Nuit Debout : occupe-toi de toi-même et le reste suivra

Publié le 19 Avril 2016

J'en reparle, oui. Parce que j'entends et lis des choses assez nauséabondes sur un mouvement qui n'est pas censé inspirer la haine ou la méfiance chez les citoyens. On ne doit pas être « pour » ou « contre » Nuit Debout. On s’y intéresse, ou pas. C’est tout.

Une partie d'un rassemblement, à Lille (République Beaux-arts)

Une partie d'un rassemblement, à Lille (République Beaux-arts)

POURQUOI FUSTIGER A TOUT PRIX "NUIT DEBOUT"?

A part virer Alain Finkielkraut (ce qui n’engage pas tous les participants, déjà), qu’est-ce que le mouvement a fait « contre » quelqu’un ?

La violence ? Elle a été relativement marginale, ne s’est pas propagée et ne peut être incombée à la « masse » des présents à ces manifestations quotidiennes.

Une occupation néfaste du domaine public ? Vraiment ? On y va parce qu’on a le droit d’y aller. Pourquoi se rassembler devrait-il être soumis à une autorisation préalable ? Il ne s’agit pas d’une marche (la marche, on la laisse à un certain E.M.), qui impacte la circulation et demande un encadrement. Alors pourquoi en vouloir à des gens qui se réunissent pour PARLER ?

Rêver inutilement entre étudiants chômeurs et vieux gauchistes ? c’est ce que j’entends et lis le plus comme critique. Là-dessus, je ne peux que me demander si ceux qui émettent les critiques ont pris la peine d’aller voir ce dont on parle. Moi-même n’y étant allée qu’une seule fois pour le moment, j’ai assisté et participé à des discours qui permettent à l’individu de se prendre en main, dans un esprit collectif.

UN POUR TOUS, TOUS POUR UN

L’idée est « occupe-toi de toi-même, par une consommation responsable, en t’informant, en échangeant, en faisant valoir tes choix, et le reste suivra ». Une sorte de « tous pour un, un pour tous », soit une démarche un peu contraire à ce qu’on peut reprocher aux partis politiques si je pousse le bouchon (engagement dans un collectif pour un intérêt individuel).

Mais disons que je ne pousse pas le bouchon. Disons que nous sommes des rêveurs à la manque qui ne valons pas la peine d’être pris au sérieux. Qu’est-ce qu’ils en ont à faire ? ils ont peur ?

Et surtout, je ne suis pas d’accord. On voit quand même des sortes de sociétés alternatives se développer, avec la diffusion de bonnes pratiques de consommation, la proposition de potagers communs, l’organisation de discussions dans l’horizontalité (tenir aussi longtemps sans un leader attitré, c’est pour moi le plus grand message de ce mouvement).

Les temps non consacrés à la consommation ou l’enrichissement (car on est toujours dans l’un ou dans l’autre) sont sans doute les plus riches. Et on retrouve l’idée de la fonction de poète dans la société. Ce qui fait que je vous renvoie à Victor Hugo.

La Fonction du poète

Dieu le veut, dans les temps contraires,

Chacun travaille et chacun sert.

Malheur à qui dit à ses frères :

Je retourne dans le désert !

Malheur à qui prend ses sandales

Quand les haines et les scandales

Tourmentent le peuple agité !

Honte au penseur qui se mutile

Et s'en va, chanteur inutile,

Par la porte de la cité !

Le poète en des jours impies

Vient préparer des jours meilleurs.

ll est l'homme des utopies,

Les pieds ici, les yeux ailleurs.

C'est lui qui sur toutes les têtes,

En tout temps, pareil aux prophètes,

Dans sa main, où tout peut tenir,

Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue,

Comme une torche qu'il secoue,

Faire flamboyer l'avenir !

Il voit, quand les peuples végètent !

Ses rêves, toujours pleins d'amour,

Sont faits des ombres que lui jettent

Les choses qui seront un jour.

On le raille. Qu'importe ! il pense.

Plus d'une âme inscrit en silence

Ce que la foule n'entend pas.

Il plaint ses contempteurs frivoles ;

Et maint faux sage à ses paroles

Rit tout haut et songe tout bas !

Peuples ! écoutez le poète !

Ecoutez le rêveur sacré !

Dans votre nuit, sans lui complète,

Lui seul a le front éclairé.

Des temps futurs perçant les ombres,

Lui seul distingue en leurs flancs sombres

Le germe qui n'est pas éclos.

Homme, il est doux comme une femme.

Dieu parle à voix basse à son âme

Comme aux forêts et comme aux flots.

C'est lui qui, malgré les épines,

L'envie et la dérision,

Marche, courbé dans vos ruines,

Ramassant la tradition.

De la tradition féconde

Sort tout ce qui couvre le monde,

Tout ce que le ciel peut bénir.

Toute idée, humaine ou divine,

Qui prend le passé pour racine,

A pour feuillage l'avenir.

Il rayonne ! il jette sa flamme

Sur l'éternelle vérité !

Il la fait resplendir pour l'âme

D'une merveilleuse clarté.

Il inonde de sa lumière

Ville et désert, Louvre et chaumière,

Et les plaines et les hauteurs ;

A tous d'en haut il la dévoile ;

Car la poésie est l'étoile

Qui mène à Dieu rois et pasteurs !

Victor Hugo, Les Rayons et les ombres

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume, #Je prends ma plume..., #Compagnons de route

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Courbet 20/04/2016 00:25

Je t'ai déjà dit ce que je pense ... Un Parti et tous sous le même "drapeau" !!!
Lis et relis Lénine dans " QUE FAIRE ?) .
Tu auras LA réponse ...

Je t'embrasse de tout coeur.

J.L.C.