D'après une histoire vraie de Delphine De Vigan? C'est vrai que c'est bien

Publié le 4 Décembre 2015

Après avoir lu et adoré Rien ne s'oppose à la nuit, je me suis attaqué à son dernier opus, qui a obtenu le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des Lycéens. Rien que ça.

Ma liseuse et moi avons encore plus apprécié ce roman là. Dans la continuité du précédent, que ce soit dans l'histoire ou dans le niveau d'écriture, il propose au lecteur une plongée dans un univers d'équilibriste assez prodigieux, et très énigmatique.

En effet, l'auteure nous raconte l'"après" de son dernier livre sur sa mère. Elle a plongé dans le vrai, mais revendique en même temps le statut de roman. Depuis, elle sèche et ne sait pas quoi faire devant ses documents Word désespérément blancs. Alors qu'elle planche sur un sujet de fiction, elle fait une rencontre qui va tout bouleverser. Une femme, qu'on appelle L. durant tout le récit, à la fois forte, sensible, compréhensive et influente, s'immisce peu à peu dans sa vie en tant qu'"amie", et entend lui dicter ce qu'elle doit écrire. D'après elle, dans une société gouvernée par la téléréalité et les slogans "d'après une histoire vraie" pour promouvoir les films, les gens veulent du vrai, rien d'autre. La fiction n'a plus sa place. La narratrice tente de lutter, et sombre peu à peu dans un environnement proche de la schizophrénie dont on ne sait pas comment elle va sortir.

Trois raisons, donc, de lire D'après une histoire vraie.

FICTION, REALITE... TOUT SE MELANGE ET TOUT SE TRANSFORME

C'est un peu comme l'adage de chimiste : rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se transforme. Dans ce livre, Delphine de Vigan nous livre la démonstration suivante : la fiction n'est jamais à 100% fictionnelle, et la réalité devient très vite romancée.

Pourquoi c'est passionnant? Déjà, toute cette réflexion sur l'intérêt ou la nécessité du vrai, puisque ce "vrai" est réinterrogé par l'auteur. Existe-t-il vraiment? Car comme l'écrit Jules Renard : "Dès qu'une vérité dépasse cinq lignes, c'est du roman". Personnellement, j'adhère totalement à cette idée. Ensuite, Delphine de Vigan raconte ici "sa" vie. Elle parle de François, son compagnon (soit François Busnel, présentateur de La Grande librairie et son compagnon dans la vraie vie), de ses enfants, de ses projets d'écriture, de son passé... Tant et si bien qu'on se demande si tout ce qu'elle raconte est réellement arrivé. Je me dis qu'elle en a certainement inventé une partie (et je l'espère, pour elle), mais serais incapable de vous dire quoi. Et au fond, je m'en moque. C'est cela, la prouesse du livre, interroger le lecteur et le laisser faire son propre chemin de réflexion. Le vrai ne se livre pas sur un plateau, il se mérite.

Extrait 1 : Mais il n'y a pas de vérité. La vérité n'existe pas. Mon dernier roman n'était qu'une tentative maladroite et inaboutie de m'approcher de quelque chose d'insaisissable. Une façon de raconter l'histoire, à travers un prisme déformant, un prisme de douleur, de regrets, de déni. D'amour aussi. Tu sais très bien tout cela. Dès lors qu'on ellipse, qu'on étire, qu'on resserre, qu'on comble les trous, on est dans la fiction.

D'après une histoire vraie de Delphine De Vigan? C'est vrai que c'est bien

UN THRILLER AVEC DU STEPHEN KING DEDANS

Oui, c'est un thriller. La narratrice se retrouve en danger avec L., leur relation, ses doutes et sa vulnérabilité. La tension monte peu à peu en même temps que le suspense. On ne sait pas si elle va s'en sortir ou pas.

A l'aube de chaque grand chapitre du livre, il y a une citation de Stephen King, de Misery notamment. Car lui aussi aime bien écrire sur les écrivains et employer le "je". Cela donne des réflexions cruelles, des scénarios schizophrènes et des personnages superbes à lire.

Extraits 2 et 3 (Misery)

Il s'appelait Paul Sheldon et écrivait deux sortes de romans : ceux qui étaient bons et ceux qui se vendaient bien.

(...)

Elle [la machine à écrire] lui souriait de toute la splendeur de ses touches (sauf une), lui disant qu'il était juste et noble d'entreprendre, mais qu'à la fin un destin funeste l'attendait tout de même.

UN LIVRE SUR L'ECRITURE ET SUR LES ECRIVAINS

A part peut-être dans Misery justement (mais l'histoire est quand même plus rocambolesque), je me suis rarement sentie aussi impliquée dans une histoire sur l'écriture.

Jamais je n'aurai la prétention d'être un écrivain du niveau de King ou de Delphine de Vigan. Mais au fond, la démarche, les doutes, les besoins d'inspiration peuvent se retrouver dans n'importe quelle plume, qu'elle soit célèbre ou non, douée ou non.

C'est ainsi que je me suis tellement identifiée à la narratrice que je pouvais anticiper ce qu'elle allait faire, comment elle allait réagir ou de quelle manière elle allait tenter de se défendre. Ou comment franchir encore un stade dans la schizophrénie pour un lecteur!

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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Commenter cet article

lalila 17/09/2017 17:53

bonjour, j'ai trouver une photo d'une femme aux cheuveux court et blond dans un cahier que j'ai depuis longtemps et je voulais savoir quelle raport elle avait avec vous?