Sans oublier la baleine, une fable contemporaine délectable

Publié le 16 Mai 2017

J'ai eu ce livre entre les mains par hasard, c'est à dire que ce n'est pas moi qui l'ai cherché spécifiquement, et que c'est une collègue d'un club de lectures qui nous l'a apporté comme une offrande. Curieuse de ce que je ne connais pas et qui sort de l'ordinaire, je me suis laissée tenter. Et si j'ai, je l'avoue, mis du temps à adhérer complètement à l'histoire et à son personnage principal, j'ai fini par rester accrochée jusqu'à la fin, happée par une histoire folle mais tellement crédible, et qui interroge le sens de la vie en communauté.

Ce livre est écrit par "J. W. Ironmonger, écrivain-baroudeur, né en Afrique de l'Est, zoologue de formation."

 

Sans oublier la baleine, une fable contemporaine délectable

Ce synopsis de l'éditeur en dit à la fois trop et pas assez :

" À Saint-Piran, en Cornouailles, on se souvient encore du jour où le jeune homme nu a été rejeté sur la plage par l’océan. Une entrée en scène des plus originales. Les villageois se portent bien sûr à son secours : l’ineffable Dr Books, le glaneur Kenny Kennett, Demelza, romancière à l’eau de rose... ou encore la pimpante épouse du vicaire. Sans oublier la baleine, à l’arrière-plan, qui ne veut plus quitter la côte. Personne ne sait alors que Joe Haak a fui la City, terrorisé à l’idée que le programme de prédictions qu’il a inventé n’entraîne l’effondrement de l’économie mondiale. Avec ce nouveau venu, un sentiment de fin du monde vient contrarier la quiétude de Saint-Piran...
On peut compter, bienheureusement, sur l’optimisme éclairé et l’esprit délicieusement anglais de l’auteur pour sauver ce petit monde. "

On peut en effet se demander comment ces éléments de récit vont s'imbriquer efficacement, et on est surpris au fur et à mesure par la finesse d'écriture et le tempo imposé par l'auteur qui arrive peu à peu à nous transformer en quasi-habitants de Saint-Piran.

1/ La fameuse baleine: on la voit au début, elle qui semble avoir sauvé (exprès?) notre jeune héros en le ramenant sur la plage. Ensuite, chacune de ses apparitions confronte les hommes à leur place dans le monde et à leur destin. Quand elle vagabonde dans l'océan, elle est le monstre qui domine. Quand elle s'échoue sur la plage, elle agonise et a besoin d'aide. Quand la fin du monde est proche, elle tient un autre rôle dans une initiative heureuse et solidaire.

2/ Un dialogue entre finance et spiritualité : point de morale grandiloquente dans ce dialogue, mais l'histoire nous permet d'assister à un long huit clos entre notre héros, analyste financier qui tente de prédire l'avenir avec des chiffres, et le vicaire, qui remet tout calcul prospectif entre les mains de Dieu. Ces deux personnages que tout oppose vont se retrouver sur un point : la fatalité qui accable l'espèce humaine et les dépasse. S'ensuit une réflexion sur le "comment" pour répondre à cette fatalité.

3/ Un message optimiste : on parle de potentielle fin du monde, avec une catastrophe toute bête qui va agir sur le monde entier à la vitesse des avions. Le héros veut faire quelque chose de bien, pour se racheter de sa vie de financier apparemment, en se disant que les hommes se livreront à une guerre sans merci dès que la nourriture viendra à manquer. Mais à l'échelle de ce village, on assiste à autre chose qui apporte un souffle aussi frais que la mer des Cornouailles.

Deux courts extraits :

" "Avez-vous déjà joué à ce jeu qui consiste à bâtir une tour avec des blocs de bois ? J'y joue avec ma petite-fille. Chaque joueur, l'un après l'autre, retire ensuite une pièce de l'édifice." Il mima l'action délicate. "Ce qui est surprenant, c'est que la tour reste très longtemps debout. Elle est exactement comme l'économie, voyez-vous - résiliente. Chaque niveau comporte des éléments redondants mais arrive le moment où on dégage un bloc - une petite pièce inoffensive - et bam ! l'édifice tout entier s'écroule." Il mima la catastrophe. "La tour ne décline pas lentement, voyez-vous. Elle ne s'affaisse pas, elle ne devient pas un modèle réduit... Non. Elle s'effondre. Bam." Kaufman considéra longuement Joe. "Cela pourrait-il nous arriver ? Cela pourrait-il arriver à notre société ? A notre civilisation ?" "

" La vie, parfois, pouvait faire ça. Tracer une ligne, et décréter: au-delà de cette ligne, plus rien ne sera jamais pareil. Le soleil se lèvera demain, mais il se lèvera sur un monde qui ne sera plus le même.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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