Ils sont plus de 60 millions...

Publié le 20 Juin 2016

Nous sommes 66 millions d'habitants en France.

Il y a eu en 2015 plus de 60 millions de réfugiés.

C'est un record.

Voilà, c'est la journée mondiale des réfugiés, a dit l'ONU.

Ils sont plus de 60 millions...

Du coup, on peut encore signer des pétitions. En se disant que signer est à la fois un acte fort et insignifiant.

On peut aussi s'intéresser aux réfugiés qui frappent à nos portes, et aller au-delà de la signature.

On peut consacrer du temps à lire et écouter les témoignages de messagers venus de camps, pour aller plus loin que le documentaire consacré à Grande Synthe et Calais.

"Au beau milieu du camp, le regard est tout de suite attiré par trois, quatre bâtiments en dur. Ce sont des fermes. Des familles vivent là, au beau milieu des réfugiés. En août, elles ont vu arriver 10 000 personnes en quelques jours. Maintenant, elles vivent au cœur d’un espace entouré de barbelés. Les négociations avec les autorités pour une expropriation avec compensation sont en cours mais comme elles n’ont pas encore abouties, en attendant, elles poursuivent leur vie au milieu d’une foule de tentes. On assiste, du coup, à des scènes hallucinantes : alors que l’accès du camp est très surveillé, qu’il est entouré de grillage, une petite fille de douze ans ouvre une porte dans la grille sans qu’aucun des gardes ne lui disent quoique ce soit et fait entrer une centaine de moutons. Entrer, sortir, cela semble plus facile pour les moutons que pour les hommes… On a cru d’abord que ces aberrations étaient le signe de l’urgence avec laquelle les autorités avaient dû faire face à l’arrivée des réfugiés, mais on se trompait. L’Histoire est plus retorse. Ces habitants qui étaient là avant que le camp n’existe, sont eux-mêmes des réfugiés. Il y a vingt ans de cela, ils ont été chassés de leurs terres par le régime de Saddam Hussein, parce qu’ils étaient kurdes. Au fils des années, ils ont fini par se sédentariser. L’Histoire se répète, sur le même bout de terrain, à vingt ans d’écart. Les Kurdes chassés hier par Saddam Hussein, ceux qui ont échappé au gazage des zones nord, voient arriver les Kurdes d’aujourd’hui chassés par les bombes de Bachar el Assad. Comme si ce petit bout de terre, là, entre deux collines, n’était en ce monde que pour cela : voir se succéder les déplacés de l’Histoire."

Et moi je vais essayer de rencontrer justement cet auteur, messager des réfugiés du monde parce qu'il a écrit sur Calais et Grande Synthe (les poèmes dans le documentaire, c'est lui), sur Lampedusa (l'île italienne qui voit accoster des bateaux de migrants chaque jour), sur les Kurdes etc. Son écriture est puissante, et accouche des romans qui font de Laurent Gaudé mon écrivain contemporain préféré.

C'est ce soir, à Lille, au Théâtre du Nord, avec d'autres personnalités impliquées.

Ceci était donc un appel au "sentiment solidaire", même s'il n'est pas suivi d'actions. Ce sentiment solidaire, qui ne permet pas d'exposer de solution opérationnelle symbolise déjà une sorte de résistance passive face à la peur des autres, au repli sur soi, à la crise de possessivité des ressources, à l'égoïsme etc. C'est tellement simple, de concentrer ses pensées sur l'humain. Mais ce n'est pas parce que c'est simple que ce n'est pas salutaire.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

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