Croire en la capitale marseillaise

Publié le 25 Février 2013

Je suis mal placée. N’y ai pas vécu ou grandi, ai évolué constamment à côté de la cité phocéenne. Donc peut-être à côté de la plaque.

Pourtant, j’aime le peu que j’ai vu de la ville, et ai envie de comprendre ceux qui vouent un culte à Marseille, y sont nés, et ne se verraient pas en partir. Il y a un charme, des couleurs, un soleil autre que celui du ciel qui règnent…

Certes, pas dans tous les quartiers. D’aucuns diraient que ce joyeux effet se limite à seulement quelques rues. Ils n’auront peut-être pas tort.

 

En fait, j’aime Marseille à travers la lecture. C’est tout bête. Et c’est pour cela que je suis convaincue qu’on peut redonner une image et des perspectives à cette ville par les mots, et la culture au sens large.

 

Des policiers corrompus, des rues de moins en moins sûres et des cités dominées par le trafic, saleté, travaux, embouteillages, pauvreté, business au ralenti… tout est vrai. Plus ou moins que dans les autres villes, plutôt plus que moins apparemment, mais il n’empêche, il y a un attachement exprimé par certains écrivains qui nous font penser qu’il y a du bon dans Marseille.

Je choisis Jean-Claude Izzo pour illustrer cela. Mort il y a 12 ans, il reste l’auteur célèbre de Total Khéops, de Chourmo, et a également écrit Soléa pour clore la trilogie marseillaise, très documenté sur la Mafia.

On n’est pas dans l’esprit à la Plus Belle la vie, mais dans un récit plus empreint de nostalgie, qui réclame pour Marseille le sort qu’elle mérite, au lieu d’être abandonnée aux chiens armés.

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J’avais ça dans la tête, hier soir, en entrant chez Hassan, au Bar des Maraîchers. Ce n’était pas une de ces idées qui, parfois, traversent l’esprit, non, je sentais vraiment la mort autour de moi. Son odeur de pourriture. Dégueulasse. J’avais reniflé mon bras. Ça m’avait dégoûté. C’était cette odeur, la même. Moi aussi je puais la mort. Je m’étais dit : « Fabio, t’énerve pas. Tu rentres à la maison, tu te prends une petite douche, et, tranquille, tu sors le bateau. Un peu de la fraîcheur de la mer, et tout rentrera dans l’ordre, tu verras. »

Soléa

 

Il n’y avait que son adresse. Rue des Pistoles, dans le Vieux Quartier. Cela faisait des années qu’il n’était pas venu à Marseille. Maintenant il n’avait plus le choix.
On était le 2 juin, il pleuvait. Malgré la pluie, le taxi refusa de s’engager dans les ruelles. Il le déposa devant la Montée-des Accoules. Plus d’une centaine de marches à gravir et un dédale de rues jusqu’à la rue de Pistoles. Le sol était jonché de sacs d’ordures éventrées et il s’élevait des rues une odeur âcre, mélange de pisse, d’humidité et de moisi. Seul grand changement, la rénovation avait gagné le quartier. Des maisons avaient été démolies. Les façades des autres étaient repeintes, en ocre et rose, avec des persiennes vertes ou bleues, à l’italienne.

De la rue des Pistoles, peut-être l’une des plus étroites, il n’en restait plus que la moitié, le côté pair. L’autre avait été rasée, ainsi que les maisons de la rue Rodillat. A leur place, un parking. C’est ce qu’il vit en premier, en débouchant à l’angle de la rue du Refuge. Ici, les promoteurs semblaient avoir fait une pause. Les maisons étaient noirâtres, lépreuses, rongées par une végétation d’égout.

 

"Total Khéops"

 

Place d’Aix, la Safrane passa le feu à l’orange. Bon, me dis-je, il est près de onze, j’ai une petite faim. Et soif. Je pris la rue Sainte-Barbe, sans mettre mon clignotant, mais sans accélérer non plus. Rue Colbert ensuite, puis rue Méry et rue Caisserie, vers les Vieux Quartiers, le territoire de mon enfance. Là où était née Gélou. Là où j’avais connu Manu et Ugo. Et Lole, qui semblait toujours habiter les rues de sa présence.
Place de Lenche, je me garai à la mode de chez nous, où c’est interdit, devant l’entrée d’un petit immeuble, ma roue droite tout contre la marche d’entrée. Il y avait bien une place de l’autre côté, mais je voulais que mon suiveur ait le sentiment que si je ne faisais pas de créneau, c’est parce que je n’allais pas m’absenter longtemps. On est comme ça ici. Parfois, même pour un petit quart d’heure, la double file, avec les warnings, c’était ce qui se faisait de mieux.



Chourmo

 

Je veux croire en l’idée de « capitale culturelle », donc, même si des polémiques entachent le projet, comme la scandaleuse affaire des 400 000 euros publics alloués par la Ville à une entreprise privée pour organiser le concert de David Guetta (alors qu’on aurait dû passer par un marché public… déformation professionnelle).

 

 

L’article de Télérama à ce sujet est assez bien fourni.

 

 

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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