Décorticage de mots – Intouchables, le film qui porte bien son nom

Publié le 9 Janvier 2013

 

C’est le contre-exemple par excellence, qui permet de contredire grand nombre d’analyses sur le cinéma.


Ces derniers jours, on parle énormément de cinéma. Mais pas du cinéma en tant qu’art. Non. Du cinéma en tant que milieu.

Depardieu se barre et on fustige les acteurs, le système, ou alors au contraire on soutient l’acteur au motif que c’est un grand acteur (et qu’il faut donc lui pardonner les excès – notamment son 1.8 g d’alcool dans le sang en scooter ?).

Kassowitz se barre aussi, pas pour l’argent mais au motif d’une liberté créatrice, et là encore, on occulte l’art et la culture pour parler pognon, influence, complots.

 

On dirait que le cinéma va devenir le nouveau milieu « paria » des critiques, juste derrière le football. On détache complètement l’objet du contenant, l’intérêt des intérêts, et on clashe à qui mieux mieux comme si on était condamné à subir le cinéma.

Alors que le cinéma est, ou devrait, être au service de ses spectateurs.

 

Mais il est un film, et UN SEUL, qui résiste encore et toujours à l’avalanche d’aigreurs, et c’est le film Intouchables.

Trois exemples révélateurs au travers d’articles.

 

Le premier, tout le monde l’a lu ou en a entendu parler.

 

« L'année du cinéma français est un désastre. Pendant que Gérard Depardieu fait l'actualité et que les ministres rivalisent d'esprit pour en faire le scandale du moment et dénoncer son exil fiscal à 2 kilomètres de la frontière d'un pays dont il ne se sent "plus faire partie", personne ne parle du cinéma français. Or tous les films français de 2012 dits importants se sont "plantés", perdant des millions d'euros : Les Seigneurs, Astérix, Pamela Rose, Le Marsupilami, Stars 80, Bowling, Populaire, La vérité si je mens 3, etc.

Pas un film, sauf peut-être Le Prénom, pour gommer ce que toute la profession sait pertinemment, mais tente de garder secret : le cinéma français repose sur une économie de plus en plus subventionnée. Même ses plus gros succès commerciaux perdent de l'argent. »

Vincent Maraval

Le constat serait donc que les acteurs français (c’est-à-dire les stars en l’occurrence) ne sont pas payés en fonction de ce qu’on peut attendre du film, et pèsent trop lourds dans leur financement. Ainsi, leurs cachets ne sont payables que parce que l’industrie du cinéma est très subventionnée par le public.

A défaut d’autres arguments valables prouvant le contraire, je suis d’accord avec cette analyse. Après, cela ne veut pas dire que ce système doit être aboli, mais que des critères doivent être établis pour conditionner le subventionnement public.

Il ne faudrait pas non plus tomber dans l’inverse à l’américaine, qui peut faire passer les acteurs du statut de bankable à responsable de flop en moins de temps que je ne mets à manger une tablette de chocolat (et je vais très vite).

Et qu’est-ce qu’on répond à ça ?

Les films sont rentables car ils passent ensuite à la télé (et l’industrie du cinéma dans tout ça ? Elle dépendrait de la télé qui ne finance le cinéma que parce qu’elle y est obligée ? Dans ce cas, le droit de regard de la télé sur le cinéma doit être influent, si c’est pour les contraindre à ne pas diffuser une énième série américaine… Vive la rentabilité et la liberté créatrice du cinéma…) ;

-      On a des succès français, la preuve, Intouchables a cartonné !

Voilà les arguments. Et surtout l’argument avec un grand A. Intouchables a cartonné. Donc ça casse toute velléité critique sur un système qui engendre 121 films en 2012. Pour 17 films rentables seulement. Ces films-là n’ayant pas embauché de grande star grassement payée.

Les deux autres exemples viennent de la lecture de SO FILM. Magazine que je vous recommande par ailleurs, en dehors du fait que pour faire plus de 100 pages, les journalistes et critiques ciné se fendent de quelques articles inutiles.

Interview de Valérie Lemercier sur sa carrière et les comédies françaises. A la question (grosso modo) :

Question : Pensez-vous que la comédie française s’est perdue face aux comédies américaines qui cartonnent et qui sont souvent de meilleure qualité ?

Réponse : non. Il y a Intouchables, qui est un bon film, et qui a cartonné.

 

Un peu plus loin, interview de Cohn-Bendit qui va faire un documentaire sur le Brésil de la future Coupe du Monde de football (l’envers du décor, en quelque sorte) :

Question : Le système de financement européen du cinéma n’est-il pas menaçant pour la diversité des cinémas nationaux des pays membres ? Ne risque-t-on pas de se diriger vers un format de film uniforme ?

Réponse : je vais vous donner un contre-exemple. Intouchables. Film français spécifique, qui a cartonné dans toute l’Europe.

 

Grâce à Intouchables, le cinéma français est devenu… intouchable, justement.

On parle d’un bon film, certes, mais d’un film qui ne devrait pas être brandi en étendard de fierté et de protection d’un système bancal et pas très net.

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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