"Désolée, mais ce que tu écris, c'est mauvais" - du droit de critiquer

Publié le 8 Juillet 2016

"Désolée, mais ce que tu écris, c'est mauvais".

Je l'ai déjà lu et tendu à mon propos, mais jamais de la part de quelqu'un de proche.

Sans doute parce que dans les proches qui m'ont lue, ceux qui n'ont pas aimé n'ont pas osé le dire aussi clairement, et se réfugient dans le diagnostic consensuel "Je n'ai pas assez accroché, c'est pas mon genre de littérature".

De mon côté, connaissant quelques auteurs, j'ai pu lire déjà au moins une dizaine de livres écrits par des gens que j'ai connus sur divers évènements littéraire. J'ai parfois été déçue d'un livre qui aurait dû être de haut niveau (dans ma conception du haut niveau, que je n'atteins pas moi-même, rassurez-vous) mais même sur ces cas mitigés, j'ai tout de même à chaque fois apprécié la lecture, le déroulement de l'histoire et la découverte d'un style d'écriture.

Sauf deux fois. Dans ces moments-là, comment on fait? Le dire ou pas? On se pose la question de sa légitimité à critiquer de manière négative un roman, et d'autant plus quand on en écrit soi-même. Parce que quelque part, il y a le lecteur mais aussi la plume qui s'expriment. Je ne me vois pas expliquer à quelqu'un pourquoi son livre ne m'a pas plu du tout, sous tous les angles. Quand on a une nuance à apporter dans une jugement globalement positif, ça passe. Mais quand il n'y a rien à sauver... c'est tout simplement impossible.

De quoi me poser des questions sur le lien entre la littérature qui marche et celle qu'on encense dans les critiques. La seconde devrait influencer la première mais c'est malheureusement l'inverse qui se passe de temps en temps.

Illustration trouvée sur ce sit e: http://www.lintermede.com/exposition-seven-stories.php

Illustration trouvée sur ce sit e: http://www.lintermede.com/exposition-seven-stories.php

QUELS SONT CES DEUX LIVRES?

La première fois, c'était pour un roman consacré aux mystères de l'époque de François 1er et Léonard de Vinci. Déjà que j'avais été moyennement fan de Da Vinci Code (surtout la fin), ce livre-là me donnait l'impression d'être un remake très bas de gamme, dans l'écriture, la personnalité des personnages, le déroulé de l'histoire et la gestion du suspense. Je n'en dis pas plus car je n'ai tout simplement pas les couilles de critiquer ouvertement l'auteur et de prendre le risque que lui ou son livre ne soient reconnus.

La deuxième fois, c'est pour un thriller que j'ai fini de lire ce week-end. Je l'ai quand même fini. Cette fois, parce que le livre avait vraiment été encensé par les critiques et fait l'objet d'une vaste promotion, j'ai tenu à apporter ma critique (sur Babelio). Pour les curieux, je vous laisserai fouiner pour retrouver le titre du livre dont je parle. Mais voici mon commentaire (j'ai corrigé quelques éléments qui rendent le roman trop reconnaissable).

Persuadée que j'allais prendre une grande leçon d'écriture de polar, j'ai été très déçue, et ça me fait mal de devoir le reconnaître puisque j'avais vraiment hâte de lire ce roman.
L'histoire : l'intrigue est alléchante (des scènes de crime très originales) mais l'explication de cette originalité est dévoilée bien trop rapidement et enlève pas mal de piquant. J'ai eu du mal à suivre le rythme des rebondissements, deux histoires de crimes en série finissent par se télescoper sans vraiment se rejoindre et des ressorts scénaristiques (le chef de la brigade, très volontariste, momentanément absent car hospitalisé) sont trop peu utilisés.
L'écriture : le style est assez déroutant. Des phrases poétiques côtoient des passages simplets. Les passages érotisants sont surfaits..
Les personnages : bien campés, ils deviennent assez vite caricaturaux car développés avec un seul trait de personnalité. Et l'héroïne n'est pas crédible, à force. Dotée d'une sorte de sixième sens qui lui permet de deviner la présence du mal, le profil du tueur, et dont les oreilles bourdonnent à l'approche d'une scène de crime, elle n'entend pourtant jamais rien quand un crime se passe sous ses
fenêtres.

AI-JE LE DROIT DE CRITIQUER?

Je répondrais oui. Mais ai-je les couilles de le faire franchement? Je répondrais non. Je suis mal à l'aise à l'idée de descendre en flèche des projets culturels qui ont demandé de l'investissement personnel, du temps, et tout de même du talent, surtout si ces projets culturels émanent de personnes que je connais et que j'estime. Même si mon avis n'a que peu d'importance, je préfère en général le silence aux expressions négatives.

Dans un monde où les politiques critiquent les politiques, les journalistes critiquent les journalistes, les people critiquent les people, on se rend compte que dans la Culture avec un grand C (et un petit c aussi), on se critique peu. Au mieux on s'encense les uns les autres avec des prix et des sourires. Au pire, on s'évite. Mais rarement on s'affronte.

Booba clashant tous les autres rappeurs serait un contre exemple, me direz-vous. Mais dans ce cadre là je placerais Booba dans les "people" plutôt que les artistes, puisque ses propos sont relayés par Closer et Voici.

Cette absence de critiques en interne, est-ce par pudeur, solidarité ou lâcheté? On laisse les critiques à ceux dont c'est le métier, pour mieux les contredire si leur avis ne nous plait pas "parce qu'ils ne se rendent pas compte, ils ne sont pas du métier".

En un sens, c'est dommage, l'auto-censure bride le débat, l'écoute de la critique empêche de progresser, l'absence de confrontation empêche l'enrichissement créatif.

PS : Ne vous gênez surtout pas pour me donner votre avis, même négatif, sur Le Marathon de Paris (dernier livre en date en ce qui me concerne)

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture, #Compagnons de route

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COURBET 08/07/2016 20:00

Le marathon d'Paris ? Quand y f'ra 41 km, je m'y intéresserai !
J.L.C.