Le Marathon de Paris - les allures athlétiques d'un cabinet de conseil

Publié le 7 Juin 2016

Description du deuxième chapitre du Marathon de Paris.

Une petite entreprise, dans sa gestion du temps, n'obéit pas à un seul modèle. Ma seule expérience en cabinet de conseil (moins de 10 personnes en comptant les deux associés), de surcroît de moins de deux, ne saurait constituer une description à généraliser.

Ce que je vous propose de lire, avec les extraits ci-dessous et ensuite l'essai accessible dans sa globalité, reflète une certaine réalité mais vue sans filtre. Je ne prétends pas donner de leçons ou faire l'intellectuelle qui décrit une théorie. Il y a donc des faits, fondateurs et non inventés, mais ma réflexion se base aussi sur du ressenti.

Le Marathon de Paris - les allures athlétiques d'un cabinet de conseil

EXTRAIT 1

Guillaume est souvent désigné en-dehors de notre travail et à notre entourage comme « tu sais, celui qui vit à Rouen et vient à Paris tous les jours ». Voilà. L’exploit, la gloire, que dis-je le prodige de Guillaume est d’obéir à un rituel quotidien très strict qui consiste à se lever à cinq heures et demie du matin, accueillir la baby-sitter à six heures et quart – ah oui, parce que, j’oubliais, Guillaume et sa femme ont une fille d’un an et demi – attraper un train en gare de Rouen à l’arrache vers six heures quarante, prier pour avoir une place assise et grappiller encore un peu de sommeil, arriver à la gare Saint-Lazare et finir le trajet en bus pour ouvrir en premier la porte du bureau à huit heures pétantes.

EXTRAIT 2

Je deviens une sorte de machine, prête à planter si quelque chose glisse et me contraint à revoir mes plans. Rater mon sport du soir constitue un échec complet de ma journée, tandis que franchir la porte du bureau vers dix-sept heures quarante-cinq me remplit d’une sorte de satisfaction du travail bien fait et d’une vie réussie.

EXTRAIT 3

Mes pieds martèlent le sol au rythme des secondes. Je cours pour maîtriser le temps qui tourne. Pour anticiper le temps qui me reste. Pour être prête. Je cours pour ne jamais avoir à dire « Je n'ai pas eu le temps ». Pour sentir battre mon cœur dans ma poitrine et me rappeler que je suis vivante. Pour obéir au diktat asséné année après année aux jeunes générations : « Bougez-vous ! ». Je cours pour m'exprimer. Pour évacuer. Pour ne pas devenir violente. Je cours pour piétiner mon ombre. Je ne cours pas pour gagner. Je cours pour ne pas perdre.

EXTRAIT 4

Une fois que j’arrive à tout caser dans cinq journées de la semaine, vient le vendredi soir, et des yeux épuisés qui se regardent devant une glace. Tenir plus de quarante ans à ce rythme ? Je sais déjà que c’est impossible. Je me dis que ma génération veut trop en faire, passer d’un truc à l’autre sans avoir à sacrifier quoique ce soit. Qu’à force de clamer notre liberté, on s’enferme dans un carcan de choses que nous sommes obligés d’accomplir si nous voulons correspondre à l’image de la personne parfaitement épanouie.

A la moindre concession, au moindre compromis, tu prends le risque qu’on parle de toi en disant « Ah ! il s’est fait avoir », ou « il aurait pu réussir ».

Le temps devient un rouleau compresseur qui, à chaque seconde, te rappelle ce que tu viens de ne pas faire.

EXTRAIT 5

Je sens qu’une sensation étrange monte cependant, alors qu’on passe la ligne du dernier kilomètre. Non, on ne m’a pas menti, cette fois mes jambes me portent et m’entraînent. Tout mon corps s’élance dans une seule idée «C’est bientôt fini ». Et plus vite on va, plus vite on termine. Cela, la moindre parcelle de mon corps l’a compris.

C’est en sprint que j’en finis avec ma bataille, pour laquelle je m’entraînais depuis des semaines.

Pendant quelques heures, l’épuisement, le mal au ventre, le tournis… je ne comprends pas pourquoi je me suis inscrite, je ne comprends pas pourquoi les gens aiment ça.

Passées ces quelques heures, je ressens une sorte d’excitation. Dans ma tête, une petite voix qui me demande « C’est quand la prochaine ? ».

EXTRAIT 6

- Comme tu vois. Je ne sais pas si une personne de l’équipe a un peu de temps pour m’épauler sur le dossier à terminer pour vendredi ? Notamment en termes de coups de fils ou…

- Attends, j’ai la solution.

Et là, le patron trace un trait [sur ma feuille A4 où est détaillé mon planning de ma semaine]. Là où il y avait une demi-journée, me permettant de traiter mails, appels, veille, et un dossier complet avant midi, il y a deux quarts de journée qui s’enchaînent, et un dossier à traiter dans chacun de ces quarts de journée.

C’est magique.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Mes écrits : Poids Plume

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