Manchester by the sea - un oscar pour Casey Affleck?

Publié le 17 Janvier 2017

J'ai vu un film bouleversant. Infiniment triste mais qui ne fait pas pleurer. Des gens normaux, à qui il arrive le pire drame possible dans une vie, et qui ne se relèvent pas forcément. Comment on s'en sort, si on ne se relève pas? Casey Affleck répond de manière sublime à cette question à travers son personnage de Lee Chandler.

Pour annoncer la couleur, je reprends à mon compte les mots dEric Neuhoff (Le Masque etla plume sur France Inter) :

Pour une fois j'ai eu l'impression que ce qui se passait sur l'écran était plus intéressant que tout ce qui aurait pu m'arriver dehors à ce moment là.

Manchester by the sea - un oscar pour Casey Affleck?

Synopsis officiel (tellement plat par rapport au résultat... ) :

"Séparée de son épouse Randi, Lee travaille comme concierge dans une ville aussi éloignée que possible de l'endroit où il a grandi. Sa vie est bouleversée quand Joe, son frère aîné, décède brutalement d'un infarctus. Dans son testament, Joe désigne Lee, dévasté par le chagrin, comme le tuteur légal de son neveu, Patrick, un jeune homme de 16 ans. Père de trois enfants, Lee n'est pas du tout préparé à cette nouvelle responsabilité. D'autant qu'elle implique un déménagement et un retour dans une ville où il a des souvenirs douloureux. Patrick, qui se partage entre deux petites amies et son groupe de rock, a dû mal à accepter son nouveau tuteur... "

Le synopsis de Télérama correspond déjà plus :

"Pour les Américains de la côte Est, Manchester by the Sea est un port de pêche et une station balnéaire. Mais pour le héros trentenaire, Lee, c'est un champ de ruines. Homme à tout faire dans une boîte de plomberie, en banlieue de Boston, il a fui le monde de sa jeunesse. A la mort de son grand frère, il doit pourtant reprendre en urgence la route de son village natal, où il est désigné tuteur de son neveu adolescent. Un voyage dans le passé commence : Lee revient sur les lieux de l'effroyable tragédie qui a détruit sa vie et l'a lesté à jamais d'un sentiment de culpabilité.

UNE REALISATION CLASSIQUE, SOBRE, DIGNE, NATURELLE ET REALISTE

Le scénario, les péripéties, les appels à des flashbacks nécessaires et la bande son utilisant beaucoup les cordes devraient nous faire chialer de bout en bout.

Et bien on ne lâche pas une seule larme. Pire, nos yeux restent secs. Cela arrive dans deux cas : lorsque le film est raté et ne communique aucune émotion, et lorsque le film vous happe au point que vous oubliez de réagir en tant que spectateurs. C'est bien sûr ce qui m'est arrivé. J'ai vraiment eu l'impression d'avoir quitté la salle de cinéma pour être plongée dans cette petite station balnéaire aux accents tragiques, et me suis sentie dans une situation curieusement décalée quand il a fallu revenir à la réalité.

Le fameux flashback, plus long que les autres, qui nous apprend enfin ce qui constitue le drame de la vie de Lee Chandler est une longue partition qui s'étire sur l'adagio d'Albinoni (presque 9 minutes) et ne bascule jamais dans le pathos. C'est une sourde vérité qui éclate à nos yeux, toujours secs, et on regarde le personnage autrement, comprenant tout à coup toutes ses réactions, toutes ses phrases, tout son rejet de l'endroit où il se retrouve obligé de revenir, et les blessures qui le heurtent encore.

Les dialogues sont parfaitement crédibles, tout en justesse, et le silence est très bien utilisé, pour illustrer le malaise, la gène, la tristesse ou la solitude.

 

Manchester by the sea - un oscar pour Casey Affleck?

UN CASEY AFFLECK IMPRESSIONNANT

Le paragraphe que consacre Louis Guichard à l'acteur principal correspond à ce que j'aurais voulu pouvoir exprimer par moi-même.

"Casey Affleck (petit frère de Ben, qui se laisse étrangement oublier entre deux grands rôles) est l'acteur fascinant qui donne au film sa dignité. Alors que tout, rencontres et réminiscences, devrait provoquer des torrents de larmes ou des cris de douleur chez Lee, le comédien résiste, lointain, impassible. C'est une éthique de jeu (on l'a souvent vu ainsi intériorisé), mais qui, en l'occurrence, dessine un personnage endurci jusqu'à l'os, minéralisé par le chagrin, sans plaisirs ni désirs."

Inconsolable, survivant, erreur de l'histoire (j'imagine qu'il se demande chaque matin pourquoi il est encore en vie), boule de culpabilité constante, poids de la faute sur ses épaules... Casey Affleck parvient à exprimer tout ces sentiments de manière remarquable.

Manchester by the sea - un oscar pour Casey Affleck?

DES DUOS DE PERSONNAGES ET D'ACTEURS ATTACHANTS

L'une des qualités du film est qu'il ne se repose pas que sur Casey Affleck, pourtant présent dans presque chaque scène. On découvre (ou redécouvre pour ceux qui l'ont déjà vu dans d'autres films) Lucas Hedge, qui joue l'adolescent ayant perdu son père. Le jeune acteur nous fait totalement croire à ce gamin cynique, aimant son oncle mais ne comprenant pas ce qui l'a fait évoluer ainsi et s'accrochant à tout prix aux plaisirs de sa propre vie, comme avant la mort de son père (ses copines, son bateau, son groupe de rock). Le duel-duo qu'il forme avec Lee est un véritable pilier pour ce dernier selon moi. Ce n'est pas pour rien que la scène d'ouverture leur est consacrée, quelques années auparavant. C'est d'ailleurs par leur relation qu'on se surprendra à avoir de rares mais francs éclats de rire.

Le personnage de Michelle Williams s'affirme comme l'opposé de Lee Chandler. En tant qu'ex-épouse, elle a évolué différemment de Lee, pleure et veut pouvoir reparler avec lui, sans parvenir toutefois à lui arracher de réaction en retour.

Les flashbacks où évolue son frère permettent d'être en totale empathie avec celui dont la disparition marque le début du film. On voit qu'il se sent désemparé de ne pouvoir aider son frère et le spectateur pourra donc se retrouver en lui. Tout comme l'ami qui reste, impuissant face aux différents malheurs de cette famille. Il est également très attachant.

Bref, on ne sait pas encore quels seront les autres acteurs nominés pour l'Oscar du meilleur acteur cette année, mais j'ai en tête un sérieux concurrent. Et entre Sully et Manches by the sea, mon année 2017 de cinéma commence plutôt bien!

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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