeare, Lady Macbeth

"A défaut de nos actions, ce sont nos frayeurs qui font de nous des traîtres." Shaekespeare, Lady Macbeth

Mais ce n’est pas la première année non plus qu’on fait un tel constat. Le mariage entre les films cannois et la littérature est si fréquent que l’idée de créer un festival parallèle à Cannes, proposant des rencontres avec écrivains et éditeurs, a émergé dès 2013…

Littérature un jour, littérature toujours

Le constat dépasse de loin la sélection du festival de Cannes, avec de nombreuses adaptations qui fourmillent sur nos grands écrans de cinéma.

Difficile de ne pas nommer deux films en salle ces jours-ci : L’Astragale, roman écrit par Albertine Sarrazin, et incarné en noir et blanc par Leïla Bekhti et Reda Kateb, ou même Le Journal d’une femme de chambre, publié en 1900 et déjà adapté quatre fois au cinéma.

Mais la tendance se confirme avec la venue des Malheurs de Sophie (la Comtesse de Ségur), La Peur (Gabriel Chevallier)… il y en a pour tous les goûts !

Et la création cinématographique dans tout ça ?

Alors non, réaliser un film à partir d’un livre ne signifie pas qu’il n’y a pas de création artistique. L’image, les dialogues, la réalisation, le jeu d’acteurs, le montage… Tout doit être repensé pour faire du cinéma. Ainsi, si le livre sert le cinéma en l’inspirant, le cinéma sert le livre en lui présentant sur un plateau une forme d’hommage artistique, voire un miroir dans lequel se regarder pour encore quelques années.

Cependant, on est obligé de constater qu’aujourd’hui, pour faire accepter une idée de film à un producteur (en France comme à Hollywood ou ailleurs), il faut soit un grand réalisateur, soit de grands acteurs, soit un synopsis qui parlera facilement au grand public. Donc une adaptation.

Si un livre « marche » bien, on peut être sûr qu’il donnera un film à succès (et c’est là que j’échoue dans ma tentative de ne pas citer Fifty shades of Grey comme exemple récent). On minimise donc le risque qu’un film ne fasse pas assez d’entrées en salle, au détriment de l’audace dans les idées et la réalisation.

Bien sûr, cela ne nous empêche pas d’avoir régulièrement de superbes films à louer et regarder des dizaines de fois, qu’ils proviennent de la plume d’un écrivain ou d’une idée toute neuve d’un réalisateur en devenir.

Car l’imagination, le rêve et la création font largement partie de ce monde, comme l’illustre la citation de Cocteau que Xavier Dolan a choisie comme tatouage sur la jambe droite : « L’œuvre est sueur ».

Aller, bonne quinzaine !

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Mes écrits : Poids Plume, #Le Canard se déplume

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