Jeremy Rifkin et Roland Gori - deux auteurs pour penser autrement et bouillir du cerveau

Publié le 25 Mai 2016

Cela fait quelque temps que je n'ai pas lu de roman, parce que je me suis laissée entraîner dans deux ouvrages "intellectuels", deux essais, qui font plus de 450 pages chacun.

Si le discours m'est parfois paru trop complexe parce que trop détaillé pour le non initié (comme moi), les auteurs ne nous prennent jamais de haut et permettent de se poser des questions plutôt intéressantes.

Et je n'ai pas fait exprès, mais les deux livres ont d'abord été publiés aux éditions Les Liens qui libèrent.

L'INDIVIDU INGOUVERNABLE DE ROLAND GORI

Roland Gori, c'est l'auteur connu pour L'Appel des appels, et qui m'a interpellée en parlant de technofascisme. En effet, pour lui, nous sommes dans une société en plein dans un désordre social parce que prise entre le théofascisme et le technofascisme (à savoir la dictature du progrès technique, de la finance, de la communication...). Non pas que la science et le progrès technique seraient de mauvaises choses en soi. Bien au contraire. Mais c'est l'appropriation par l'homme et le pouvoir de ces concepts qui serait de l'ordre du fascisme, car elle ne permet pas le débat et entend imposer une loi comme si elle était naturelle alors qu'elle a été construite par l'homme et pourrait donc être déconstruite (par exemple la finance et les marchés...).

Bref, j'étais curieuse et me suis plongée dans l'ouvrage le plus récent, qui s'attache beaucoup à la psychanalyse (je n'y connais rien et n'adhère pas forcément). Là, je retiens l'idée fondamentale que l'homme ne serait pas aujourd'hui plus "civilisé" qu'avant. Il obéit simplement à certains codes sociétaux tels que définis actuellement, mais rien ne protège l'individu du danger de replonger dans l'insurrection, la violence de masse etc. Autrement dit, la société ne serait pas dans un mouvement de progrès social/civil constant mais suivrait un cycle, avec des crises existentielles qui commencent par des bouleversements économiques (comme une grande crise ou une révolution industrielle). Ce qui a de quoi inquiéter pour l'avenir non?

Pour aller plus loin :

"Le précédent ouvrage de Roland Gori posait la question du rapport entre liberté et sécurité, dans une société où la prévention des risques et la conformité aux normes tiennent lieu aujourd'hui d'horizon politique et social. Dans ce contexte, l'enjeu est de taille pour chacun : à quoi, en effet, l'individu néo-libéral est il prêt à renoncer au nom d'une promesse de bonheur pour le moins douteuse ? Qui plus est, lorsque ce « bonheur » demande une conformité de plus en plus poussée à une pensée technique et aux dispositifs de servitude volontaire que sont les évaluations permanentes des risques et des bénéfices du moindre acte de la vie quotidienne. Faut-il donc, en plus de la liberté, renoncer à toute dignité ? "

LES COMMUNAUX FERONT TOMBER LE CAPITALISME, CLAME JEREMY RIFKIN

J'ai lu (attention le titre, déjà, est long) "La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme".

Revenant à la construction du concept capitaliste, l'auteur explique que finalement, l'individualisme lié à la propriété serait en train de dévier vers un individualisme du partage. La base vient du vovoiturage et des prémisses de l'économie collaborative. Et nous arriverons à un beau modèle d'économie du partage qui fera passer l'usage avant la propriété, respectera du coup l'environnement via une consommation plus raisonnée, et mettra en valeur les initiatives solidaires au détriment des dominations monopolistiques économiques.

Un beau monde de bisounours, auquel il semble difficile de croire. Car, en effet, si on constate l'émergence en fanfare de l'économie collaborative, c'est d'abord en faveur :

- d'une domination de grands groupes qui font peur : Google, Facebook, Amazon contrôlent les informations sur nos vies, nos achats et bientôt les données sur nos opinions et notre santé...

- d'une exacerbation de l'individualisme avec l'idée que chacun peut devenir entrepreneur et chercher son profit (Airbnb, Uber, Blablacar).

- du monde occidental. Car c'est bien beau de crier à l'achèvement d'un modèle économique qu'on a étendu au monde entier ou presque, mais l'économie collaborative se développant surtout à partir du numérique, on voit tout de suite les barrières technologiques qui vont concerner minimum 1 être humain sur 3 sur la planète pour entrer dans le nouveau paradigme.

Ces trois réserves étaient et sont toujours les miennes vis-à-vis de l'économie collaborative à très grande échelle. Pour autant, les initiatives originelles qui permettent aujourd'hui de parler d'économie du partage et solidaire donnent quelque espoir de changement. Et Rifkin s'attache à détailler ce qu'il est censé advenir de chaque secteur d'activités (énergie, communication, transports) à l'épreuve de l'économie collaborative : les grands pontes ne pourront tout simplement plus faire de profits parce que le numérique rendra les économies d'échelle inutiles (puisque les coûts unitaires et coût marginal seront réduits à presque rien). A partir de là, tout est possible, à condition (et quelle condition!) de maîtriser l'information, l'énergie, la gouvernanace.

C'est détaillé, accessible dans l'écriture, et crédible dans le discours.

Comme on dit, y'a plus qu'à?

Jeremy Rifkin et Roland Gori - deux auteurs pour penser autrement et bouillir du cerveau

PS : pour lire mon propre essai (pas du tout au niveau des deux livres décrits ci-dessus mais bien plus court ;) ), c'est par ici

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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