Comment Canal + a fait rapatrier un jeune kosovar handicapé - suite

Publié le 15 Août 2011

Isabelle Kieffer raconte alors avoir réussi à obtenir un  rendez-vous avec le ministre des Affaires étrangères et européennes de l'époque, Bernard Kouchner. "Monsieur Kouchner a quand même pris une heure et demie de son temps, explique-t-elle. Et on avait l'impression d'une vraie écoute. De l'écoute d'un médecin, qui a plusieurs reprises a dit "mais il ne pourra pas être correctement soigné là-bas, je connais bien les situations là-bas, mais ça ne peut pas aller, on n'aurait jamais dû le renvoyer là-bas"". Mais Kouchner lui aurait confié que "le faire revenir c'est désavouer la politique de Monsieur Besson".

 

Interrogé par Canal+, Besson se justifie et répond que les soins nécessités par Ardi n'auraient "pas été demandés" par la famille et que son transfert pour le Kosovo ne posait aucune difficulté...

Or, les conditions dans lesquelles ce rapport a été rédigé pose question.  Selon la pédiatre, par manque de temps, les médecins mandatés par l'ARS de Moselle n'auraient "même pas eu le temps de l'examiner". A cela s'ajouteraient des pressions des autorités françaises sur l'ONG Handicos.

 

Feride Hoxa, la responsable d'Handicos dans la région où vivient les Vrenezi, avoue à la journaliste de Canal+avoir subi "des pressions" de la part des autorités françaises pour dire qu'Ardi pouvait être soigné dans son pays. Mais de quel type de pressions s'agit-il ? Financières ? Politiques ? Le documentaire ne le précise pas.

 

En attendant, l'état de santé de l'adolescents'est rapidement dégradé. Devant les caméras de la chaîne cryptée, la pédiatre s'offusque de l'hypocrisie des autorités françaises qui essayent "de faire croire que tout va bien et qu'il n'y a pas de problème". 

 

 

"CE DOCUMENTAIRE MILITANT A RELANCÉ LE MOUVEMENT " (RESF)

 

A la suite de la diffusion du documentaire de Canal+ le 1er juin, les évènements se sont précipités. BFM-TV diffuse un reportage le 8 juin décrivant la situation déplorable dans laquelle vit le jeune homme. La mobilisation redouble alors, notamment les soutiens politiques. Le Conseil régional d'Ile de France affiche sur ses grilles le 7 juillet une banderole et publie également le 13 juillet un communiqué de presse exigeant son retour. Le même jour, le Conseil de Paris "émet le vœu que le Maire de Paris interpelle Le Ministère de l’Intérieur sur l’expulsion abusive d’Ardi Vrenezi et interpelle le Président de la République pour demander le retour urgent en France d'Ardi Vrenezi".

 

Finalement, un communiqué publié par l'APF et RESF le 21 juillet annonce le rapatriement d'Ardi et de sa famille. Un aveu d'échec du gouvernement? Dans un communiqué (dicté par la mauvaise humeur ?) le ministère de l'Intérieur assure que "le retour en France de Ardi Vrenezi a été décidé, compte tenu de la volonté des autorités françaises de s'assurer du respect par la famille du protocole de soins, pour lequel certains manquements ont été relevés en dépit de l'accès possible au traitement". Selon Jean-Marie Barbier, président de l'APF, cet argument est tronqué: "j'ai toujours considéré important de ne pas mettre de l'huile sur le feu. Notre volonté première était qu'Ardi revienne, c'est chose faite à présent. Cependant, l'argument du ministère n'est pas correct. J'ai été témoin depuis plus d'un an que la famille Vrenezi est tout sauf maltraitante avec l'enfant. Elle a été exemplaire".

 

Pour Barbier, la décision n'a pas pu être prise avant le 8 juin, date de la Conférence nationale sur le handicap durant laquelle il a interpellé le Président de la République afin de s'entretenir avec lui sur le sujet, "dont il avait vaguement entendu parler". Il avoue que le documentaire de Manon Loizeau a certainement joué en faveur d'une résolution rapide de la situation. Pour Armelle Gardien, membre de RESF, c'est également le documentaire qui a été le déclencheur du prompt dénouement: "la mobilisation a été primordiale. Cependant, tant qu'aucune ou peu d'images n'étaient disponibles, l'histoire restait confidentielle. Le documentaire a permis à un public beaucoup plus large de se rendre compte de la situation vécue par un polyhandicapé au Kosovo. Sa diffusion a permis de précipiter les évènements". Le reportage a permis de redonner vigueur à la mobilisation car "les actions entreprises jusqu'à présent étaient les mêmes. Ce documentaire militant a relancé le mouvement" précise-t-elle.

 

Bénéficiant pour le moment d'un visa de trois mois, la famille Vrenezi verra sa situation étudiée d'ici là. "Sa famille l'accompagne sous-couvert d'un visa de tourisme d'une durée de 3 mois. Le moment venu et en fonction de l'évolution, la situation de la famille sera étudiée au regard de son droit au séjour en France" déclare le ministère de l'Intérieur. Une raison de plus pour continuer à se battre car l'affaire "est loin d'être terminée" rappelle le président de l'APF.

 

 

David Courbet

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume.over-blog.com

Publié dans #A la croisée des arts

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