Et toi, tu accepterais Un Petit Boulot?

Publié le 6 Septembre 2016

Le regretté Pascal Chaumeil, après avoir sévi avec L'Arnacoeur, nous livre une satire sociale qui se déroule entre le Nord et la Wallonie.

Humour noir et cynisme servent une comédie au service d'une dénonciation de la crise sociale.

J'avais adoré L'Arnacoeur, je suis une fan inconditionnelle de Romain Duris et l'écriture de Michel Blanc m'a plusieurs fois convaincue (Marche à l'ombre ou Mauvaise passe, par exemple). Il fallait donc que je vois ce film. Et je ne suis pas déçue.

SYNOPSIS

Jacques accumule les poisses. Il perd son emploi suite à la fermeture de l'usine dans laquelle il travaille. Sa fiancée le quitte. Il se met à jouer et à beaucoup perdre. Il lui reste ses deux meilleurs potes Tom et Jeff avec qui il boit des bières.

Mais pour survivre ou simplement vivre, ce n'est pas suffisant. Bien qu'il se vante d'avoir toujours été honnête jusque là, Jacques accepte la proposition de Gardot le petit mafieux local, de tuer contre une somme d'argent sa femme qui le trompe. Malgré une préparation approximative du crime et une conscience qui le chatouille très discrètement, Jacques se tire très bien de sa mission. Devant cette réussite, Gardot lui propose de poursuivre leur association. Dans un premier temps Jacques refuse mais finalement estime qu'il y a quand même des types qui méritent d'être éliminés. Et puis il veut absolument aider son meilleur copain Tom, employé/gérant d'une station-service qui craint de perdre son emploi parce qu'un inspecteur tatillon le harcèle à propos de sa façon de gérer.

Romain Duris qui se balade "incognito" avec un fusil en pleine ville

Romain Duris qui se balade "incognito" avec un fusil en pleine ville

UN FILM DRÔLE, AMORAL ET DANS L'AIR DU TEMPS

L'apparition de Michel Blanc dans sa voiture noire, magnifiquement classe au milieu du quartier pauvre dans lequel il vient voir le personnage de Romain Duris, et leur dialogue, illustrent l'esprit global du film. En gros, ça donne :

- Je sais que tu es dans la merde et j'ai un petit boulot pour toi.

- Cool, c'est quoi?

- Je veux que tu tues ma femme.

- Non mais ça va, je me débrouille.

- Je te paie 20 000 € et j'efface tes dettes de jeu.

- Non mais je me débrouille je te dis.

- C'est dommage, ça court pas les rues, les boulots. Tu devrais accepter les offres d'emploi qu'on t'apporte comme ça.

- Mais pourquoi moi?

- Parce que je t'aime bien. J'ai envie de te faire confiance.

Voilà. Il faut imaginer la mine parfaitement impassible de Michel Blanc qui pense faire une proposition tout à fait normale et à celle de Romain Duris flatté qu'on pense à lui pour un truc aussi important mais un peu embêté quand même. Et cette idée comme quoi "par les temps qui courent, il faut accepter les boulots qu'on propose" représente pour moi une allusion bien sentie aux exigences de certains représentants du patronat envers la population active, et au monde à l'envers dans lequel on se croit vivre parfois (en passant de "travailler pour vivre" à "vivre pour travailler" et même "travailler pour travailler").

L'absence apparente de morale et l'attachement tout naturel qu'on a pour ces personnages qui se démènent pour s'en sortir, la maladresse du personnage de Romain Duris qui s'improvise tueur doué malgré lui et le cynisme des dialogues de Michel Blanc (que certains ont comparé à Michel Audiard pour le coup, et pourquoi pas!) font de ce bon film un très bon cru de la comédie française. Mention spéciale à Alex Lutz en salopard d'inspecteur de son entreprise.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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