Ecrire le cinéma - "La mélancolie c'est le bonheur d'être triste"

Publié le 29 Août 2011

Le récit du festival Blues et Polar est à venir. Mais avant, je voulais vous parler d’un film que j’ai vu au cinéma et qui est tout à fait perturbant, éprouvant… on pourrait trouver des tas de qualificatifs, car j’ai rarement été aussi tourmentée par un film.

 

Il s’agit de Melancholia, de Lars Von Trier. Je serai brève sur le film car je ne suis pas spécialiste de cinéma. Et là, même une non-spécialiste de cinéma peut vous assurer qu’on touche au GRAND cinéma, à l’art de l’image et de la mise en scène pour de bon.

 

 


 
 


Le synopsis (un mariage qui capote car la mariée est quelque peu dérangée, trop ancrée dans la « mélancolie » et tout ça dans un cadre de fin du monde – une planète s’approche de la Terre et la percutera) ne donne pas forcément très envie. Ça traite de la fin du monde avec tout le monde qui meurt à la fin… Mouais, vive l’idée !

 

affiche-melancholia.jpg


Oui mais voilà, le début donne le ton. On est dans le cinéma, le lyrisme pur. Même en fin de vie, le paysage offert et les tableaux sont à couper le souffle. Les mises en scène de ce qui attend, symboliquement, les héros du film viennent comme un avertissement : personne n’en réchappe, la fin du monde est là, elle se voit à l’écran à chaque seconde, ça vibre comme un roulement de tambour, ça et vous fait voir les frasques de ces personnages, encore ignorants de leur triste destinée, d’un autre œil. Tout cela sur fond de musique au violon et apocalyptique, cela va de soi.

 

melancholia-lars-von-trier.jpeg


Pour une critique du film juste P-A-R-F-A-I-T-E, rendez-vous sur ce site.

 

Quant à moi, je me suis attachée à trouver, par l’écrit, la lecture, les mots pour décrire ce film :

 

"C'est (la mélancolie) ma maladie de celui qui, dépité de n'être pas tout, choisit, par un revers enfantin de l'orgueil, de n'être rien, ne gardant du monde que ce lui ressemble: le morne et le pluvieux".

 

« Tu sais ce que c’est la mélancolie ?  Tu as déjà vu une éclipse ? Eh bien c’est ça : la lune qui se glisse devant le cœur et le cœur qui ne donne plus sa lumière. »

 

Ces mots sont de Christian Bobin, que je ne connais absolument pas, mais qui permet de comprendre, rien qu’avec ces deux phrases extraites respectivement de L’Inespérée et de La Folle allure, de faire comprendre les deux parties du film et le lien qui les unit.

 

lars-von-trier-melancholia.jpg

 

La première partie est consacrée à Justine, qui se marie dans la somptueuse maison du mari de sa sœur. Il y a un golf magnifique et la soirée prévue est grandiose. Mais voilà, Justine n’est pas tout à fait normale et est en proie, non pas à des doutes, ce qui est courant dans un contexte de mariage, mais à une angoisse réelle de la vie (« Je marche péniblement, des fils sont accrochés à mes chevilles » dira-t-elle à sa sœur Claire).

 

Cette partie fait la part belle à Kirsten Dunst, qui a eu le prix d’interprétation féminine 2011 pour ce film à Cannes. C’est d’un suspense haletant et surprenant puisqu’il s’agit « simplement » d’un mariage et non d’un thriller. Par contre, la façon de filmer, caméra à l’épaule qui valse entre tous ces personnages, m’a donné le tournis et ce jusqu’au mal de cœur. Pourtant d’habitude, je m’y fais au bout de quelques minutes. Mais là, ça passait difficilement.

 

melancholia-2011-19397-1355525466.jpg

 

La seconde partie s’attache aux angoisses grandissantes de Claire, qui prend soin de sa sœur Justine et regarde avec appréhension la planète Melancholia s’approcher de la Terre. Malgré les tentatives de son mari pour la rassurer, calculs scientifiques à l’appui, elle ne peut s’empêcher d’avoir peur et remet en question l’idée que la planète ne va qu’effleurer la Terre. On pourrait penser que les images de la planète relèveraient du grotesque, mais non. On y est et on sent la fin venir en même temps que Charlotte Gainsbourg qui tient le rôle de Claire et qui est sublimissime (elle a eu aussi le prix d’interprétation féminine avec Lars Von Trier, mais il y en deux ans pour Antechrist). Pendant ce temps, Justine retrouve sa sérénité et SAIT que la fin approche mais trouve que tout est en ordre, pour une fois.

 

charlottegainsbourg_film_premieres_photos_melancholia_avril.jpg


Car « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste », a écrit Victor Hugo.

 

Pour finir, une réplique toute simple m'a particulièrement marquée tellement elle est magnifique dans la bouche d'une Charlotte Gainsbourg qui la dit deux fois, à sa soeur, dans chacune des deux parties et à des moments clés, et qui fait mal: "Sometimes I hate you so much".

Rédigé par t-as-vu-ma-plume.over-blog.com

Publié dans #A la croisée des arts

Repost 0
Commenter cet article