Ecrire le cinéma - Woody nous envoie une carte postale de Rome : colorée, sucrée… un peu clichée ?

Publié le 13 Juillet 2012

 

 

 Bonjour de Rome !

 

Colisee.png 


Après Paris, Londres, Barcelone, New-York maintes fois, j’emmène mes valises à Rome pour y apprécier la chaleur, les filles en jolies robes vaporeuses et aux cheveux d’un noir de jais, la tchatche italienne et les monuments historiques. D’où le Colysée en image sur cette carte postale que je vous envoie.

Je crois que je suis prêt à tous les voyages : « Je ne crois pas en l’au-delà mais j’emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange.  ».

L’avion me fait toujours un peu flipper, où en tout cas je m’en amuse, et je suis très bien entouré : une psychiatre qui va pouvoir mettre en valeur la complexité de mon personnage et sa névrose, une fille adorable qui me dégote le gendre opposé à ce que je voulais (vous vous rendez compte : moi qui n’ai traité que de la vie de bobos artistes me voilà à devoir discuter avec un avocat de communistes !)…

Ce qui me frappe dans ce pays, c’est la sensualité des gens, le sourire des femmes toujours brunes, la folie des médias qui traitent l’actualité et les célébrités comme des marionnettes, l’architecture grandiose (qu’il faut que je replace dans mon film afin de respecter mes éternels choix de personnages)…

 

Et puis… (Notez que c’est une carte postale au format « Woody Allen » donc c’est une longue carte postale bavarde).

La vie me plait et la mort me fait peur. Je ne jouerai dans ce film que le père de la fille à marier. C’est ainsi que je me projette dans ce jeune homme (Jesse Eisenberg) qui interprète LE rôle que j’aurais adoré jouer, et aux prises avec cette fille au charme fou. Les hommes, dans mes films, n’ont pas besoin d’avoir de charme. La tchatche est leur arme absolue (Roberto Benigni, Woody lui-même, Alec Baldwin en ange gardien etc.). Je vieillis, il faudra que je place une ou deux allusions dans le film, sachant que j’ai eu une idée de génie : le futur beau père de ma fille sera croque-mort ! Un de mes seuls personnages non bobos qui représente ma plus grande peur !

La culture italienne est grandiose, de même que son patrimoine : la fontaine de Trévi, toutes ces places dorées par le soleil, ces rues animées, ces lieux de tournage inopinés, ces acteurs bedonnants et machistes au possible, cette musique populaire dont on ne se lasse pas (Volare volare pour le générique… pfff). Rome est un sujet parfait pour un film !

 

Je ne sais pas quand je reviendrai aux Etats-Unis…

 

With Love

 

Woody

 

PS:« je n’ai jamais apprécié aucun de mes films ». (Il l'a vraiment dit!)

 

 

Je crois que cette carte postale est assez claire. Je l’ai lue (enfin, j’ai vu le film), la semaine dernière et, avec le recul, je n’arrive pas à me détacher de cette impression désagréable : la carte postale est savoureuse et à un bon goût de vacances, mais colle comme un bonbon resté trop longtemps au soleil.

 

Ces quelques lignes laisseraient à penser que To Rome with Love est nul. Pas du tout. J’ai passé un très bon moment, adorant les péripéties de Jesse Eisenberg, Alec Baldwin et Roberto Begnini. Et puis cette burlesquerie avec un chanteur digne de faire les plus grands opéras mais capable de chanter seulement sous la douche… irrésistible ! Seulement, je ne pouvais m’empêcher de me dire « c’est un peu facile » ou encore « quand est-ce qu’il met vraiment le pied à Rome ? ».

En effet, il traite de Rome du point de vue de touristes de province italienne, ou venant de l’autre bout du monde, ou d’expatriés. On est loin du « vécu » et ça reste très superficiel.

Dans ses films new-yorkais, Woody se régale de morceaux de jazz sublimes. Ici, désolée mais j’insiste, on est servis de Volare volare (au début ET à la fin) et de morceaux d’opéra pour rappeler qu’on était en Italie. Aucune recherche musicale, à part une rengaine répétée à longueur de scènes.

Dans Minuit à Paris, le côté carte postale habitait le générique pour ensuite laisse place à la réelle poésie urbaine. Ici il imprègne tout le film.

Dans Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, on perçoit la cruauté des rapports humains. Ici, alors que les configurations initiales des trois histoires nous laissaient à penser qu’il y aurait des perdants à la fin, on reste sur un esprit de fable douce-amère, où tout est finalement pour le mieux ou presque.

Dans Meurtre mystérieux à Manhattan, les répliques de Woody Allen et de Diane Keaton pour jouer le couple héros du film sont à se tordre de rire tellement c’est fin. Ici, on a l’impression que c’est le même couple qui a pris de l’âge, mais qui ne ‘est pas bonifié comme le vin.

 

Pour finir, pêle-mêle : Un personnage d’acteur cliché du séducteur italien (oui, apparemment et pas que selon Woody, les italiennes aiment les mecs grisonnants, sans cheveu sur le haut du crâne et avec une bedaine, pour peu qu’ils aient une voix grave) ; les lieux les plus touristiques de Rome déferlant à tout va devant nos yeux sans aucune subtilité, des personnalités bien trempées mais mono-facettes, des acteurs très bons mais sous-exploités…

 

Pourtant, j’aime l’univers de Woody Allen… Mais on dirait qu’il n’a mis qu’un pied à Rome. J’attends qu’il l’explore, vraiment, ou alors qu’il revienne à New-York et qu’il retrouve son cynisme, ou encore qu’il s’attache à d’autres personnes que des artistes, écrivains, architectes, metteurs en scène, professions hyper intellectuelles etc.

 

 

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #A la croisée des arts

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Cyrielle 13/07/2012 15:06

Le truc avec Rome, c'est que même quand on y vit, on a l'impression d'être dans une carte postale. Les monuments, de la Basilique St Pierre au Colisée en passant par le Trastevere sont les lieux
touristiques que l'on traverse et dans lesquels on évolue. Si Rome est surnommée la "ville éternelle", c'est bien pour sa constance. Le monde avance, les choses évoluent mais la ville reste la même
malgré les rénovations.

Quand Woody Allen nous fait découvrir des quartiers et des ruelles de Rome par esquisse, c'est à l'image des Romains qui passent sur leur Vespa et se faufilent entre les piétons, les voitures et
sur les pavés des petites rues.

Évidemment, il y a les petites trattoria, les bars souvent très beaux qui ne ressemble en rien aux bars français et des petits coins isolés que l'on découvre au gré des ballades et des soirées
estivales où l'on déambule parmi les gens qui parlent fort et avec les mains bien sûr.

Si la musique "Volare volare" est clichée à mourir, elle illustre parfaitement la légèreté de la "dolce vita" que les personnages du film semblent vivre. Des américains aux italiens purs sang qui
nous sont présentés, tous se caractérisent par cette recherche de sensation (cf les deux italiens un peu coincés, l'américaine folle qui bouleverse Jesse), ce besoin de vivre (avec la peur de la
mort) et d'évasion (place de l'art, de l'opéra et des ballades).

La critique des médias est cinglante et celle de l'espèce humaine aussi : désir d'être connu et reconnu, passion pour l'inaccessible et l'interdit et incapacité à résister aux pulsions et
désirs.

Ce film est à l'image des autres Woody Allen selon moi avec toujours les mêmes thèmes revus. Une légèreté agréable et plaisante avec des histoires qui finissent bien. Vu le contexte, un film qui
donne le sourire me paraît judicieux. Le casting aide certainement même si les acteurs ne connaissent pas là leurs plus grands rôles.

Bref, pour moi, c'est une réussite !

t-as-vu-ma-plume 13/07/2012 16:22



Oui je sais que tu avais beaucoup aimé.


Moi aussi j'ai vraiment bien aimé. Là je parle surtout du fait que j'attendais plus de lui (c'est un Woody mais pas très inventif et pas renouvelé par rapport aux précédents, ça pourrait presque
être une compile s'il n'y avait pas Rome, enfin c'est ce que j'ai ressenti).


Pour l'effet carte postale, je pense qu'on peut le ressentir dans beaucoup d'endroits, c'est mon cas à Amsterdam et même dans certains quartiers de Paris, mais ça n'empêche pas d'aller un peu
plus loin dans certains aspects... En fait, j'ai été déçue de la vision de Rome dans le sens où je n'ai pas vu grand chose de plus que ce que je vois sur les photos de mon week-end là-bas quand
j'étais petite en tant que touriste. L'atmosphère était bien là, par contre. Et c'était agréable.


Bref, oui, c'est un bon film car c'est du Woody, c'est sûr. Heureusement qu'il plait! Et j'espère qu'on ira voir le suivant ensemble aussi :)