Troisième humanité: où allons-nous ?

Publié le 29 Janvier 2016

Je vous livre ce billet rédigé par Pierre Niocel, sur l'un des derniers ouvrages de Bernard Werber.

Troisième humanité: où allons-nous ?

"La trilogie de Bernard Werber, commencée il y a 3 ans et dont le dernier volume parut l'an dernier, aura constitué le fil rouge de mes lectures en 2015.

L'année passée aura été marquée par les événements tragiques que l'on sait et par une interrogation collective sur "la suite". On serait encore bien en mal d'anticiper aujourd'hui le sens que prendra l'Histoire, tant les menaces comme les incertitudes sont aujourd'hui innombrables.

Deviner la suite de l'Histoire, ou plus exactement de l'évolution de l'humanité, c'est également ce que cherchent David Wells et Aurore Kammerer, chacun y allant de sa théorie et cherchant à anticiper sa concrétisation. L'un croit dur comme au fer à l'existence d'une ancienne civilisation de géants et pense l'humanité vouée à évoluer en rapetissant ; l'autre voit dans la féminisation le seul salut possible pour l'espèce humaine.

Là-dessus se greffe la figure du président Stanislas Drouin, désireux de placer la France à la pointe de la recherche scientifique sur le sujet, et qui les conduit à travailler ensemble plutôt qu'individuellement afin de faire émerger une "troisième humanité", somme de leurs hypothèses respectives. Cette nouvelle forme d'humanité, à la fois plus petite et plus féminine que l'humanité actuelle, devient une sorte de Grââl dont la création puis le contrôle deviennent peu à peu un enjeu de pouvoir.

Se dégage alors une impression de déjà vu pour les lecteurs de Werber. L'excentrique président français réunissant, autour d'un projet scientique insensé, une équipe de savants excentriques et qui n'ont en commun que des histoires personnelles compliquées et des théories farfelues, tout cela constituait déjà il y a une vingtaine d'années la trame des "Thanatonautes". Au surplus, les scientifiques sont peu à peu rejoints par des personnalités étrangères partageant tout ou partie de leurs idées, là encore de la même façon que dans le précédent ouvrage. Enfin, les nombreux articles encyclopédiques qui entrecoupent les chapitres sont un autre élément qui paraît tout droit sorti des précédents ouvrages de Werber. A mesure que tout cela se mettait en place, j'avais peur de tomber sur un vulgaire recyclage commercial d'un scénario déjà éprouvé et simplement retouché à la marge pour en refaire un ouvrage à moindres efforts.

Mais le Werber d'aujourd'hui n'est pas celui d'il y a 20 ans, et le monde a également changé. L'humanité est devenue plus connectée mais aussi plus distante, ce que restitue parfaitement le rythme de la trilogie, entrecoupé de longs et froids flashes d'information sur l'actualité internationale, économique ou sportive.

Troisième humanité: où allons-nous ?

Pendant que les différents protagonistes s'affairent dans leurs laboratoires à mettre en oeuvre leurs théories, en suivant l'actualité d'un oeil distrait par smartphones interposés, le monde est déchiré par les conflits en tous genres ; les morts y deviennent vite innombrables. Pourtant, tout ceci est narré avec une telle distance que l'importance réelle des catastrophes affectant l'humanité y est minorée, quand celles-ci ne sont pas présentées comme une sorte de fatalité à accepter froidement.

L'ajout par Werber d'une liste musicale à la fin du premier ouvrage de la trilogie renforce cette impression. On se figure sans mal des titres comme "The End" ou "Together we will live together" comme toile de fond à un monde qui paraît fatalement glisser vers l'abîme."

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Compagnons de route

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