SOLARIS, PASSENGERS, PREMIER CONTACT : quand les films de science fiction explorent l'espace et la psychologie humaine

Publié le 14 Mars 2017

C'est en voyant deux films récents que je me suis dit qu'il y avait un truc avec les films de science fiction en lien avec l'exploration spatiale.

On n'est pas que dans le spectaculaire des effets spéciaux, qui nous donnent l'impression de voyager  jusqu'au-delà de notre galaxie ; on n'est pas que dans la transposition des raisonnements scientifiques les plus poussés pour formuler des hypothèses remarquables sur l'univers et le potentiel de l'être humain à l'explorer ; on accorde aussi une grande place aux questionnements psychologiques, quant à notre place dans cet univers, notre perception du temps... et quoi de mieux que l'espace comme décor, c'est à dire l'infini silence et l'absence de gravité, pour s'interroger sur ce qu'est la vie humaine et en quoi pourrait consister notre destin?

Gravity a choisi de mettre en avant des effets spéciaux grandioses. Interstellar s'avère plus dense et complet en conjuguant spectaculaire, scientifique et psychologique. Mais je voudrais évoquer trois films dont la dimension psychologique est peut-être la plus importante (ou la plus intéressante).

SOLARIS, PASSENGERS, PREMIER CONTACT : quand les films de science fiction explorent l'espace et la psychologie humaine

PASSENGERS - ROBINSON CRUSOE DANS UN VAISSEAU

Il ne m'inspirait pas du tout ce film. Blockbuster avec des acteurs principaux au visage aussi lisse qu'une poupée Barbie, explosions à répétition dans la bande annonce, costumes moulants... Et puis le synopsis qui pourrait se résumer à : un vaisseau voyage vers une planète à coloniser avec à son bord des milliers de passagers plongés en hyper-sommeil pour 120 ans (la durée du voyage) avant d'arriver tranquillement. Sauf que le voyage ne se passera pas comme prévu. Bref, j'avais tendance à fuir.

C'est en fait pas mal du tout à mes yeux. En grande partie grâce à la première partie du film. Une collision avec une météorite provoque une petite panne dans un système et un passager se réveille. Il est seul, se dit qu'il a simplement un peu d'avance jusqu'à ce qu'il se rendre qu'il s'est réveillé par erreur et qu'il a ouvert les yeux 90 ans trop tôt! Comment supporter de vivre dans la solitude la plus complète, perdu au milieu de l'espace, sans pouvoir joindre personne, et en devant se résoudre à mourir avant la fin du voyage? On a donc un Robinson Crusoé qui au lieu d'une île au milieu de l'océan a un vaisseau dans une autre galaxie, et qui jongle entre panique, désespoir, résignation, euphorie... la phase d'après est d'autant plus intéressante puisque le personnage de Vendredi retrouve aussi son équivalent dans son film. En effet, notre héros se trouve à chercher de la compagnie au milieu du dortoir des passagers endormis, tombe sous le charme d'un jeune femme et se pose la question : et si je la réveillais? Ca fait un an que je suis tout seul, je n'arriverai pas... Sauf que réveiller un autre passager condamnerait ce dernier à vivre le même exil que le héros, dans le vaisseau, et à mourir avant d'arriver à destination. Peut-on faire quelque chose d'aussi cruel?

SOLARIS - MAIS EN FAIT, QU'EST CE QUI EST REEL?

Solaris est plutôt précurseur puisque le film date de 2002. C'est le seul où on peut profiter d'une partie de la nudité de Georges Clooney donc déjà, pourquoi pas? Il y aussi Natasha McElhone (que je trouve tellement sublime dans la série Californication).

C'est minimaliste, humble et assez intelligent (le réalisateur est Steven Soderbergh, en adaptant à la fois le roman de Stanislas Lem de 1961 et la prmeière adaptation cinéma de 1972 d'Andrï Tarkovski). Un psychologue est envoyé à bord d'une station spatiale car les occupants semblent devenir fous. On est proche de Solaris, une planète mystérieuse. Sur place, le héros se rend compte qu'une sorte de manipulation est à l'oeuvre. Il voit réapparaître sa femme dans la station spatiale alors qu'elle est morte plusieurs années plus tôt. C'est forcément irréel, mais ça a l'air tellement vrai... l'illusion s'épaissit, prend de plus en plus forme et qui ne devait être qu'un fantôme de l'être aimé est finalement un avatar avec des sentiments, de l'amour et un corps aussi humain qu'il pourrait l'être. Aussi, quand sa vie réelle semble perdue, pourquoi ne pas accepter cette illusion si elle nous rend heureux?

Ceci est ma tentative de résumé des questionnements qui agitent les personnages, questionnements inspirés par le mythe d'Orphée et d'Eurydice.

PREMIER CONTACT - QUI EST L'AUTRE, QUE NOUS VEUT-IL?

Ce film de Denis Villeneuve est assez bouleversant (c'est de loin mon préféré des trois films présentés ici). Des être venus d'ailleurs atterrissent à plusieurs endroits de la Terre. Ils n'ont pas l'air offensifs et sont dans une capsule sécurisée de leur vaisseau. L'héroine est une experte en langage et c'est là que tout se joue. En tant que spectatrice, je suis sortie du film en me demandant sur quoi se base notre langage et ce qu'il implique. Sans mains, comment les extra-terrestes peuvent-ils "écrire"? quels sont les supports? Quels sont les sons possibles? Mais surtout, comment échanger nos vocabulaires? Ou comment l'interprétation du mot "arme" peut être à la fois inquiétante et anodine ("arme" pourrait être assimilé à "outil").

Ainsi, à partir du langage et notre capacité à communiquer, comment réagir et décider de si l'autre est une menace ou non? qu'est-ce qui régit notre méfiance ou nos échanges?

Et puis il y a un rebondissement auquel on ne s'attend pas forcément, rapport à un autre questionnement majeur en lien avec la recherche scientifique sur l'espace. Je vous renvoie donc à ce billet qui m'avait vraiment donné envie de voir Premier Contact, en espérant qu'il vous rende aussi curieux que moi.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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Le Zouave 22/04/2017 21:12

Je suis sous le charme de Arrival (Premier Contact) que j'attendais depuis longtemps. Ayant fait des études linguistiques, j'avais cet attrait en plus qui me branchait bien. Je n'ai pas été déçu.
Je n'ai pas encore vu Passengers qui me tente bien aussi. La bande-annonce ne me disait pas grand chose mais mais ce que j'en ai lu a éveillé ma curiosité.