Ecrire le cinéma: et les nominés pour les césars sont... (I)

Publié le 23 Février 2011

Meilleur scénario original :  

Mathieu Amalric Marcello Novais Teles et Philippe di Folco pour Tournée

Bertrand Blier pour Le Bruit des glaçons

Xavier Beauvois pour Des Hommes et des Dieux

Gustave Kervern pour Mammuth

Baya Kasmi et Michel Leclerc pour Le Nom des gens

 

Chose promise, chose due ! dans cette semaine consacrée au cinéma, je tenais à valoriser l’écriture notamment par le scénario, qui constitue un des prix pour la cérémonie des Césars.

 

Sur les cinq films nominés j’en ai vu trois. Je commence donc par les deux que je n’ai pas vus (brièvement).

 

Le Bruit des glaçons, comme c’est du Bertrand Blier, c’est forcément particulier. Les avis sont presque toujours tranchés, on adore ou on déteste. J’ai choisi de citer la critique d’une cinéphile qui a plutôt aimé et qui précise les points forts du scénario :

 

Un homme seul marche d'un pas décidé, s'arrête à la grille d'une grande bâtisse et s'annonce comme étant le cancer de Charles, écrivain célèbre retranché derrière ces hauts murs depuis que la gloire, sa femme et son fils l'ont quitté.

Dès que Jean Dujardin et Albert Dupontel sont en présence et commencent à s'échanger leurs répliques, aucun doute ne subsiste, on est bel et bien chez Blier et même du grand Blier puisqu'on retrouve des accents du génial "Buffet froid" et des joutes verbales surréalistes entre Serrault et Depardieu. Il n'est pas aisé de parler de tumeur, de cancer, de métastases, de chimio et de mort et de réussir à faire rire. Evidemment Blier y parvient parce que les deux comédiens face à face s'en donnent à coeur joie au cours de leurs empoignades et altercations.

http://www.surlarouteducinema.com/archive/2010/08/28/le-bruit-des-glacons-de-bertrand-blier.html

 

Ensuite, Mammuth ! ayant juste vu la bande annonce et des photos des personnages (Depardieur, Adjani etc.), j’ai comme première impression que ce film est complètement barré. Et puis j’ai vu Louise Michel, film avec le même tandem (Gustave Kervern et Benoist Délépine, collègues chez Groland) qui était déjà complètement barré.

Pour le scénario, les deux accolytes confirment une chose : ils reprennent à chaque fois le même idée de départ (un prolétaire se retrouve dans la merde) et partent à fond (mais alors vraiment vraiment à fond) dans un aspect qu’ils ont choisi. Pour Louise Michel c’était le côté un peu psychopathe (elle veut tuer son patron, le patron de son patron etc.), pour Mammuth c’est le côté touchant du personnage qui prime. Kervern explique d’ailleurs que Gérard Depardieu était la seule personne pouvant interpréter ce rôle et que son refus aurait entraîné un tout autre scénario.

 

affiche Mammuth web

 

Quelques mots sur Des Hommes et des Dieux : j’ai trouvé ce film très touchant, dur, et particulièrement bien joué. Le thème du film ne peut évidemment pas laisser indifférent, qu’on soit croyant ou non. En effet, la force du scénario est de décrire de manière précise la vie quotidienne de ces moines retirés dans un pays du Maghreb (c’est censé être l’Algérie, mais apparemment ça a été tourné au Maroc), tout en laissant le côté religieux derrière l’harmonie des échanges entre ces moines et les villageois musulmans. Cela rend leur destin d’autant plus tragique. Le grand public loue beaucoup Lambert Wilson puisqu’il joue remarquablement bien le héros. Mais j’accorde une mention spéciale à Mickael Lonsdale qui joue le rôle du médecin assez faible.

 

Tournée ! est un pur délice. J’ai toujours adoré Mathieu Amalric et il nous fait découvrir une facette de lui inédite jusqu’alors mais le succès est au rendez-vous et j’en suis ravie ! le scénario est très très bien mené pour faire du spectateur un témoin discret de la vie délirante du meneur et de sa troupe de jolies femmes enrobées. Ca fait d’ailleurs du bien de voir des femmes belles et rondes à la fois, et qui rient aux éclats et qui montrent le corps avec une sensualité rare. Les musiques et les numéros valent le détour, et Mathieu Amalric, qui se met lui-même en scène, fait figure de tyran de scène vulnérable et attentionné.

 

 


 

 

 

Et enfin (j’avoue que j’hésite un peu mais je me lance) mon chouchou ! Le nom des gens est une merveille de drôlerie, d’émotion, d’engagement (pas moralisateur pour un sou), de tendresse, et surtout d’originalité. C’est peut-être pour cette originalité que le scénario mérite d’être primé (tandis que Mathieu Amalric pour Tournée ! mériterait le prix du meilleur réalisateur selon moi). Baya Kasmi et Michel Leclerc sont à surveiller. Notez d’ailleurs que l’héroïne du film se prénomme Baya tandis que Jacques Gamblin campe avec une candeur géniale Arthur Martin (qui, si ça ne faisait pas penser à la marque d’électroménager « ergonomique », serait un nom aussi banal que celui de Michel Leclerc).

Ce qu’il faut retenir en sortant de ce film : le nom n’a pas d’importance et ne doit pas entraîner de préjugé : un nom bien français veut dire qu’on est de droite, Baya serait d’origine brésilienne, des yeux bleus excluent toute origine maghrébine etc. tous ces a priori sont balayés dans un courant d’air vivifiant. Et le rôle tenu par Sarah Forestier parvient à faire passer toutes les piques possibles et imaginables sur la politique et les hypocrisies écœurantes qui sont à l’œuvre dans la société.

 

 


 

 

 Et puis un autre extrait pour la route:

 

 


 

 

 

J’espère que ça vous a donné quelque peu envie. Rendez-vous vendredi, juste avant la cérémonie, pour un point sur les adaptations littéraires !

Rédigé par t-as-vu-ma-plume.over-blog.com

Publié dans #A la croisée des arts

Repost 0
Commenter cet article