L'éveil de mademoiselle Prim ou l'ode à la vie à l'écart du monde

Publié le 24 Janvier 2017

Ma soeur m'a offert un roman très original, pour lequel je n'ai pas su, jusqu'au bout, si j'aimais vraiment ou non. Tout ce que je pouvais dire, c'est qu'il me rendait curieuse. Et finalement, oui, j'ai aimé.

SYNOPSIS

Ref : 445 « Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire pour un gentleman et ses livres. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes d’enseignement supérieur s’abstenir. »
 

Mademoiselle Prim ne répondait qu’en partie à ce profil : bardée de diplômes et sans aucune expérience des enfants et des chiens. Elle est engagée et, après quelques heurts avec son employeur, un homme aussi intelligent et cultivé que peu délicat, elle découvre le style de vie et les secrets des habitants de Saint Irénée d’Arnois.

Mademoiselle Prim tombe très vite sous le charme de ce village hors normes où les voisins s’adonnent à leur passion et où l’intérêt de la communauté prédomine. Pour eux le temps n’a pas d’importance et la littérature ne sert qu’à s’épanouir.

L’Eveil de mademoiselle Prim nous invite à un voyage inoubliable à la recherche d’un paradis perdu révélant toute la splendeur des choses simples de la vie.

L'éveil de mademoiselle Prim ou l'ode à la vie à l'écart du monde

UNE REFLEXION LITTERRAIRE SUR DES THEMATIQUES SOCIETALES

Le synopsis laisse à penser, à raison, que la littérature sera traitée de façon très approfondie. J'ai été perdue parmi les innombrables références (allant de Virgile aux Quatre filles du Docteur March), mais les réflexions sur la meilleure façon de vivre en société, références littéraires à l'appui, étaient plutôt instructives. On se rend compte à quel point la plupart des concepts qui nous guident n'existent pas à la base mais sont des constructions, produits de nos conquêtes en termes de droits mais également de contraintes qu'on s'impose parfois.

J'ai retenu trois sujets fondamentaux :

- La vie simple : si on demande une bibliothécaire sans diplôme, c'est parce qu'on abhorre les normes et les profils certes instruits mais construits par les "systèmes". Dans ce village, on remet au centre de tout les métiers de base (fleuriste, institutrice, boulanger, marchand de journaux...), que les habitants n'ont pas forcément appris à exercer en faisant des études. Le but n'est surtout pas de se développer, simplement de vivre ensemble. C'est donc plutôt rafraichissant de voir cette communauté vivre en autarcie et sans aucun besoin de se questionner sur de la dette publique, une problématique d'aménagement urbain etc.

- Les rapports hommes-femmes : j'ai été assez déroutée de la manière dont les relations entre les deux sexes sont décrites et considérées par les personnages dits féministes du roman. Elles déclarent que toute femme a intérêt d'être mariée, tout en exerçant une activité qui lui plait, car il vaut mieux dépendre un peu de son mari que de dépendre complètement de son patron. Bon, je ne suis pas très fan de cette idée mais encore une fois, c'est original et bien amené.

- La foi et la religion : Mademoiselle Prim est à peu près anti-religion et découvre avec horreur que son érudit de patron cultive une foi profonde. La plupart des habitants du village la regardent avec pitié quand elle expose son incrédulité et sa désapprobation, j'ai donc cru au début qu'on se dirigeait vers une morale type "il faut croire en Dieu pour vivre en harmonie", mais c'est finalement plus compliqué que cela, et heureusement.

UNE QUALITE D'ECRITURE INDENIABLE

Il y a une certaine tonalité  hors du temps qui est entretenue, avec de l'ironie en demi-teinte, des dialogues faits de longues déclarations, et un récit centré principalement sur l'évolution du ressenti de l'héroïne. Le rythme est plutôt, c'est pourquoi on peut mettre du temps à rentrer dans la lecture. Mais je me suis laissée prendre peu à peu, jusqu'à me me surprendre à être totalement happée par la fin de l'histoire, guidée pourtant par une romance pas si originale que cela. Bref, l'écriture solide rend l'objet insolite mais agréable à lire.

 

EXTRAIT 1

- Je suppose que revenir toujours à la même source peut sembler une obsession, mais que me dites-vous du duel entre Darcy et Wickham ? Ou de l'affrontement entre Knightley et Franck Churchill ? Je suis convaincue que Jane Austen est la pierre de touche en la matière. Je ne crois pas que vous trouverez une seule femme au monde qui après avoir lu Orgueil et Préjugés penche pour Wickham plutôt que pour Darcy, ou qui, après s'être plongée dans Emma, soit fascinée par Franck Chuchill et méprise Knightley. Je vous l'ai dit un jour, vous vous souvenez ? Tous les hommes détestent Darcy parce que comparés à lui tous perdent de leur éclat. Et toutes les femmes l'adorent parce que, une fois rédimé de son orgueil, il est l'idéal de ce que doit être un homme : ferme dans son caractère, sincère et honnête.
- Et riche, vous oubliez ce détail. Dix mille livres annuelles rendent n'importe quel homme séduisant, précisa Emma Giovanacci avec malice.

 

EXTRAIT 2

- Je me fonde sur l'anxiété, ma fille. Tout simplement sur l'anxiété.
- L'anxiété ? L'anxiété de quoi ? (...)
- L'anxiété que vous avez toutes de démontrer votre courage, de laisser entendre clairement que vous savez ceci et cela, d'assurer que vous pouvez tout obtenir. L'anxiété de triompher et, encore plus grande l'anxiété d'échouer (...). L'anxiété inexplicable que le monde reconnaisse en vous comme un mérite le simple fait d'être des femmes.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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