On m'a proposé de dédicacer au Salon du Livre de Paris : pourquoi j'ai refusé

Publié le 22 Mars 2017

Fin janvier, l'éditrice qui m'avait fait confiance pour mon premier roman en 2012, me contacte par mail pour me proposer de me rendre au Salon du Livre de Paris pour dédicacer Nouvelle Lune, mon bébé dont je suis encore fière puisque j'avais été primée au Festival Plume de Glace pour ce polar. Excitation, fébrilité, enthousiasme, fierté... ce ne sont au départ que des sentiments positifs qui se mêlent.

Non mais t'imagines? Le Salon du Livre de Paris quoi! c'est quand même énorme, surtout pour moi qui n'ai fait que trois dédicaces plutôt intimistes jusqu'à présent et qui ne suis pas trop dans ces réseaux pour parcourir les différents salons (et je ne m'en plains pas).

Mais peu à peu, l'enthousiasme s'est effrité, l'excitation s'est transformée en dégoût et la fierté s'est muée en quasi-honte. Décryptage en 5 étapes.

ETAPE 1 : CE N'EST PAS REMUNERE, BON, PAS GRAVE

C'est un débat, que j'ai notamment vu sur Facebook avec Gérard Collard (qui tient la librairie La Griffe Noire à Saint-Maur-des-Fossés) : est-ce qu’il faut rémunérer les auteurs pour leur présence dans un salon ?

On pourrait penser que oui puisque cela correspond à du temps de travail en collaboration avec son éditeur, et que ce ne sont pas les droits d’auteurs qui font beaucoup gagner par rapport au temps passé sur un livre (entre 8 et 12 %). Surtout quand le Salon en question fait payer l’entrée aux visiteurs (comme celui de Paris).

De l’autre côté, on pourrait penser que justement, un salon sert à mettre en avant des auteurs pour leur passion, pas forcément pour un « travail », et que ce n’est pas sur ce genre d’évènements qu’on doit réfléchir pour apporter un revenu décent aux auteurs. Surtout quand le Salon en question est gratuit pour les visiteurs (comme celui de Saint-Maur-des-Fossés).

De mon côté, je ne m'attends plus à gagner de l'argent avec mes livres, donc il s'agit simplement de m'assurer d'avoir de quoi payer mes billets pour rejoindre Paris. C'est possible, donc pourquoi pas?

 

ETAPE 2 : JE NE SERAI PAS AVEC UN EDITEUR MAIS AVEC UN STAND D'ECRIVAINS INDEPENDANTS

Alors que le roman dont il est question a bien été publié avec une maison d'édition spécifique, en l'occurrence La Lampe de Chevet, mon éditrice me dit qu'elle-même n'est pas invitée et que donc ma venue rentre dans le cadre de son partenariat avec The Book Edition, qui rassemble quantités d'auteurs indépendants. Loin de moi l'idée de dénigrer ces derniers, mais je trouve dommage que lorsqu'on aboutit à un livre avec et grâce à son éditeur, on ne puisse apparaître sous sa bannière.

Quel est le mérite de The Book Edition dans cette histoire? J'ai déjà fait de l'auto-édition après Nouvelle Lune, et j'en assume pleinement les tenants et aboutissants. Mais Nouvelle Lune est le fruit d'un travail de relecture en binôme, de mise en page par un professionnel dédié, de graphisme, d'impression par les partenaires de La Lampe de Chevet. cette logique de récupération de la part de The Book Edition me gène, mais qu'à cela ne tienne, faire partie des écrivains hybrides peut être un plaisir tout de même et une belle opportunité d'échanges.

ETAPE 3 : JE DOIS PAYER POUR PARTICIPER AUX FRAIS DU STAND

Comme on est une vingtaine d'auteurs concernés, il est facile de nous faire avaler que nous devons participer aux frais de présence à un salon censé nous donner une CHANCE UNIQUE de rencontrer des lecteurs, auteures écrivains et éditeurs pour avancer dans notre parcours littéraire. Pourquoi est-ce que seul The Book Edition prendrait des risques?

(cet argumentaire me fait doucement marrer).

Un calcul commence à être nécessaire. Habitant à Lille, je peux me débrouiller pour venir pour pas cher (entre 20 et 60 € l'aller-retour), j'ai même des contacts sur place pour me loger. Là, je dois ajouter 70 € environ à l'investissement total.

Mouais, ça me gène de plus en plus dans la manière, mais merde, c'est quand même le Salon du Livre de Paris, un évènement super prestigieux dans une capitale culturelle mondialement reconnue, non?

On m'a proposé de dédicacer au Salon du Livre de Paris : pourquoi j'ai refusé

ETAPE 4 : JE DOIS ASSUMER LES FRAIS D'ACHATS DES LIVRES

Quand on a le même profil que moi, on peut s'estimer chanceux si :

- on vend et dédicace 5 livres

- on fait un échange de bouquins avec un autre auteur indépendant

- on arrive à avoir une carte de visite d'un éditeur qu'on aime bien

- on fait dédicacer un livre par notre auteur préféré

- on se fait prendre en photo par sa maman et son cousin venus nous encourager.

Voilà. Il ne s'agit donc pas d'espérer "vendre" mais d'avoir une chance de parler de notre passion et de se créer un réseau. Sauf qu'on me demande de prévoir au moins 15 à 20 exemplaires de mon roman, et de les acheter moi, sachant que je ne les vendrai jamais en totalité (en tout cas à un prix correct me permettant de ne pas être perdante à la fin).

Là ça commence à faire beaucoup, parce que si je passe par mon éditrice pour acheter à compte d'auteur, pour 15 exemplaires, cela représente 15X12,5€ soit 187,5 €. Ca commence à faire cher pour espérer échanger un sourire avec le mec de chez Plon non?

Surtout que... à qui je vends?

- payer 10€ pour un accès d'une journée c'est chiant

- mes proches qui veulent me soutenir même s'ils ne lisent pas ont déjà acheté un exemplaire

- on n'a pas le droit de rentrer avec des livres, il faut acheter sur place!

Donc je dois convaincre des gens de payer 10€ pour venir + 18€ pour mon livre (prix que je n'ai pas fixé moi-même mais que je trouve élevé, surtout 5 ans après sa sortie...).

Là je commence à être dégoutée.

 

ETAPE 5 : JE N'AI PAS LE DROIT DE MONTRER MES AUTRES BOUQUINS

C'est une logique imparable mais en désespoir de cause j'ai quand même demandé si on avait le droit d'apporter d'autres bouquins à dédicacer. Parce que depuis Nouvelle Lune en 2012, j'ai écrit 3 autres romans, des nouvelles etc.

Mais bien sûr, The Book Edition paye un stand pour qu'on vende des livres sur lesquels l'entreprise va aussi toucher sa comm. Or, mes autres romans venant d'autres systèmes d'auto-édition, ça ne marche pas.

Je comprends cette situation, davantage que les autres étapes, mais cela achève de me décourager de venir.

Au départ, il y avait l'écrivain qui produisait par passion et se fiait au hasard et aux opportunités pour en retirer une rémunération, en duo avec un éditeur qui accepte de PRENDRE UN RISQUE en publiant et faisant la promotion du livre.

Or, on est aujourd'hui dans un système qui refuse de prendre le moindre risque et qui fait tout peser sur des auteurs réduits à simplement espérer une "reconnaissance symbolique" ou à ruser pour être le best-seller d'un jour sur Amazon. A côté de lecteurs à qui l'élite demande d'être exigeants pour mettre en valeur les beaux auteurs. Mais si on ne donne pas l'occasion à un écrivain prometteur d'être repéré et mis en avant, comment la rencontre avec le lecteur peut-elle vraiment se faire ? (et je ne dis pas que je mérite moi-même forcément un contrat intéressant avec une maison d'édition, je ne suis qu'une plume passionnée parmi tant d'autres).

PARTAGEONS AUTREMENT

Alors vu que je n'y vais pas, je récapitule simplement ce qui est disponible à la lecture (dont certaines oeuvres gratuites!):

- Trois romans formant une trilogie des territoires entre Aix en Provence, Manosque et Amsterdam : Nouvelle Lune, Requiem à 4 mains gauches, Pour un tango dans les tulipes

- Un recueil de nouvelles : Kaléidoscope

- Des projets en accès libre : Fantômes entre les lignes (tryptique de nouvelles), Corpus et Les messagers de Mercure (deux web-livres) et Le Marathon de Paris (un roman-essai)

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Mes écrits : Poids Plume, #Le Canard se déplume, #Je prends ma plume...

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Christelle Morize 23/03/2017 14:23

Punaise, c'est flippante tout ça.
Quand tu écris : "Mais bien sûr, The Book Edition paye un stand pour qu'on vende des livres sur lesquels l'entreprise va aussi toucher sa comm. Or, mes autres romans venant d'autres systèmes d'auto-édition, ça ne marche pas."
Dois-je comprendre qu'en plus d'avoir acheter tes propres livres, tu dois encore verser une commission ?
C'est vraiment de l'arnaque pure et simple. Bon courage !!

T-as-vu-ma-plume 23/03/2017 14:53

Alors si j'achète mes livres à dédicacer, non je ne reverserai pas de comm parce qu'elle aura déjà été prise en compte au moment de mon achat. Par contre, si je veux apporter d'autres livres qui ne dépendent pas d'eux, en théorie il n'y a aucun avantage pour celui qui tient le stand puisqu'aucune comm avant ou après.

Luce 23/03/2017 12:25

Punaise, mais c'est quoi cette arnaque ? Payer pour dédicacer ? J'ai eu la chance de faire mes première dédicace sur ce salon. Mon éditrice (tout petite ME qui vient malheureusement de fermer) ne pouvait nous défrayer mais à défaut, elle nous a chouchouté et ce fut un moment géniale pour la toute jeune auteure que j'étais. J'imagine ta déception et je compatis.

Christelle Morize 23/03/2017 22:24

Pardon, mauvais manipe lol
Donc, je disais, je te souhaite de faire d'autres salons avec tous les romans réunis ;)

Christelle Morize 23/03/2017 22:23

Heureusement que c'est tout bénéfice pour toi.
Et c'est bien dommage pour les autres romans. Je te souhaite de fa

Virginie 23/03/2017 09:49

Merci pour ce témoignage qui me conforte dans l'idée de bouder le salon du livres et d'aller les 2 jours au Salon du Livre de Poche de la Griffe Noire à Saint-Maur ! Du coup, je vais quand même regarder ce que vous écrivez car bah je ne vous connais pas ;)

An'Maï 23/03/2017 02:25

Un argumentaire solide ! Je suis passée par là avec un pseudo éditeur que je ne nommerai pas ! Pour que je puisse participer au salon du Touquet, il me proposait 5 exemplaires de mon bouquin, je devais acheter les autres, car même si tu n'en vends que 3 ou 4, ça fait très chiche, 5 livres sur un stand ! j'y suis donc allée avec quelques exemplaires en plus(une dizaine) et si je l'avais souhaité, j'aurai pu racheter mes invendus sur les 5 livres "prêtés" pour le temps du salon, soit 3 demies-journées ! Finalement, c'est tout bénef pour l'éditeur ! Le seul avantage pour l'auteur, ce sont les rencontres intéressantes : éditeurs, auteurs, et lecteurs passionnés par autre chose que les best-sellers ou les prix!

Bernieshoot 22/03/2017 21:27

Une position argumentée qui mérite d'être respectée