Juste la fin du monde - juste un Dolan de plus?

Publié le 29 Septembre 2016

Vous vous souvenez, j'avais écrit un billet sur les 5 premiers films de Dolan... En étant absolument emballée et en criant au génie. En étant impatiente de voir le sixième.

Le film est l’adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce qui est mort en 1995 du sida à 38 ans.

"Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude."

Presque une semaine après, je suis encore un peu mitigée. A la fois bluffée par la qualité de la réalisation et la performance des acteurs, j'ai été déçue par ce film qui ne s'affirme pas comme un film à part mais comme un film de plus. Ni plus ni moins.

C'EST UN DOLAN DONC C'EST BIEN

C'est presque une loi dans mon cinéma à moi. Ce type est doué, pour les images, pour filmer les acteurs, pour écrire des dialogues, pour créer des moments uniques grâce à des musiques décalées. Ca ne plait pas à tout le monde Mais sur moi ça marche. L'histoire, minimaliste, est disséquée pour faire ressortir tout ce qui angoisse l'âme humaine. Les liens familiaux, le rapport aux souvenirs, la peur de la mort sont omniprésents.

Les moments de lyrisme dans Laurence Anyways m'ont emportée. Ici il y en a moins parce que c'est un huit-clos, mais les souvenirs de la famille sont habilement reconstitués pour faire rêver et apporter des respirations bienvenues dans ce déjeuner si tendu. Les dialogues acerbes dans J'ai tué ma mère, ceux plus drôles et maladroits dans Les Amours imaginaires, la tension fraternelle ou presque dans Tom à la ferme et les scènes d'explosion de colère de Mommy sont autant de marqueurs forts du style de Dolan qui trouvent leur écho dans Juste la fin du monde. Après, c'est vrai qu'il y a beaucoup de gros plans et que certaines scènes peuvent sembler un peu longues, mais ça ne m'a pas tellement dérangée, car c'est suffisamment intense pour que je ne compte pas les secondes.

J'ai donc été conquise par l'histoire et la façon de la servir. Avec ce retour après douze ans d'absence, on a l'impression que tout a bougé mais que rien n'a changé. J'ai entendu une critique de cinéma dire qu'elle avait l'impression que c'était la famille du jeune héros qui était en réalité un groupe de fantômes, déjà morts en quelque sorte. Et je trouve cette vision intéressante, car ça explique l'incompréhension entre le héros et ses proches, la tension permanente et l'appréhension sur les raisons de ce retour inexpliqué.

Je parlerais davantage de rendez-vous manqués que de fantômes par contre. Avec sa soeur qu'il na pas vu grandir et qui l'a idéalisé sans vraiment savoir qui imaginer. Avec sa belle-soeur qu'il n'a jamais rencontrée et qui est peut-être la seule personne de la maison avec qui il aurait pu s'entendre (on a d'ailleurs l'impression qu'elle est la seule à tout comprendre dès le début). Et avec son frère en mode amour-haine avec qui chaque échange, chaque geste, est habité de tensions, de quasi-violence et de maladresse.

MAIS IL NE SE DEMARQUE PAS

Vous aurez remarqué que pour citer les points positifs, je compare aux précédents films du jeune réalisateur. C'est qu'en réalité, ce qui me déçoit est que Juste la fin du monde n'est pas un film suffisamment fort à mes yeux pour être perçu comme une oeuvre à part entière. Cela peut paraître très dur, ce que j'écris, mais en tant que spectatrice, j'ai passé mon temps à capter les plans et scènes qui sonnaient comme des auto-références à ses autres films. Par exemple, la route qui amène le héros jusqu'à sa famille, comme dans Tom à la ferme au début (lorsque le héros se rend dans la famille de son petit ami décédé), la succession de plans sur les plats préparés pour le déjeuner (Laurence Anyways), la scène de liesse dans la cuisine en chantant/dansant sur une chanson clichée (comme dans Mommy). Ce n'est évidemment pas de l'auto-plagiat mais la tentation de comparer est constante et, si Juste la fin du monde n'est pas moins bon sur chacun de ces points, il n'embarque pas assez pour faire oublier ces prédécesseurs et sonne moins "unique". C'est donc le gros défaut du film, je ne retiens pas l'originalité du film avec un grand O comme j'avais eu l'impression de vivre les précédents.

RESTENT LES ACTEURS

Xavier Dolan sans sa brochette québecquoise (pour caricaturer), ça donne quoi? Et bien j'ai trouvé ça prodigieux. Très émue par le personne de Marion Cotillard et bouleversée par celui de Vincent Cassel, qui incarne sans surprise le rustre avec une faille psychologique assez profonde. Les autres acteurs sont excellents aussi.

Juste la fin du monde - juste un Dolan de plus?Juste la fin du monde - juste un Dolan de plus?

BREF, UN FILM QUI LAISSE TRES INDECIS

J'en veux pour preuve ces critiques du Masque et la Plume (personne ne retient ni n'apprécie la même chose) et du blog Sur la route du cinéma.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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Bernieshoot 29/09/2016 18:10

Pour moi il manque un plus pour que ce soit un grand film et pourtant tous les ingrédients sont réunis