Bonjour tristesse - un bon bouquin pour dire bonjour à l'été

Publié le 2 Juin 2015

C'est un petit bouquin, écrit par une toute jeune fille de 18 ans.

Mais l'exploit est grand et le talent déjà impressionnant.

L'été est déjà là, et notre héroïne découvre de nouvelles sensations pendant ces vacances avec son père. Il faut dire que l'été et la plage sont là pour exacerber le désir, la chaleur pour envenimer les situations amoureuses, la mer et l'isolement pour faire mûrir tous les fantasmes et les idées de vengeance...

Synopsis:

Cécile, adolescente insouciante, a passé son enfance en pension. Elle vit depuis deux ans avec son père, Raymond, riche veuf séduisant et homme à femmes. Cécile mène une existence aisée et oisive, tout en bénéficiant d'une grande liberté. Son père a de nombreuses maîtresses qui n'interfèrent pas dans son quotidien. L'été de ses 17 ans, Cécile, son père, et Elsa, sa compagne du moment, partent en villégiature sur la Côte d'Azur. Raymond a également invité Anne, une femme brillante et belle, amie de son épouse défunte. Très vite, Anne prend en main la vie de Cécile et décide notamment de lui faire travailler son baccalauréat. Anne voit aussi d'un mauvais œil l'aventure que Cécile vit avec Cyril, un étudiant de passage. Peu à peu, Raymond, désireux de se réformer, délaisse Elsa et devient l'amant d'Anne. Décidé à changer de vie pour elle, il envisage même de l'épouser. Cécile craint alors de perdre sa précieuse liberté.

Il y a eu un film, d'Otto Preminger, avec Deborah Kerr pour Anne, Mylène Demongeot pour Elsa, et Jean Seberg pour Cécile.

Quand Elsa règne en maîtresse...

Quand Elsa règne en maîtresse...

Quand Anne prend la place d'Elsa...

Quand Anne prend la place d'Elsa...

Pour moi cependant, pas besoin de voir le film. Non pas que le livre ne donnerait pas envie, mais le récit et l'écriture n'engendrent pas réellement d'images dons notre esprit de lecteur. On est plutôt envahi par de multiples impressions, et ce sont nos autres sens qui s'éveillent : l'ouïe pour le bruit de la mer, par exemple.

Bonjour Tristesse, c'est l'évolution de plein de sentiments à la fois, finalement. La tristesse vient après le désir, l'amour déçu, la vengeance assouvie et le remords qui s'ensuit. Elle vient avec cette sorte de nostalgie de l'innocence que Cécile perd au fur et à mesure du récit, de plusieurs manières. Et les premiers passages illustrent parfaitement l'histoire qui se déroule dans les pages suivantes, dans un rythme plus fluide.

Extrait:

Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres.

Cet été-là, j’avais dix-sept ans et j’étais parfaitement heureuse. Les « autres » étaient mon père et Elsa, sa maîtresse. Il me faut tout de suite expliquer cette situation qui peut paraître fausse. Mon père avait quarante ans, il était veuf depuis quinze ; c’était un homme jeune, plein de vitalité, de possibilités, et, à ma sortie de pension, deux ans plus tôt, je n’avais pas pu ne pas comprendre qu’il vécût avec une femme. J’avais moins vite admis qu’il en changeât tous les six mois ! Mais bientôt sa séduction, cette vie nouvelle et facile, mes dispositions, m’y amenèrent. C’était un homme léger, habile en affaires, toujours curieux et vite lassé, et qui plaisait aux femmes. Je n’eus aucun mal à l’aimer, et tendrement, car il était bon, généreux, gai, et plein d’affection pour moi. Je n’imagine pas de meilleur ami ni de plus distrayant.

A ce début d’été, il poussa même la gentillesse jusqu’à me demander si la compagnie d’Elsa, sa maîtresse actuelle, ne m’ennuierait pas pendant les vacances. Je ne pus que l’encourager car je savais son besoin des femmes et que, d’autre part, Elsa ne nous fatiguerait pas. C’était une grande fille rousse, mi-créature, mi-mondaine, qui faisait de la figuration dans les studios et les bars des Champs- Élysées. Elle était gentille, assez simple et sans prétentions sérieuses. Nous étions d’ailleurs trop heureux de partir, mon père et moi, pour faire objection à quoi que ce soit. Il avait loué, sur la Méditerranée, une grande villa blanche, isolée, ravissante, dont nous rêvions depuis les premières chaleurs de juin. Elle était bâtie sur un promontoire, dominant la mer, cachée de la route par un bois de pins ; un chemin de chèvre descendait à une petite crique dorée, bordée de rochers roux où se balançait la mer.

Les premiers jours furent éblouissants. Nous passions des heures sur la plage, écrasés de chaleur, prenant peu à peu une couleur saine et dorée, à l’exception d’Elsa qui rougissait et pelait dans d’affreuses souffrances. Mon père exécutait des mouvements de jambes compliqués pour faire disparaître un début d’estomac incompatible avec ses dispositions de Don Juan. Dès l’aube, j’étais dans l’eau, une eau fraîche et transparente où je m’enfouissais, où je m’épuisais en des mouvements désordonnés pour me laver de toutes les ombres, de toutes les poussières de Paris. Je m’allongeais dans le sable, en prenais une poignée dans ma main, le laissais s’enfuir de mes doigts en un jet jaunâtre et doux ; je me disais qu’il s’enfuyait comme le temps, que c’était une idée facile et qu’il était agréable d’avoir des idées faciles. C’était l’été.

C'est ça. "C'était l'été". Quand tout est possible et que tout peut arriver. Et rien de mieux que de lire ce genre de petit livre culte et de le savourer comme un petit cocktail frais et très légèrement amer, avant de vivre son propre été.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

Repost 0
Commenter cet article

Corubet J.L et Gaby. 02/06/2015 22:25

Bien commenté ! Bravo !
Je l'ai lu il y a trente cinq ans....
Mais j'en garde les souvenirs de ma jeunesse...
Bisous. G. et G. C.