Deux dernières courses pour terminer la course à pied - Chapitre 2

Publié le 4 Octobre 2016

Bon, je préviens, après le récit plutôt enthousiaste de la semaine dernière sur mon 10km, celui du semi sonnera un peu plus comme le chant du cygne. Parce que j’ai été contrainte d’abandonner à cause de mon genou. Autant tuer le suspense tout de suite.

Un paysage du Luberon (entre Pertuis et La Tour d'Aigues)

Un paysage du Luberon (entre Pertuis et La Tour d'Aigues)

AVANT, QUAND L’EXCITATION ET LE PRESSENTIMENT SE REJOIGNENT

C’est ma dernière course et je veux à la fois bien faire (objectif d’1H50 environ) et bien vivre ce moment. Surtout que je me suis bien démerdée la semaine dernière pour le 10km de Lambersart. J’ai bien dormi et j’ai mon chéri qui m’a accompagnée. En même temps, j’ai ma gorge qui me dérange, en guise de séquelle de cette rhinopharyngite qui traine depuis la semaine dernière. Je sais que je ne suis pas spécialement entrainée, puisque cela fait neuf mois que je n’ai pas couru plus de 12 km et un mois que je limite mes entrainements à un par semaine pour ménager mon genou. Enfin, en faisant mes lacets, l’un des trous lâche et je peine à serrer ma chaussure gauche.

AU DEBUT, QUAND TOUT VA BIEN

Le départ est donné et je suis au milieu du peloton. Je pars tranquille en me faufilant peu à peu et en doublant plus de monde que l’inverse. Je passe le premier kilomètre en 5min30. C’est évidemment moins bien que je ce que je me fixe mais c’est la densité des coureurs qui gène au début. J’essaierai de rattraper. J’avale les trois kilomètres suivants en à peine plus de 15 minutes, sans effort. C’est un régal de voir qu’on peut courir à 12 à l’heure environ sans peiner. Je suis parfaitement dans les temps, voire mieux, et ainsi jusqu’au 6ème. Toujours sans forcer et même en me freinant un peu pour ne pas griller de cartouches pour la suite.

AU TIERS, QUAND CA COMMENCE A PEINER

Entre le 6ème et le 10ème, je me retrouve avec une femme habillée d’une peau de bête (c'est une course où certains coureurs se déguisent), entourée de trois amis qui ont décidé de courir à son rythme et de la soutenir. Elle regarde droit devant elle et semble déjà en peine, mais c’est son mental qui la tire. Elle finit même par envoyer chier les trois gars qui n’arrêtaient pas de lui parler, si bien qu’ils ralentissent pour la laisser devant, et gardent un rythme tranquille à deux cent mètres d’elle. C’est un peu mon groupe repère. Pendant deux minutes je vais un peu plus vite, puis je fatigue un peu et me fais rattraper, puis je repars. Il faut dire que même si le dénivelé de cette course est très faible, il y a des faux plats, avec quelques raidillons et mini-descentes un peu raides, qui se succèdent. De quoi casser un peu le rythme. A cette première difficulté, je me rends compte que je ne prends pas plaisir sur ce parcours. J’avais pourtant choisi le semi du Luberon en me disant que je profiterais du paysage, car c’est ce que j’aime dans une course. Mais soit ce n’est pas aussi beau que ce que je pensais pour me porter, soit le fait d’avoir programmé cette course depuis si longtemps en disant que ce serait la dernière donne un coup d’arrêt à mon mental au lieu de le motiver. Du coup, j’arrive au tiers de la course en étant peu motivée, malgré un chrono encore correct et le fait que mon chéri arrive régulièrement à rejoindre des embranchements avec la route non coupée à la circulation pour venir m’encourager.

Pour le Marseille-Cassis l’année dernière, je n’avais eu pratiquement aucun temps mort dans le mental. Et pour les deux précédents semi-marathons, c’était à partir du 15ème kilomètre que je commençais à flancher. Je me dis qu’il va falloir bien se battre avec ma tête pour cette course-ci. Sauf qu’au 8ème, je sens une petite pointe dans le genou.

AU MILIEU, QUAND IL VAUT MIEUX S’ARRETER

Entre le 8 et le 10, je fais ce que je peux pour ne pas perdre du temps en plus (je suis sur les bases d1H51 au lieu d’1H50, cela reste très bien), et je surveille mon genou. A chaque impact, j’ai l’impression de ressentir des ondes dans toute mon articulation. Je n’ai pas mal, mais je sens ce signe avant-coureur de la douleur. Ca m’est déjà arrivé en courant, évidemment, mais soit c’était au 9ème kilomètre dans une course de 10km et je pouvais donc aller au bout sans problème et sans séquelle, soit c’était en entrainement et je gérais donc en fonction. Mais là, avant même la moitié de la course, c’est un peu gênant. C’est con, parce que le fait de me concentrer sur mon genou fait passer le temps et les kilomètres un peu plus vite. J’arrive au 10ème et décide pour une fois de prendre un verre d’eau et de le boire en marchant. Peut-être que mon genou redémarrera mieux ainsi. Je perds 1min30 mais je ne suis plus à ça près. En repartant, j’ai perdu donc les coureurs avec qui j’étais depuis 20 minutes mais j’ai l’impression que ça va mieux. Alors que je vois au loin le repère du 11ème kilomètre - ce fameux moment où tu te dis avec angoisse « plus que 10 ! » - mon genou se réveille. Je tiens ainsi jusqu’au 12 et en voyant des membres de l’équipe d’encadrement de la course, je vais jusqu’à eux pour déclarer que je dois arrêter et appeler mon chéri.

APRES, L’AMERTUME

Je sais que j’ai fait le bon choix parce que j’ai eu un peu mal au genou dans la journée ensuite. Si jamais j’avais poussé pour aller jusqu’au bout, j’aurais sans doute fait un chrono un peu minable, la douleur montant au fur et à mesure des kilomètres, et aurais boité ensuite. Ce n’était donc pas une simple faiblesse de mental. Mais je reste déçue parce que je parle de ce semi depuis des mois et que c’était la der des ders (justement pour mon genou). Ce qui me perturbe également, c’est d’avoir perdu le plaisir aussi rapidement. Peut-être que ça m’aidera maintenant que je vais arrêter de courir, et que ça me manquera moins que ce que je craignais.

Bref, sportivement, une page se tourne. Je ne sais pas trop comment je vais le vivre, mais ça dépasse le cadre de ce blog. Là, il s'agissait juste de mettre des mots sur une expérience, comme pour mettre un point final à mon roman-essai sur la course à pied (entre autres).

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume, #Mes écrits : Poids Plume

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Courbet G. et J.L. 05/10/2016 10:10

.... Maintenant ,je vais arrêter de courir et ça me manquera moins que ce que je craignais.
TOUT est dit !
"Ainsi bien qui finit bien" ! Je dirais même plus ... "Ainsi bien qui finit bien ! "
Bravo quand-même !
G. et J.L.C.

Bernieshoot 04/10/2016 18:14

c'est un choix raisonnable et il ne faut pas rester sur ce souvenir, mais garder les bons moments en mémoire