Décortiquage de mots – « biodiversité », ou l’art de l’enfumage en puissance

Publié le 5 Décembre 2012

Ne nous faisons pas trop de mal, de bon matin. Le monde va mal, on se fout royalement de ce qu’il va devenir à moyen terme en termes de changement climatique, développement durable, biodiversité etc. Mais soyez sans crainte ! De braves personnes ont pris les choses en main ! si si !

En tant qu’ancienne étudiante du Master Economie de l’environnement (à Nanterre), j’ai reçu cette invitation :

 

Madame, Monsieur,

 

L'association EDDEE Alumni, l’association des anciens et actuels étudiants du Master EDDEE,

Economie du Développement Durable, de l’Environnement et de l’Energie,

 

est heureuse de vous convier à la conférence :

 

 

Les enjeux de la biodiversité :

des négociations internationales aux actions de terrain

 

Le jeudi 13 décembre 2012 de 19h à 21h

 

 

Cet événement aura lieu à Paris à Agro-ParisTech en présence des intervenants suivants :

 

·         Marie-Hélène Aubert, Conseillère auprès de la Présidence de la République pour les négociations internationales Climat et Environnement

 

·         Pierre-Edouard Guillain, Chef du Bureau de la connaissance et de la stratégie nationale pour la biodiversité au Ministère du développement durable

 

·         Jacques Weber, économiste et anthropologue, ex-Directeur de l’Institut Français de la Biodiversité

 

·         Christian Caye, Délégué au développement durable de VINCI

 

·         Cécile Joucan, Sustainable resources manager chez LVMH

 

 

Date : 13 décembre, de 19h00 à 21h00

Lieu : Amphithéâtre Tisserand, Agro-ParisTech, 16 Rue Claude Bernard, 75005 Paris

 

 

A l’issue de la conférence, vous pourrez poursuivre les échanges autour d’un cocktail.

 

 

Voilà… est-ce que j’ai le droit d’être scandalisée par le fait qu’aucun scientifique (ne serait-ce qu’un agronome) ne soit présent ?

 

Car voilà le problème.

Une définition du développement durable pourrait être : assurer le développement de notre société sans entraver les ressources des générations futures, et en recherchant l’adéquation entre aspects économique, environnemental et social.

C’est vaste, c’est magnifique, c’est flou et on peut en faire ce qu’on veut. La preuve, c’est que la plupart des grandes compagnies pétrolières ont de très bonnes notes en développement durable de la part des agences de notation extra-financières car elles financent des projets de développement durable, en contrepartie des aspects négatifs de leur activité (licenciements boursiers, délocalisations, marées noires…).

O n’a jamais donné de place aux scientifique dans les débats sur le développement durable. C’est déjà en scandaleux en soit, mais « excusable » car c’est un concept inventé par l’homme, développé par l’homme, et vidé de son essence par l’homme.

 

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Mais une définition de la biodiversité ? c’est beaucoup plus compliqué que cela.

En voilà une première : La biodiversité, au sens étymologique du terme, évoque la diversité du vivant, c'est-à-dire tous les processus, les modes de vie ou les fonctions qui conduisent à maintenir un organisme à l'état de vie.

Sauf que « Ce terme est beaucoup trop large pour avoir une véritable connotation scientifique. En réalité c'est un terme autrefois à la mode qui commence progressivement à disparaître du langage des sciences du vivant.

On parle alors plutôt de diversité biologique lorsque l'on veut évoquer l'éventail des modes de vie (des fonctions) d'un ou de plusieurs organismes, de diversité spécifique ou diversité floristique lorsque l'on veut débattre de la diversification des espèces végétales, de diversité génétique lorsque l'on évoque la variabilité intraspécifique, la diversité fonctionnelle pour définir les fonctions clefs assurées par un groupe d'espèce… »

 

Et là… je serais très curieuse de voir ce que le délégué au développement durable de Vinci (formidable entreprise qui construit des éco-quartiers et qui s’en enorgueillit alors que ce sont les collectivités qui décident de ces projets et non les constructeurs), pourrait dire de la diversité génétique et de la variabilité intraspécifique, ou même seulement des facteurs qui maintiennent un organisme à l’état de vie.

 

Pourquoi AUCUN scientifique présent ? Nous avons besoin d’eux, pour qu’ils expliquent, pour poser les bases d’une réflexion économique et politique, ok, mais a posteriori d’une réflexion scientifique.

Réflexion dont on se fout, comme si la biodiversité, c’était tout simple, alors que nous découvrons des espèces tous les jours.

 

La biodiversité est une notion qui préexiste à l’homme, qui peut survivre sans l’homme puisque nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres, et qui est détruite par l’homme.

 

Mais rassurez-vous, notre avenir est entre les mains de LVMH et Vinci, de personnes dont le nom de poste est plus long que mon bras, et d’économistes (dont mon ex-directeur de Master qui est devenu vice-directeur de la fac de Nanterre !) qui s’emparent d’organes comme la Chaire du Climat pour organiser des réflexions environnementales en partant exclusivement d’une base économique et économétrique.

 

Ne nous faisons pas trop de mal, vous dis-je…

 

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Exutoire

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