La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux

Publié le 3 Février 2017

Ce billet a d'abord été écrit pour mon deuxième blog sur le sport. Mais comme ce sera le cas de temps en temps, le sport et la culture peuvent se rejoindre.

La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux

On a traversé le Mordor. Les amateurs de littérature comprendront que je fais référence au royaume du mal, gouverné par Sauron, peuplé de cratères cracheurs de feu et habité d’une ombre noire permanente. Pour les férus des randonnées, il faut préciser qu’il s’agit de la renommée Tongariro Alpine Crossing, mythique itinéraire en Nouvelle Zélande.

A l’occasion d’un bien beau voyage dans ce pays du bout du monde à 4, on s’est confronté à cette randonnée, pensant retrouver la beauté de ce que les photos nous laissaient imaginer. Ce fut en fait une véritable épreuve du fait d’une météo horrible. Mais parfois, on n’est pas sûr de faire une bêtise tant qu’on ne l’a pas faite… Récit à 4 voix de cette randonnée épique.

QUAND LE MORDOR NOUS FAISAIT REVER

« Trois anneaux pour les Rois Elfes sous le ciel,

Sept pour les Seigneurs Nains dans leurs demeures de pierre,

Neuf pour les Hommes Mortels destinés au trépas,

Un pour le Seigneur des Ténèbres sur son sombre trône

Dans le Pays de Mordor où s’étendent les Ombres. »

Zack : Les attentes, elles commencent un soir à la maison : Émilie m’appelle devant le pc:  » regarde ça, c’est sur l’île du nord, c’est classé comme une des plus belles randonnées du monde. Qui plus est, c’est un lieu de tournage du Seigneur des Anneaux…  ».

Hélène : J’ai été fan des livres Le Seigneur des Anneaux avant que les films ne sortent. Le Mordor résonne donc en moi à la fois dans la poésie de Tolkien et dans l’atmosphère diabolique des films. Quand on se rend compte que, même retravaillé, ce paysage existe pour de vrai, le traverser devient forcément une ambition légitime. J’avais donc décidé que mon voyage en Nouvelle Zélande ne serait pas un beau voyage si on ne faisait pas cette rando.

David : En termes d’attentes, elles étaient plutôt faibles pour moi étant donné que je n’avais jamais entendu parler de cette randonnée et ce fut donc une surprise. Surprise également de voir que le cinéma est un véritable art du transformisme: bien qu’il s’agisse de la fameuse « route du Mordor » empruntée par Sam, Frodon et l’horrible Gollum, le parcours était tout de même plus accueillant que les terribles terres de Sauron…

La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux
La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux

QUAND ON DECIDE DE LA FAIRE QUAND MEME ET QU'ON A UN PEU D'ESPOIR

La Tongariro Alpine Crossing, hors variantes qui rajoutent de la distance et du dénivelé, c’est :

19,4 km

800 m de dénivelé positif

Chiffres déjà légèrement impressionnants, auxquels on rajoute les conditions météo :

Bruine et brume sur toute la journée

Vent jusqu’à 65 km par heure (notamment en haut)

10°C en bas et 2°C en haut

Clairement, on a déchanté en voyant cette météo cataclysmique à l’Office du tourisme la veille. Et le personnel nous a clairement fait comprendre que ça ne valait pas le coup.

David : La première des bêtises aura été de coûte que coûte vouloir faire cette randonnée, malgré les avertissements de l’Office de tourisme. Mais ce sont les aléas d’un voyage serré où, malgré des conditions météo annoncées pas terribles, nous avons fait outre.

Zack et Emi : C’est inratable, c’est dans le programme, aucun doute. On ne peut pas se résoudre à ne pas y aller. Clairement on part sous équipés, pas de vêtements de pluie, pas de barre de céréales et surtout on croit toujours que « ça peut s’améliorer en haut, quand il y a du vent le brouillard s’estompe… ».

La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux

QUAND ON COMMENCE A AVOIR FROID

David : Pas terribles » comme conditions météo n’est qu’un euphémisme: ce fut cataclysmique avec non seulement la pluie et le froid mais aussi le vent et bien entendu, pour couronner le tout, le brouillard qui empêcha toute tentative d’appréciation visuelle. Autant dire que la partie de plaisir n’est fut absolument pas une. Le piège étant que la randonnée n’était pas une boucle, une fois commencée, il fallait la terminer, de l’autre côté de la vallée. Trop tard donc une fois les premiers mètres effectués. Et sans surprise, la plus grosse difficulté fut à affronter à mi-chemin, en approchant du pic où les vents étaient si importants qu’il était même difficile de rester debout. Sans compter qu’une fois ce passage physique dépassé, les séquelles restaient sur notre corps avec des habits trempés jusqu’à l’os.

Hélène : Je crois que c’est moi qui ai été frigorifiée en premier. Si ce n’est pas le cas, disons que c’est moi qui l’ai fait comprendre en premier ! je ne sentais plus mes doigts et j’ai carrément fait un mélange de petite hypothermie et hypoglycémie à quelques dizaines de mètres du sommet de la randonnée, à mi-parcours. Il y a eu ce moment de rupture où je ne pouvais plus faire un pas de plus. Heureusement que les autres ont trouvé l’énergie pour me faire assoir, boire, grignoter et repoussée à partir.

Zack et Emi : N’importe quoi. Plus on avance, plus c’est dur. Le sommet et la traversée du cratère sont des épreuves, le vent nous fouette le visage, les plaques de neige sont là pour nous rappeler les températures (2° en absolu, -6° en ressenti) et le brouillard, putain de brouillard…, visibilité à quelques mètres à peine. Les sommets aux alentours resteront bien cachés. Quand vient la redescente, on se permet de s’arrêter pour manger un morceau, penauds et transis de froid. Personne n’apprécie son repas, mais c’est peut-être lui qui nous permettra de finir en trottinant…

QUAND ON N'EST PAS RECOMPENSE DU TOUT

Sur ces 4 photos, les deux plus belles représentent ce qui nous faisait rêver, et les deux plus moches représentent les mêmes paysages mais avec la météo qu'on a subie... Grosse frustration donc.

La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux
La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux
La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux
La Tongariro Alpine Crossing, à la recherche du Mordor du Seigneur des Anneaux

QUAND ON SE DEMANDE QUOI EN RETENIR

Hélène : Je ne peux toujours pas dire si je regrette ou non. C’était une connerie, parce qu’on aurait pu faire autre chose à la place. Mais j’aurais alors eu d’éternels remords sur cette rando dont j’attendais tellement… aujourd’hui j’arrive à en rire, et je retiens qu’on m’a aidée au moment où ça n’allait pas, et qu’on s’est offert une belle soirée de réconfort dans une bonne brasserie quelques heures après.

David : de ce désavantage (la météo) nous en avons fait une force en se disant qu’il fallait au plus vite terminer ce cauchemar. Résultat: la descente se fit au trot pour une arrivée en 5h30, soit une heure d’avance sur le temps moyen… En retirer une fierté? Pas vraiment en ce qui me concerne car la randonnée doit rester un plaisir et non forcément un challenge à dépasser. Ce qu’il en restera pour ma part, ce sera surtout une grosse frustration.

Zack et Emi : Une grosse déception en haut de ne rien voir et d’en chier pour rien. D’avoir ce sentiment d’être dans une grosse galère.

Partir contre l’avis de tout les professionnels du tourisme local, la voilà notre erreur. Aucun plaisir dans ce raid de 20km. On retiendra qu’on a réussi à se frayer un chemin dans le Mordor, on est au moins aussi fort que Frodon.

A posteriori une grosse satisfaction de l’avoir fait autre que pour la vue mais pour l’exploit sportif, au vu des conditions météo, du dénivelé qui n’était quand même pas petit, et de la longueur de la balade ainsi que de sa reconnaissance mondiale.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture, #Compagnons de route, #A la croisée des arts

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