Lecture de Vernon Subutex... Mais pourquoi tant de haine?

Publié le 9 Juillet 2015

On m'a offert le tome 1 de Vernon Subutex, de Virginie Despentes, et j'étais super enthousiaste.

Un synopsis trouvé sur Babylon :

Alex Bleach, une star de la musique, vient de mourir. Overdose dans la baignoire. Coup dur pour ses fans et pour Vernon Subutex. Ce n'est pas seulement un ami qu'il vient de perdre mais aussi celui qui paie son loyer depuis plusieurs mois. Dorénavant, le voilà à la rue. Ancien disquaire au "Revolver", il a connu des années fastes, dans l'insouciance et la désinvolture. Mais le magasin n'a pas survécu aux nouveaux supports musicaux. le voilà obligé de le fermer.

L'enthousiasme s'est confirmé dans les premières pages, puis est retombé comme un soufflet et il m'a fallu de la patience et de la volonté pour aller jusqu'au bout, puisque je n'aime pas arrêter un livre ou un film en cours de route.

Par contre, la lecture du tome 2... j'hésite fortement.

Pourquoi?

Attention, je ne suis pas critique littéraire, seulement lectrice.

Lecture de Vernon Subutex... Mais pourquoi tant de haine?

POINTS FORTS : UN PERSONNAGE PRINCIPAL PRENANT ET UNE SUPER ECRITURE

Vernon Subutex, c'est un ancien disquaire qui a dû fermer boutique et qui s'est laissé glisser dans la misère depuis.

Il a bien cherché du boulot, mais quand on te propose un stage à 45 ans, tu finis pas laisser tomber.

Encore enfermé dans ses souvenirs de musique, il refuse Internet et les problématiques contemporaines. Il refuse également, dans la même logique, d'admettre son échec de la vie devant ses anciens amis plus ou moins proches et trouve des prétextes pour se faire héberger. Il va résister comme ça quelques semaines et le lecteur pourra, en le suivant, faire pas mal de rencontres et en apprendre un peu plus à chaque fois sur Vernon, au fur et à mesure de sa descente vers le statut de SDF...

Il faut dire que Virginie Despentes écrit foutrement bien (oui, le mot "foutrement" va bien dans une phrase sur Virginie Despentes), et cerne idéalement les personnages déchus, ces sortes de perdants magnifiques.

Sur Vernon :

«Il restait chez lui. Il bénissait son époque. Il descendait de la musique, des séries, des films. Il avait petit à petit cessé d’écouter la radio. Depuis ses vingt ans, son premier réflexe du matin avait toujours été de l’allumer. Mais à présent, ça l’angoissait sans l’intéresser. Il avait perdu l’habitude d’écouter les infos. Pour la télé, ça s’était fait tout seul. Il avait trop à faire sur Internet. Il jetait encore un œil aux gros titres, sur Internet. Mais il était surtout sur des sites porno. Il ne voulait plus entendre parler de la crise, de l’islam, du dérèglement climatique, du gaz de schiste, des orangs-outangs malmenés ou des Roms qu’on ne veut plus laisser monter dans les bus.»

Sur un producteur:

«Le pire, pour lui, c’est le succès d’autrui. Les sorties coup sur coup d’Intouchables et de The Artist ont démoli son année. Tout ce qui a bien marché, dans son écurie, lui a paru anecdotique. Il s’est lancé dans le sport - une heure, cinq fois par semaine, avec son coach à domicile, un Black laconique, qui ne sourit que lorsqu’il le voit souffrir. L’essentiel est de ne pas perdre de vue que les autres sont soumis aux mêmes règles que lui : ils sont les rois du monde, jusqu’au prochain tour de roue.»

POINTS FAIBLES : UN PARISIANISME EXACERBE ET UN PESSIMISME ECOEURANT

Libé écrit : "Despentes file sa pelote de haine", et j'adhère totalement à ce titre.

Parisianisme exacerbé parce que tout se passe à Paris, d'une, entre jeunes rockers des décennies précédentes devenues des bobos malgré eux ou des membres du showbiiiiiz (producteurs, acteurs pornos etc.). Et l'image de la personne normale est sacrément déprimante:

«Elle s’habille chez Zara, quand elle trouve quelque chose à sa taille. Elle se passionne pour l’huile d’olive, le thé vert, elle s’est abonnée à Télérama et elle parle de recettes de cuisine, au boulot, avec ses collègues. Elle a fait tout ce que ses parents désiraient qu’elle fasse. Sauf qu’elle n’a pas eu d’enfant, alors le reste, ça ne compte pas. Aux repas de famille, elle fait tache . Ses efforts n’ont pas été récompensés.»

Voilà. Et pour le pessimisme,si vous avez lu attentivement les trois extraits dévoilés dans ce billet, je pense que vous comprendrez aisément ce que je veux dire. Car c'est simple, tous, mais absolument TOUS les personnages qu'on découvre dans le livre sont des ratés. Les profils divergent mais le constat final est toujours le même !

- Je me suis rangé et en apparence je suis heureux mais je préfère mon chien que ma femme

- J'étais amoureux mais je battais un peu trop ma meuf donc elle s'est barrée et je bois

- J'ai perdu mon fils il y a vingt ans, mort d'une overdose

- J'ai pris trente kilos et ne suis pas bien dans ma peau

- J'étais une actrice porno et suis devenue un mec (jusqu'ici, ça va). Maintenant, j'aimerais me taper mon ancienne collègue du porno qui m'a connu en femme.

- Je suis une jeune musulmane bien pratiquante qui découvre que sa mère était une actrice porno

- Je me crois bon scénariste

- etc.

Résultat systématique? On pourrait voir un écran qui clignote :

LOOSER

Bref, et je vais m'attirer les foudres de certains puristes en écrivant cela (quoi? Tu compares Houellebecq à Despentes? Mais t'es malade!!!), mais je n'ai pas renoncé à essayer d'apprécier Houellebecq pour tomber dans de la dépression nerveuse répandue par des personnages gauchos-bobo-mégalos-parigots-clodos.

Dommage.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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Cardamone 01/04/2016 10:55

Ah c'est marrant, j'ai trouvé au contraire très touchant cette espèce d'empathie qu'elle semble avoir avec TOUS ses personnages, pour moi ça fait que le roman a été très agréable à lire, pas du tout plombant, l'idée sous-jacente qu'il y a toujours quelque chose à sauver, à comprendre, à aimer chez l'être humain. Et à mes yeux elle décrit des milieux beaucoup plus variés que la plupart des romans, avec beaucoup de justesse...
Merci pour vos analyses, c'est toujours très intéressant de découvrir des ressentis très différents des siens.

courbet J.L. 15/07/2015 08:13

J'ai presque fini le livre et suis assez d'accord avec toi sur l'ensemble de ton analyse.
Je n'ai pas lu le premier livre...
C'est quand-même pas mal !!!
Bisous.
J.L.G