Un duo chorégraphié sur la relation athlète-entraineur : quand Jacques Gamblin et Pascal Lefèvre enlèvent le haut

Publié le 31 Mars 2017

Fin mars, et notamment le 26, c’était le festival de danse contemporaine au 104, lieu que j’aime beaucoup à Paris (le quartier est sympa et cet espace propose une super librairie et est ouvert à la créativité avec de la place pour les danseurs amateurs etc.). Bref, j’ai jeté un coup d’œil au programme, au cas où, et je suis tombée sur le nom qui m’a fait acheter une place sans réfléchir. Jacques Gamblin. Le voir en vrai, sur scène, dans une pièce créée en duo, originale et traitant du sport. Cocktail gagnant pour moi !

Site de présentation du spectacle 1 HEURE 23’ 14’’ et 7 CENTIEMES

Vous pouvez également retrouver cet article sur mon autre blog : Labo sportif.

Un duo chorégraphié sur la relation athlète-entraineur : quand Jacques Gamblin et Pascal Lefèvre enlèvent le haut

Jacques Gamblin ou l’art du sport

Il y a des acteurs qui touchent à tout en termes de disciplines artistiques voire sportives. Jacques Gamblin est de ces pépites du genre. Je ne connais pas tout de sa bio artistique mais on l’a vu notamment dans deux films qui mettent le sport en avant comme vecteur de valeurs et relations entre père et fils, par exemple.

De toutes nos forces (2013), avec Alexandra Lamy et Fabien Héraud

Synopsis : Julien, adolescent en fauteuil roulant, rêve de sensations fortes et de proximité avec son père. Ce dernier, Paul AMBART, joué par Jacques GAMBLIN, s’est renfermé sur lui depuis qu’il a appris que son fils ne pourrait plus marcher. Ancien triathlète, il se retrouve confronté à la demande de son fils qui souhaite participer à un Ironman. Cet événement devient le point central de ce drame familial.

« Pour la préparation, j’ai été coaché à Paris par un athlète qui a participé à plusieurs courses Ironman. J’allais régulièrement à la piscine. J’ai fait de nombreuses séances de crawl. »

« On a pris beaucoup de risques. C’était très excitant et assez bouleversant a posteriori. À chaque fin de prises, je me demandais ce que l’on venait de faire. Pourquoi l’avat-on fait ? Je voulais absolument tourner toutes les scènes. Je m’étais entraîné dans cette optique. Quand le film a été terminé, on a débouché une bouteille de champagne et moi, j’ai craqué. Je n’ai blessé personne. Je ne me suis pas blessé. Il n’y a pas eu de catastrophe. J’ai assuré, heureusement. »

(interview de Jacques Gamblin par le magazine Santé Sport)

« Père fils, thérapie ! » (2016) avec Richard Berry et Julie Ferrier

Ce films s’affiche davantage comme une comédie (et a bien divisé la critique) : Ils sont père et fils. Ils ne se supportent pas. Leurs entourages leur ont lancé un ultimatum : participer à un stage de réconciliation « Aventures Père Fils » dans les gorges du Verdon où ils devront tenter un ultime rapprochement. Entre mauvaise foi et coups bas, pas évident qu’ils arrivent à se réconcilier.

 

Sans préjuger de la qualité du résultat, on peut dire qu’on est dans le thème du rôle de réconciliation tenu par le sport.

Quand il devient écrivain et poète pour crier son amour à la danse, à la course et au vélo

Une intervention au Parlement des écrivains, qui date de novembre 2015, a été acclamée. Jacques Gamblin y poétise l’urgence climatique et le rôle de sauveur joyeux que le vélo représente.

"Rien n'est à moi, ni ma maison, ni mon jardin, je vis sur un morceau de terre, sous un morceau de ciel qu'on me prête."

"Il est temps de faire de toutes petites choses multipliées par des milliards de toutes petites."

Et puis c’est directement avec sa plume qu’il écrit Le Toucher de la hanche, que je découvre en faisant des recherches sur lui et que j’ai hâte de lire.

« Qu'est-ce que la valse ? Un moteur à trois temps à poser sur la machine humaine pour de grandes randonnées à deux, madame en selle, monsieur au guidon. »

Présentation du livre par l’éditeur

Ah oui, il y a aussi ce livre, que je découvre à l’instant également et dont le titre me donne l’eau à la bouche : Entre courir et voler, il n’y a qu’un pas papa

 

Bref, on a affaire à un gars réfléchi, curieux, et connaisseur sur les pratiques sportives et ce qu’elles apportent. On ne peut que lui faire confiance.

 

Que se passe-t-il pendant 1 HEURE 23’ 14’’ et 7 CENTIEMES ?

Ce qui se passe dans toute relation athlète entraineur. Une suite de je t’aime moi non plus savoureuse, avec son langage propre, ses déchirures et ses réconciliations. Pascal Lefèvre bouge (beaucoup et bien) et Jacques Gamblin regarde, attentif (il bouge aussi un peu et fait une série de pompes torse nu par exemple !).

C’est à travers ce regard que la pièce évolue. Les yeux de Gamblin détaillent le corps de son athlète, ils le corrigent, le ralentissent, l’aiment, l’admirent, le façonnent et le sculptent, lui parlent, l’exposent et le protègent, mais aussi l’embellissent, et tantôt le surestiment ou le sousestiment. Je trouve que l’image ci-dessous est assez parlante. On voit ce regard tendre et admiratif de l’entraîneur posé sur le danseur (qui fait quand même une pose que je vous défie d’imiter !).

Un duo chorégraphié sur la relation athlète-entraineur : quand Jacques Gamblin et Pascal Lefèvre enlèvent le haut
Un duo chorégraphié sur la relation athlète-entraineur : quand Jacques Gamblin et Pascal Lefèvre enlèvent le haut

On démarre avec une relation maître-élève, dans laquelle le jeune danseur se plie au rôle et à l’allure de l’entraineur. C’est ce qui donne une première partie très drôle, avec un langage employé que seuls eux peuvent connaître, à base d’onomatopées en cascades, d’abréviations, de demi-phrases et même de mots inventés pour personnaliser un sport qui n’appartiendrait qu’à eux. Et le danseur bouge et interprète ce langage inconnu aux spectateurs.

Puis, au fur et à mesure que les exigences de l’entraineur se durcissent, on assiste à la naissance d’une animosité à la place de la complicité initiale, d’une rivalité. Jusqu’à une cassure. Et puis la réconciliation qui illumine une relation père fils.

 

Je vous propose aussi la lecture d’une critique sans doute plus constructive que celle de la fan peu scrupuleuse que je suis :

« Gamblin est aussi l’auteur d’Entre courir et voler, il n’y a qu’un pas papa. Passerelle évidente entre les deux : ici, l’élève est venu voir son entraîneur pour apprendre à voler et, longtemps, son entraîneur le fait travailler sur son premier pas. L’écriture de Gamblin est sensible, tout comme son jeu, et à la fois concrète et poétique. Le spectacle entre théâtre et danse soutient l’intérêt du spectateur en ne décryptant les métaphores du texte que progressivement. »

Ce genre de spectacle, hybride, donne un sens nouveau aux réflexions qu'on peut avoir sur le sport, la danse contemporaine, et représente un bol d'air créatif plus que la bienvenue !

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

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