Quand Dario Fo, prix Nobel de Littérature, nous parle joyeusement d'apocalypse

Publié le 9 Mars 2017

J'ai lu L'Apocalypse différée en italien (L'apocalisse rimandata), aussi n'ai-je sans doute pas tout compris à 100% des subtilités du récit.

Je ne parlerai donc pas de qualité d'écriture mais de la personnalité de l'ouvrage, assez forte, originale, et pleine de leçons sur notre contexte politico-médiatico-sociétal actuel.

DARIO, D'ABORD UN PERSONNAGE NUANCE

Quelques infos : né en 1926 à Sangiano (Italie), et mort le 13 octobre 2016 (jour de l'annonce de l'attribution du Prix Nobel de Littérature à Bob Dylan, ça ne s'invente pas), Dario Fo est lauréat de ce prix en 1997.

Le type a un passé trouble. Sans pouvoir avec si peu d'éléments démêler le faux du vrai, il est accusé par la presse en 1977 d'avoir fait partie des fascistes dans les années 40. Sa plainte pour diffamation, argumentant qu'il jouait double-jeu pour renseigner les résistants, sera rejetée par un jugement est définitif en 1980 : "il est parfaitement légitime de définir Dario Fo comme un membre de la RSI (repubblichino) et chasseur de partisan".

Ses parents sont pourtant des antifascistes reconnus et lui-même figure parmi les auteurs engagés à contre-courant du fascisme pour l'ensemble de son oeuvre, dont justement L'Apocalypse différée (2010), que j'ai trouvé instructif, drôle, cynique et quand même avec un peu d'espoir.

Quand Dario Fo, prix Nobel de Littérature, nous parle joyeusement d'apocalypse

DE QUELLE APOCALYPSE PARLE-T-ON?

Ci-dessous le synopsis :

"Dans cette grande fresque orale, Dario Fo imagine Milan se réveillant un beau matin privé de toute énergie fossile : plus de pétrole, plus d'essence, place (enfin !) aux énergies renouvelables. Fo décrit avec entrain et jubilation l'effet choc de cette pénurie, la secousse salutaire qu'elle représente, les réactions somme toute astucieuses et soulagées des gens qui, libérés du carcan de la consommation forcenée, redeviennent des personnes en charge de leurs choix de (sur)vie. Entre essai de sociopolitique et répertoire de fables joyeuses à réciter, mimer ou jouer, Dario Fo aborde ici une des questions qui lui tiennent le plus à coeur : la pollution de la planète Terre et l'urgence de changer les comportements des sociétés humaines. Saynètes aux dialogues vifs, aux personnages croqués avec indulgence, au ton souvent moqueur : on retrouve ici la sympathie inaltérable de Dario Fo pour les humbles et les déshérités, sa complicité avec leur vitalité subversive, sa verve endiablée contre la puissance mortifère de l'argent et ses serviteurs intéressés que sont la censure religieuse et la complaisance intellectuelle."

 

L'histoire nous propose, dans l'ordre :

1/ les tribulations d'un lanceur d'alerte sur le climat et les catastrophes naturelles, sans être écouté sérieusement

2/ BOOM. La pénurie d'énergie sous toutes ses formes fossiles frappe d'un coup et de plein fouet toute la population, qui se retrouve complètement désemparée dans un première temps... On assiste notamment à un dialogue surréaliste entre Berlusconi et l'une de ses jeunes maîtresses qui ne sait pas comment le rejoindre dans sa villa

3/ On voit certains qui profitent d'inventions anciennes ou nouvelles pour avoir un peu d'électricité, vue désormais comme de l'or en barre.

4/ Tout le monde s'approprie les bonnes pratiques et revoit ses priorités quant à la consommation d'énergie. Grâce à l'éolien, l'hydraulique et le solaire, on peut avancer tout de même... oui mais jusqu'où?

5/ C'est là que ça devient intéressant. Il n'y a plus de télé, plus d'élite politique, donc plus règlement. Tout est à refaire et les gens dans la rue se retrouvent pour réécrire des lois fondamentales et règles de vie en société. On apprend ainsi le système d'échanges assez innovant et fructueux mis en place par des prostituées qui se sont rassemblées dans une maison close.

6/ Je ne vous dis quand même pas tout...

UN EXTRAIT QUI DONNE A REFLECHIR

"Je m'aperçois maintenant que, pris par une espèce de catharsis de l'imagination, je me suis laissé emporter dans la simulation d'une folie. Mais tout ce que je vous ai proposé n'est pas un pur paradoxe, né d'une vision surréelle et cauchemardesque. Mettez-vous bien en tête – et pardon de vous en rebattre les oreilles – que nous ne pouvons en aucun cas éviter ce rendez-vous tragique avec la pénurie d'énergie. Il ne s'agit pas de délires métaphysiques, mais de prévisions scientifiques inéluctables : le pétrole va disparaître. L'extraction du principal carburant fossile touche à sa fin.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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