Exploration découverte d'une jungle... Celle de Calais

Publié le 17 Mars 2016

Calais est une ville qui fait beaucoup parler d'elle en ce moment. Et pour cause, il y a tout simplement un camp que tout le monde, en France et ailleurs, regarde.

Désespoir, misère, risques sanitaires, froid... riment avec "honte" quand on pense à l'attitude de la France en tant que "Pays des droits de l'homme".

Photo de Denis Charlet / AFP

Photo de Denis Charlet / AFP

SAVOIR EST UNE CHOSE...

Ce sont des migrants constitués pour la plupart des réfugiés de Syrie et autres pays en guerre. Leur objectif, rejoindre l'Angleterre. C'est de plus en plus compliqué pour eux, alors ils attendent. Ils attendent et s'entassent.

En octobre dernier, ils étaient vraisemblablement 6 000. Et un démantèlement de toute la partie sud de ce qu'on appelle la jungle a "permis" de réduire ce nombre et de disperser de nombreux migrants dans des structures dédiées partout en France (pas toujours de façon permanente).

Ce qu'il faut savoir, c'est que la Jungle de Calais n'est pas le seul camp. Il y a grande Synthe aussi, près de Dunkerque, qui a été appelé le "camp de la honte". Aujourd'hui démantelé lui aussi, il a laissé la place à un autre camp monté avec la volonté du maire de la ville, qui l'a pourvu de sanitaires dignes de ce nom, par exemple.

COMPRENDRE EN EST UNE AUTRE

Comprendre. Au-delà des articles et des images, il faut arriver à se faire une idée de ce que des humains sont capables : fuir un pays en guerre, payer des passeurs des milliers d'euros, marcher, s'incruster dans des véhicules pour traverser une dizaine de pays, et s'entasser dans des camps pour la dernière étape, qui aurait dû être la plus simple : traverser la Manche. Ce ne sont pas forcément des pauvres gens (et cela ne change rien au schlimblick final d'ailleurs), on a affaire à des médecins et d'autres gens diplômés qui ont eu les moyens de partir.

Et nous, on ne fait rien. Par lâcheté, par manque de compassion, par connerie, par sentiment d'impuissance... Ne pas AGIR en faisant du bénévolat par exemple c'est une chose (d'ailleurs bravo à ceux qui s'impliquent au quotidien pour accompagner les migrants les plus vulnérables, distribuer de la nourriture, des combustibles etc.).

Mais essayer de comprendre et de se mettre à leur place, pour se rendre compte un minimum de l'horreur humanitaire qui est en train de se dérouler sur notre propre sol, c'est relativement facile d'accès.

ON PEUT LIRE

Il y a de nombreux articles, des pétitions, des récits... Personnellement, je recommande la série de BD de Lisa Mandel et Yasmine Bouagga, visible sur LeMonde.fr.

Exploration découverte d'une jungle... Celle de Calais

OU ON PEUT Y ALLER

On ne craint rien, et j'ai moi-même pu m'y rendre en me trouvant dans un contexte qui m'évitait d'avoir l'impression de faire preuve de voyeurisme. J'y suis donc allée avec trois autres personnes, dont un connaisseur des lieux, par un samedi ensoleillé de mars, après le plus gros du démantèlement de la partie Sud du camp.

Première impression : tiens, c'est moins pire que ce que je pensais, en termes de déchets, d'odeur etc. Oui, peut-être ce jour-là, parce qu'il faisait beau, parce qu'il faisait bon, et parce qu'on ne voyait pas l'intérieur des barquements et des tentes. Je n'arrive pas très bien à imaginer ce que ça donne quand il pleut, que des flaques se forment en ensevelissant avec elles des déchets, qu'il fait très froid...

Un constat : les gens sont plutôt souriants, me regardent moins bizarrement que dans la banlieue parisienne, et s'organisent. Par dépit de voir le provisoire s'éterniser, peut-être... On voit des restaurants, des commerces, qui permettent de se rendre de la diversité des cultures présentes. Ce sont des humains au même titre que moi. Ils ne méritent pas de vivre dans de telles conditions. C'est facile de se le dire en lisant un journal ou en regardant la télé. Mais se l'affirmer en regardant ces personnes dans les yeux et en leur disant bonjour, c'est autre chose. Je ne fais pas partie des plus courageux, qui "passent à l'acte", en y allant tous les jours ou au moins régulièrement pour accompagner comme ils peuvent ces réfugiés, et je vous avoue sans détour qu'il y a une part d'égoïsme dans ce non-engagement de ma part. En tout cas, je réfléchis à ce que je pourrais peut-être faire. Au moins, je fais partie de ceux qui veulent être des citoyens informés et avertis, pour faire les bons choix en tant que citoyens.

Je pense par exemple à Catherine Deneuve qui disait qu'elle voulait voir ce que c'était que le conflit israélo-palestinien. Ca dépasse les chiffres, ça dépasse les images. C'est un peu comme quand le comédien décide de s'adresser au public, l'acteur au télespectateur. Il brise le quatrième mur. Cette fois, c'est l'inverse.

A ces réfugiés, nous leur devons au moins de briser cette sorte de quatrième mur qui se construit au fur et à mesure des récits médiatiques et du travail de notre imaginaire. C'est la réalité, c'est maintenant, c'est ici. Faites- en ce que vous voulez.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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