La musique pour raconter le sport : 5 rôles essentiels à coups de cordes, de percussions et de bruitages

Publié le 3 Mai 2017

Le sport est un sujet médiatique éminemment séduisant. Des sportifs vus comme des héros victorieux ou déchus, les équipes qui triomphent ou qui déçoivent, des actions surprenantes et des scénarios qui contiennent davantage de suspense que la plupart des scripts des films hollywoodiens ! C’est vrai, donnez-nous un topo sur les principaux personnages d’un blockbuster, on peut presque prédire dans quel ordre les malheureux vont mourir et qui finira dans les bras de qui. Mais dans le sport, malgré la présence de favoris, malgré le dopage, malgré les inégalités de préparation et de soutien au sport entre les pays, la fin de l’histoire n’est pas écrite à l’avance.

Alors pour faire honneur à ces spectacles et mettre en valeur les performances, il faut bien une musique à la hauteur des ambitions des organisateurs/concepteurs et des attentes de supporters/téléspectateurs/joueurs. Pour décrypter un peu comment ça se passe et sur quelles dimensions ça se joue, je me suis fait accompagner par Lionel Raepsaet, musicien mais également compositeur de musique à l’image. A ce titre, il a travaillé sur différents projets ayant trait au sport avec Maxime et leur entreprise Make me Sound : publicités pour sportswear, signatures sonores pour des marques, générique de l’émission Stade 2, habillages sonores pour des évènements…

Au menu, hymne de la Ligue des Champions, Hymne du Championnat du Monde de Handball 2017, bandes sonores de trails, univers musical du jeu FIFA et génériques de Stade 2.

La musique pour raconter le sport : 5 rôles essentiels à coups de cordes, de percussions et de bruitages

JOUER SUR LA DIMENSION EPIQUE

Cette dimension est essentielle mais pour Lionel, « Le sport est trop souvent réduit de manière simpliste à son côté épique et grandiloquent. »

La plupart du temps, les bandes annonces de rencontres sportives de choc jouent trop sur la corde de l’épique, du spectaculaire, comme si rien d’autre n’importait dans la vie que de regarder le prochain match. Pour ceux qui zappent et tombent sur ces bandes annonces par hasard, cela frôle le ridicule.

Il y a cependant un exemple tendant à faire penser que parfois, le cliché de l’épique peut très très bien marcher et devenir mythique. Parlons donc de l’hymne de la Ligue des Champions. Là, on dépasse toute dimension rationnelle. C'est probablement l'une des chansons les plus connues au monde. Une enquête au début des années 2000 semble en effet montrer qu’il est davantage identifié par les supporters que les autres composantes marketing de l’évènement (logo, nom etc.).

Ce véritable tour de force marketing a pourtant une origine qui n’a rien de magique. C’est Tony Britten qui produit ce morceau en 1992 à l’UEFA, dont le but est d’avoir un morceau fédérateur et vantant le flairplay, face au hooliganisme montant. L’idée, c’était donc d’avoir de la gravité, de faire vibrer et finalement d’obtenir un hymne comparable à des hymnes nationaux, que tant les joueurs que les spectateurs seraient fiers de chanter ou d’entendre avant chaque rencontre.

Il s’agit d’un arrangement d'un hymne des Coronation Anthems composé par Georg Friedrich Haendel en 1727 pour le couronnement du roi de Grande-Bretagne George II, Zadok the Priest. Arrangement… c’est-à-dire ?

C’est-à-dire que tous les ingrédients étaient déjà là : une marche, une mélodie composée pour un roi (c’est quand même le chant qu’on entend à chaque couronnement britannique encore aujourd’hui), beaucoup de cordes pour ajouter des vibrations émotionnelles aux voix… Si on essaie de se faire plus précis dans l’analyse musicale, on peut évoquer le contraste entre la tension apportée par les cordes qui jouent une mélodie sur un rythme saccadé et les voix qui, sur un rythme plus lent, nourrissent le côté dramatique.

Le compositeur a apporté une touche moderne, pour un résultat au succès fou. Il est interprété par le Royal Philharmonic Orchestra et par les chœurs de l'Academy of St. Martin in the Fields. Les paroles, qui évoquent le fait que la compétition regroupe « les meilleures équipes », sont déclamées dans les trois langues officielles de l'UEFA, (l'anglais, le français et l'allemand). Paroles pour le moins archi-simplistes, mais finalement assez inutiles, car peu ou pas reconnaissables à l’oreille de ceux qui l’écoutent et qui se contentent de scander à tue-tête à la fin « THE CHAAAAMPIONS ! ». Cela n’empêche pas que cet hymne, « c'est LA référence en terme de musique dans le monde du sport », assure Laurent Cochini, directeur conseil chez Sixième Son, agence leader en Europe dans le domaine de la musique pour les marques.

Alors, cliché ? Oui, mais ça marche.

MIEUX FAIRE CONNAITRE UN EVENEMENT EN APPORTANT DYNAMISME ET ENTHOUSIASME

Partons sur un sujet plus confidentiel, la musique du Mondial de Handball. On est sur de la création Made in France pour un sport qui reste (malheureusement à mes yeux) peu regardé à la télévision.

Mais voilà, l’équipe de France écrase plutôt la concurrence dans cette discipline et s’affirme comme l’équipe de sport collectif française la plus titrée de tous les temps. Alors comme le championnat du monde 2017 avait lieu en France, il fallait bien un hymne un peu parlant. Ce qui peut apparaître comme « cheap » parce que Made in France est en fait du lourd puisque c’est une création de Feder (qui a commis ce titre connu du monde entier).

Pour le Championnat du Monde de Handball, s’associer avec un artiste très populaire est l’occasion de faire connaître l’évènement à de nouveaux prospects. « FEDER correspond en tous points à ce que nous cherchons pour ce sport extraordinaire qu’est le handball. Il s’est engagé à nos côtés pour les quatre prochains mois et nous allons avec lui, entre autres, continuer à surprendre et à aller là où on ne nous attend pas forcément » a déclaré Edouard Donnelly, Directeur Général de la compétition.

Du Feder pour fédérer, ça marche aussi !

RETRANSCRIRE L'EMOTION, LE VECU

« Chaque sport a sa particularité, voire sa culture. Je pense par exemple aux sports U.S. comme le basket, très imprégnés par le hip-hop. J’essaie alors de comprendre la manière dont le sport en question est vécu par ses participants. » explique Lionel.

Il me parle de trail, et je trouve que c’est un bon exemple pour parler des liens entre la musique et ce que peut ressentir le sportif dans cette discipline.

« Dans le cas du trail de Belle-île, c’est un sport de plein air qui est en pleine expansion. On a alors évité les instruments trop bretonnants pour des sons plus modernes et jouer sur les reverbs* pour retranscrire ces grands espaces. Par exemple, un ostinato, un motif qui se répète au dessus d’une grille d accords, permet de bien retranscrire le souffle épique propre à l’effort sportif : c’est l’instrumentation qui va en s’amplifiant qui permet de créer une progression, une montée d’intensité qui retranscrit bien le vécu de la course. »

* La réverbération est la persistance du son dans un lieu alors que la source originale n'existe plus

On sent en effet une tension au début, celle qui correspond à un cœur déjà en chamade pour un sportif juste derrière la ligne de départ. Puis c’est la vitesse, l’effet grisant d’évoluer dans la nature, l’adrénaline, la difficulté, la volonté, la satisfaction de franchir les étapes et l’ivresse de l’arrivée… C’est ce que j’ai ressenti pendant un trail que j’ai couru et dont la bande annonce 2017 me plait bien aussi musicalement :

Ces deux morceaux ont pris le parti d’utiliser l’électronique, et ça donne peut-être davantage au spectateur de la bande annonce l’impression de vivre la course.

PERSONNALISER UN UNIVERS

Je rebascule sur le foot, mais cette fois en version jeu vidéo. En jouant à FIFA mais surtout en voyant d’autres personnes y jouer, je me rends compte à quel point l’univers musical du jeu est important. Ce n’est pas juste un fond sonore, basé sur l’action ou une quelconque virilité. La bande son est vraiment de qualité, puisant dans la nouveauté, avec régulièrement des titres qui deviennent célèbres ou restent dans les mémoires grâce au jeu.

Dans un article sur la sortie de FIFA 2016, on peut lire : « Disponible sur PS3, 360, Xbox One, PS4 et PC, "FIFA 16" mettra 42 artistes issus de 15 nationalités différentes à l'honneur. « FIFA permet généralement à de jeunes talents de tout genre de se faire connaître sur la scène internationale. Avec cette nouvelle édition, nous avons une fois de plus créé une bande-son qui devrait permettre aux joueurs du monde entier de découvrir de nouveaux artistes qu'ils n'auraient pas forcément entendus ailleurs. Des artistes norvégiens, portugais, colombiens, britanniques ou brésiliens contribuent à embellir un superbe jeu vidéo. "FIFA 16" est la vitrine du must de la musique internationale » assure Steve Schnur, directeur général de la musique et du marketing chez EA. »

UNIVERSALISER LE SPORT

Le sport sur le service public, c’est-à-dire tous les sports, à travers Stade 2, souvenez-vous, c’était ça :

Puis ça :

Puis ça :

Soit quelques bruitages de chronomètre, de la musique dynamique et à l’accent positif, du rythme, un bruit de fond enthousiaste de spectateurs, des extraits de commentaires d’experts…

Pour arriver à la nouvelle version, pas évident de concilier fidélité aux formats originels, modernité, et mention spécifique au sport sans pour autant abuser « d’un design sonore explicite: bruits de raquettes, de ballons, de foule, etc ». C’est pourtant ce qu’on a demandé à Lionel et Maxime (Make Me Sound) :

« L’idée pour nous, c’est d’arriver à rendre moderne cette approche par le choix de l’instrumentation: préférer par exemple une musique très dynamique, enlevée, positive, avec des textures électroniques plutôt que d’employer des instruments traditionnels et des progressions harmoniques classiques. »

Et ça donne ce que vous entendez depuis janvier 2017 (pas mal non ?) :

Il y a donc un lien indéfectible entre musique et sport, pour retranscrire l'intensité de l'action, l'ampleur du moment, le spectaculaire d'un exploit ou l'émotion d'un résultat. Il est l'histoire et elle en est le récit, il est l'image et elle en est l'ornement. Qu'elle tombe à fond dans les clichés ou non, elle révèle finalement pas mal de choses des sportifs et de leurs spectateurs. On pourrait se demander si ce duo influence notre façon de faire du sport en amateurs, avec ce besoin grandissant de mettre des écouteurs et de la musique à plein régime pour accompagner un footing. Mais ça, c'est une autre histoire.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture, #A la croisée des arts

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