Comment écrire la boxe : la leçon donnée par Jack London

Publié le 14 Octobre 2016

CENT DOLLARS DE PLUS DE JACK LONDON

4ème de couverture

Joe est boxeur. Il s’apprête à se marier. Mais avant, il doit encore livrer combat, le dernier promet-il à sa fiancée, qui lui permettra de gagner les cent dollars, nécessaires à leur installation. Il doit affronter une brute épaisse, à la force terrifiante. Joe, plus fluet, compte sur son intelligence du “jeu”. Tout se jouera au dernier round. C’est ce combat de David contre Goliath, de la finesse contre la force, que raconte London, lui-même grand amateur de boxe, dans ce récit peu connu mais tout à fait emblématique de son œuvre.

""Joe, l'œil vif, vit l’ouverture et allongea sur la bouche de Ponta un direct instantanément suivi d’un crochet swingué destiné à la mâchoire. Toute la salle, debout, vociférait. Geneviève entendait des hommes hurler : ‘Il l’a eu ! Il l’a !’ Elle non plus ne se contrôlait plus ; la douceur, la tendresse – évanouies ; elle exultait à chacun des terribles coups assenés par son amant, et voyait déjà arrivé le début de la fin." "

Comment écrire la boxe : la leçon donnée par Jack London

Mon avis

Sportive et boxeuse amatrice, c'était logique d'être attirée par cette histoire de Jack London. Je vais être brève, tout comme le livre : c'est une super lecture.
Chaque phrase décrivant le combat est percutante et reflète à la fois la violence et l'art de ce sport, évoqué comme un "Jeu" ; l'étrange jalousie éprouvée par la fiancée du héros envers le sport qui l'obsède est très bien décortiquée ; le suspense sur l'issue du combat est maintenue jusqu'au bout ; l'adrénaline que ce "Jeu" procure aux sportifs et aux spectateurs est vraiment parfaitement exposée.
L'écriture fluide fait qu'on peut lire ce récit d'une traite, et qu'on en ressort davantage plein d'énergie que victime d'un KO.

LA BOXE EST UN OBJET LITTERAIRE FASCINANT

Je me suis souvent extasiée sur le lien entre la course à pied et l'écriture. Loin de le renier aujourd'hui, mais ayant stoppé la course à pied, je déplace ma fascination vers les mots qu'on pose sur la boxe.

Il s'agit de déplacement, de réflexe, d'esquive, de riposte, de coup, de cible. Il faut donc être très technique, tout en étant accessible à tout lecteur.

Lais il s'agit aussi de tension, de violence et de maîtrise en même temps, de passion, d'adversaire, d'énergie. Et là, il faut des mots enlevés, puissants capables d'exprimer et de diffuser tout ce que ce sport peut faire ressentir au sportif et au spectateur.

Ce sport au cinéma est fascinant, et c'est un sacré défi d'écriture que de se lancer là-dedans.

Avant Jack London, j'avais retenu cet extrait de Craig Davidson d'une nouvelle dont s'est inspiré Jacques Audiard pour le film.

 

Il se passe toujours quelque chose pour équilibrer autre chose, chaque minute de chaque jour, un bilan silencieux, chaque action portant en elle son propre poids discret, son propre pouvoir de transformation.

Il y a vingt-sept os dans la main humaine. Entre autres, le lunatum, le capitatum et le naviculaire, le scaphoïde et le triquétrum, ou bien encore les minuscules pisiformes cornus de la face extérieure du poignet. Ils ont beau être tous différents dans leur forme comme dans leur densité, ils sont tous bien alignés, leurs contours sont parfaitement ajustés et ils sont reliés par un réseau de ligaments qui courent sous la peau. Tous les vertébrés ont en commun un ensemble d'os similaire, et tous les os se constituent à partir des mêmes tissus : qu'il s'agisse de l'aile d'un oiseau, de la nageoire dorsale d'une baleine, de la patte d'un gecko ou de votre propre main. Certains primates en ont plus encore : le gorille en a trente-deux, cinq dans chaque pouce. Pour les humains, c'est vingt-sept.

Cassez-vous un bras ou une jambe, et l'os va s'enve­lopper de calcium en se ressoudant, si bien qu'il sera plus solide qu'avant. Mais cassez-vous un os de la main, et cela ne guérit jamais correctement. On se fracture un os du tarse et la ligne de fêlure reste visible pour toujours : comme une faille dans du granit sur les radios. Si on a un métacarpien écrasé, on est bon : les esquilles d'os qui ne sont pas absorbées par des tissus tendres sont dévorées par les enzymes ; cette poudre passe ensuite dans le système sanguin. Regardez donc les mains d'un boxeur : les jointures se sont écrasées contre les lourds sacs de frappe ou contre le visage d'un adversaire et la peau s'est fendue en diagonales croisées, comme une grille de cicatrices en X.

 

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DANS MON TROISIEME ROMAN, JE PASSE DE LA COURSE A LA BOXE

Je n'ai pas vraiment tenté cet exercice, puisque je n'ai pas cherché à raconter un combat comme Jack London, mais j'ai creusé sur les différences entre le sport individuel, le sport co et le sport de combat.

Ci-dessous un extrait du Marathon de Paris (je précise que je parle de boxe française):

"Le défi est permanent. Rien n’est trop facile. Si ce n’est pas le cardio, tu devras travailler ta musculature, ou tes déplacements, tes réflexes, ta technique, ta souplesse. (...) Il ne s’agit plus de courir tête baissée en cherchant une ligne d’arrivée au bout du tunnel, mais de construire ton scénario. (...) C’est étrange, comme les affinités se créent facilement dans ce type de discipline. Le fait d’être l’un face à l’autre, les yeux dans les yeux, force à créer le contact. On n’est pas côte à côte, comme dans une équipe [où] on peut évoluer sans presque se regarder, se faire des passes sans retenir le prénom l’une de l’autre. (...) Alors que face à face, pied contre-pied, poing sur la tempe, on se raconte beaucoup plus de choses."

PS : JE VOUS INVITE A LIRE LES PREMIERES PAGES DE CE QUATRIEME ROMAN QUI SE DEROULE A AMSTERDAM, ET A COMMENTER ET PARTAGER SI CA VOUS PLAIT!

(ce roman est en effet en lice pour être publié à partir du 24 octobre).

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture, #Mes écrits : Poids Plume

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Bernieshoot 14/10/2016 18:12

A priori la boxe ne me fascine pas mais le roman a l'air bien construit