22/11/63 : le voyage dans le temps selon Stephen King, à la rencontre de Kennedy

Publié le 26 Juillet 2017

LE PITCH

Je vous fais un pitch rapide maison : Jake, un enseignant divorcé (années 2010), en répondant à l'appel à l'aide de son pote Al, ne se doute pas ce qui l'attend. Al tient un snack à l'allure miteuse mais à la viande savoureuse et lui demande simplement une chose. D'aller au bout de la pièce du fond, sombre et de faire les pas qui le font descendre. Descendre jusqu'où? 1958.

C'est d'abord la panique (ce n'est pas possible de voyager dans le temps!), la curiosité (allez, je fais un tour et je découvre), la jouissance (c'est badass de reculer de soixante ans!), le doute (je reviens, je retrouve Al et je me demande si c'est bien vrai ce que j'ai vécu... c'est pas réel les voyages dans le temps si?) et enfin la panique (mais qu'est-ce que tu demandes, Al!).

Parce qu'Al, qui a déjà passé pas mal d'années dans les années 50 et 60 (il faut savoir que quelle soit la durée du séjour dans le passé, quand on revient, il ne s'est passé que deux minutes), est malade à crever aujourd'hui, a vieilli d'un coup (forcément, si 6 ans dans le passé égal à deux minutes dans le présent des autres personnages) et se dit que décidément, ce genre de portail spatio-temporel existe pour une raison : changer quelque chose du passé pour le rendre meilleur. Il ne faut pas deux minutes à Jake pour comprendre qu'on lui demande d'empêcher l'assassinat de JFK.

22/11/63 : le voyage dans le temps selon Stephen King, à la rencontre de Kennedy

MON AVIS

Je vous vois venir : le mythe JFK, qui l'a tué? et s'il n'était pas mort? Blablabla. Moi non plus, ça ne m'intéresse pas des masses en fait (peut-être à tort, mais c'est comme ça). Par contre, Stephen King, c'est ma came, et ce roman est en réalité tout sauf un roman sur l'assassinat de JFK. Car il se passe infiniment de choses, dans un livre de plus de 900 pages, et que ce plan d'empêcher un assassinat historique ne devient plus qu'un cadre, un contexte, voire un prétexte. On est dans le lien entre le passé perturbé et le présent modifié (car notre héros va d'abord "tester" ce pouvoir de changer les choses en empêchant un autre évènement de se produire à l'automne 1958, pour en constater les conséquences avant de replonger de nouveau en 1958 et y rester jusqu'en 1963, tu me suis?). On est dans l'idée que le passé est tenace et qu'il ne veut pas être modifié, au point qu'il peut arriver des bricoles au voyageur temporel ou à ses proches. On est dans l'histoire d'amour belle et remarquablement bien écrite. On est dans la difficulté de paraître pour celui qu'on n'est pas. On est dans l'interrogation sur l'impact de ce qu'on fait sur les autres et l'avenir, surtout si on est en position de dire de quoi ce supposé avenir est fait.

J'ai donc adoré l'histoire, ses personnages (je suis une fan de Sadie) et l'écriture. Ayant hâte de savoir ce qui se passe, j'ai sans doute parfois un peu lu en diagonale, mais tout se recoupe et les moindres détails sont moins faits pour nous noyer que pour rendre l'univers crédible.

Surtout, on se balade dans l'univers de Stephen King, en démarrant dans son Maine fétiche, et en allant jusqu'à Derry (ville de Ca, brrrrr). Il y a peut-être d'autres références qui m'auront échappé, parce que je n'ai pas lu non plus tous ses livres, mais on sent le plaisir d'écrire intact et l'envie de partager un univers complexe, imaginatif, flippant et passionnant.

UNE CRITIQUE D'EXPERT (Télérama)

J'aime beaucoup ce passage :

En 1958, quand chantaient les Everly Brothers, les McGuire Sisters ou les obscurs Danny and the Juniors, Stephen King avait 11 ans. Trop jeune pour voir l'époque avec les yeux de son personnage, mais assez pour se souvenir. Au gré du voyage, il sonde ses propres fantasmes, et ceux de ses compatriotes. Voici donc les glorieuses fifties, période d'insouciance et de plein emploi, où personne ne ferme sa porte à clé, où le prix du plein d'essence est dérisoire, où la bière et le lait ont encore le goût suave de l'authentique. Bref, nous voilà plongés dans les moindres détails dans cet âge d'or flingué en même temps que Kennedy, le 22 novembre 1963. King, comme toujours, prend le temps de bâtir tout un monde, de créer une immersion totale. Mais il n'est pas dupe de ce temps jadis pour lequel « les Américains éprouvent beaucoup de nostalgie. Peut-être parce qu'ils ont oublié à quel point le passé puait, commente son héros. Ou parce qu'ils n'ont jamais envisagé cet aspect-là des Pimpantes Années 50 ». L'odeur de la fumée toxique des usines tournant à plein régime. Du tabagisme universel et forcené. Mais pas seulement : les années 50 puent le sexisme, la pudibonderie, la ségrégation raciale (un détour par des toilettes de station-service suffit : une porte pour les messieurs, une pour les dames, et une planche pourrie pour les gens « de couleur »).

Et sinon, il y a eu une adaptation sous forme de mini série, avec James Franco en tête d'affiche (miam).

22/11/63 : le voyage dans le temps selon Stephen King, à la rencontre de Kennedy

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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