Ecrire le cinéma - L'Aveugle, et l'impossibilité du flic heureux

Publié le 12 Mars 2012

- [Hercule Poirot] […] Tout s'éclaire de façon éblouissante ! Le meurtrier est un homme très fort, très faible, c'est une femme, il est droitier, il est gaucher. Ah ! Tout cela est du plus haut comique !

 

Cette citation extraite du Crime de l’Orient Express montre tout l’enthousiasme qui habite l’enquêteur d’Agatha Christie. Enthousiasme qu’on a peine à trouver aujourd’hui chez nos braves héros flics.

Déjà, il faut noter une innovation depuis les enquêtes criminelles de l’époque d’Hercule Poirot et Miss Marple, c’est que la vie privée est de plus en plus souvent abordée par les écrivains. Pour donner plus d’épaisseur aux personnages sans doute, et ce n’est pas plus mal. Car il est difficile de s’identifier pleinement ou de manifester de l’empathie pour un personnage dont on ne voit que le goût pour le crime. Personnellement, Hercule Poirot ne m’est pas du tout sympathique.

 

Les polars qu’on lit et voit aujourd’hui mettent toujours en scène, ou presque toujours, des flics torturés.

Je vous propose un florilège de bons policiers : Mystic River (livre et film), 36 quai des orfèvres, Polisse (je le vois aussi comme un film policier), Seven (celui qui croit être heureux ne l’est pas longtemps), Calculs meurtriers (où Sandra Bullock est assez bluffante en rescapée d’une agression sexuelle), et j’en passe.

 

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Le dernier en date, celui que j’ai vu il y a quelques jours, est A l’Aveugle. Ce film, réalisé par Xavier Palud, et avec Lambert Wilson et Jacques Gamblin, m’a littéralement emportée dans les tourments de cette enquête guidée par une seule question : comment ce suspect aveugle a-t-il pu tuer ces trois personnes ?

Car le flic interprété par Gamblin est persuadé que le personnage que campe Wilson est le coupable, d’une manière ou d’une autre. S’installe un duel angoissant, ponctué de scènes pleines de suspense. On se rend très vite compte que l’aveugle est effectivement coupable, et le mystère reste entier pour savoir comment et pourquoi.

Le film est donc drôlement réussi. Et les acteurs jouent superbement leurs rôles.

Surtout, c’est assez salvateur de trouver une intrigue qui se concentre sur le rôle de chacun dans l’histoire, et sur la profondeur des personnages, plutôt que sur le suspense haletant quant à savoir QUI est le coupable. Parfois, il faut arrêter de s’appuyer sur ce seul et unique point. Ce n’est pas forcément le plus intéressant.

 

 


 

 

 

Mais là où on retombe sur le point de départ de ce billet, c’est que la personnalité du commandant incarné par Gamblin, et qui colle parfaitement au récit et à l’ambiance parfois poisseuse, est traumatisée par la mort de sa femme deux ans auparavant, dans un accident de voiture.

Cette scène, l’une des premières du film, est assez marquante.

 

 


 

 

 

A quand un flic heureux ? A mon échelle, toute modeste soit-elle, je suis aussi tombée dans le piège du flic torturé qui correspond bien aux univers tout glauques de notre imaginaire. Mais dans l’idée que j’ai en tête, j’espère pouvoir vous offrir un flic heureux.

 

Pour finir, cette citation extraite de la toute fin du film Seven, dans la bouche de Morgan Freeman qui s’approprie les mots d’Hemingway avant de terminer avec amertume. Ces mots, qui sonnent comme une sentence, semblent représenter l’esprit cynique des flics tels qu’ils sont racontés :

 

Hemingway a dit « Le monde est un bel endroit qui vaut la peine qu'on se batte pour lui ». Je suis d’accord avec la deuxième partie.

 

PS : Je croyais les votes clos, mais en fait non... Alors jusqu’à la  vraie clôture des votes, je me permettrai de vous rappeler que vous pouvez me soutenir, avec mon roman Nouvelle Lune sélectionné pour le festival de polar Plume de Glace, en me mettant une bonne note (de 1 à 5) et en mentionnant une adresse email valide. C’est ici que ça se passe. Si vous souhaitez me soutenir même sans voir lu…faites quand-même. Merci d’avance ! 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #A la croisée des arts

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Matthieu W 12/03/2012 22:52

En même temps il y a tous ces polars qui essayent de montrer le quotidien du flic et qui évitent ce côté "dépressif". Polisse est complètement comme ça, mais il n'est pas le premier. L627 de
Tavernier par exemple, j'adore c'est un classique. Mais bon je reste accro aux polars bien noirs à la limite du cliché, du genre Olivier Marchal. Une Nuit (avec Roschdy Zdem) est à voir aussi,
c'est un film à ambiance (mais pas à scénario).

t-as-vu-ma-plume 12/03/2012 23:05



oui, ils ne sont pas tous à montrer ce côté cynique, mais je trouve que c'est une tendance assez fort pour les polars (films ou livres, ou même les séries) récents par rapport aux classiques. Et
je suis assez fan aussi de l'univers d'Olivier Marshall. Je n'ai pas encore vu Une nuit par contre. Et je ne suis pas tout à fait d'accord pour Polisse: j'ai l'impression qu'on voit quand même
quelques vies cabossées (bien plus que la moyenne), même si certains personnages ont des rôles "heureux". En fait, ce qui me surprend, c'est la quasi-absence du bonheur dans la vie privée des
flics dans les fictions (si ce n'est pas un deuil, c'est un divorce, ou une dispute familiale...), sauf dans des séries comme Julie Lescaut (mais là, il manque tout le reste par contre^^).