Excursions – Des Agapanthes à la mer d’Islande, quand le beau temps vient de Bretagne

Publié le 7 Août 2011

 

Partir en Bretagne pour prendre le soleil, le pari n’était pas gagné d’avance. Mais c’est en revenant dans la Provence natale et avec des couleurs que je peux raconter et témoigner formellement. Oui, il y a du soleil en Bretagne, et parfois plus que sur notre côte d’Azur si j’en crois le temps bizarre qui sévit depuis début juillet.

 

Cette région, qui se trouve être celle de ma naissance (là s’arrête la liste des points communs entre la Bretagne et votre servitrice), m’a enchantée de ses couleurs, de son bon esprit (là les gens sourient et disent bonjour !), de ses galettes et crêpes bretonnes, de ses noix de Saint-Jacques, de sa côte déchiquetée, de son far breton, de ses agapanthes (fleurs qui ressemblent aux rhododendrons)…

 

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Ce qui m’a moyennement plu ? Le Kouign Aman, pâtisserie locale qui ressemble à mille croissants au beurre (salé) comprimés pour former une seule part de gâteau ; l’andouille de Guéméné, un peu trop fumée, et cette obsession du beurre dans la culture locale (j’en veux pour preuve le slogan d’une radio locale « Radio Bonheur c’est meilleur avec du beuuuuurrre »).

 

Mais si vous passez dans le coin, ne ratez pas, surtout pas, l’île de Bréhat qui est magnifique (vue de mer et vue de l’intérieur), la côte de granit rose (aux alentours de Ploumanach’ par exemple), une ballade en kayak pour approcher cormorans et goélands près de Loguivy De La Mer, le village de Paimpol et celui de Tréguier

 

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Et parlons du mur des disparus, car c’est aussi, finalement, ce qui me permet de faire un lien avec l’écriture ici. La pêche aura été, de par l’histoire, l’une des activités phares de la côte bretonne. Et entre 1950 et 1835, si ma mémoire est bonne, 2000 pêcheurs ont trouvé la mort en mer d’Islande, par vingtaines à bord de goélettes qui affrontaient en vain les tempêtes et se perdaient dans la mer.

 

C’est à ces pêcheurs que le mur des disparus, qui se trouve à Ploubazlanec, rend hommage, le long du cimetière du village.

 

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On peut certes penser à Ernest Hemingway pour les références littéraires quand il s’agit de pêcheurs (Le Vieil homme et la mer, avec cette phrase « un homme, ça peut être détruit mais pas vaincu ») ; mais c’est à Pierre Loti que je veux consacrer ce billet.

 

Pierre Loti fut un écrivain du 19ème siècle, officier de marine par ailleurs, qui s’inspira de ses voyages de marin pour écrire. Le roman emblématique Pêcheur d’Islande, que je viens à peine de commencer, relate avec le drame dans lequel deux amants sont plongés, et décrit aussi bien le quotidien des pêcheurs que celui de leurs femmes et mères, dans l’attente angoissante plusieurs mois par an, et parfois, trop souvent, endeuillées.

 

Je vous laisse donc avec cet extrait d’une nuit de pêche.

 

 

Pierre LOTI (1850-1923) Pêcheur d’Islande (1886), I, 1 : Mer d’Islande

Dehors il faisait jour, éternellement jour.

     Mais c’était une lumière pâle, pâle, qui ne ressemblait à rien ; elle traînait sur les choses comme des reflets de soleil mort. Autour d’eux, tout de suite commençait un vide immense qui n’était d’aucune couleur, et en dehors des planches de leur navire, tout semblait diaphane, impalpable, chimérique.

     L’œil saisissait à peine ce qui devait être la mer : d’abord cela prenait l’aspect d’une sorte de miroir tremblant qui n’aurait aucune image à refléter ; en se prolongeant, cela paraissait devenir une plaine de vapeur, – et puis, plus rien ; cela n’avait ni horizon ni contours.
     La fraîcheur humide de l’air était plus intense, plus pénétrante que du vrai froid, et, en respirant, on sentait très fort le goût de sel. Tout était calme et il ne pleuvait plus ; en haut, des nuages informes et incolores semblaient contenir cette lumière latente qui ne s’expliquait pas ; on voyait clair, en ayant cependant conscience de la nuit, et toutes ces pâleurs des choses n’étaient d’aucune nuance pouvant être nommée.

     Ces trois hommes qui se tenaient là vivaient depuis leur enfance sur ces mers froides, au milieu de leurs fantasmagories qui sont vagues et troubles comme des visions. Tout cet infini changeant, ils avaient coutume de le voir jouer autour de leur étroite maison de planches, et leurs yeux y étaient habitués autant que ceux des grands oiseaux du large.

     Le navire se balançait lentement sur place, en rendant toujours sa même plainte, monotone comme une chanson de Bretagne répétée en rêve par un homme endormi. Yann et Sylvestre avaient préparé très vite leurs hameçons et leurs lignes, tandis que l’autre ouvrait un baril de sel et, aiguisant son grand couteau, s’asseyait derrière eux pour attendre.
     Ce ne fut pas long. À peine avaient-ils jeté leurs lignes dans cette eau tranquille et froide, ils le relevèrent avec des poissons lourds, d’un gris luisant d’acier.

     Et toujours, et toujours, les morues vives se faisaient prendre ; c’était rapide et incessant, cette pêche silencieuse. L’autre éventrait, avec son grand couteau, aplatissait, salait, comptait, et la saumure qui devait faire leur fortune au retour s’empilait derrière eux, toute ruisselante et fraîche.

     Les heures passaient monotones, et, dans les grandes régions vides du dehors, lentement la lumière changeait ; elle semblait maintenant plus réelle. Ce qui avait été un crépuscule blême, une espèce de soir d’été hyperborée, devenait à présent, sans intermède de nuit, quelque chose comme une aurore, que tous les miroirs de la mer reflétaient en vagues traînées roses...

 


 
Désolée la version n'est pas idéale, mais la chanson vaut quand même qu'on s'y attarde (très beau texte)

Rédigé par t-as-vu-ma-plume.over-blog.com

Publié dans #Je prends ma plume...

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scarlett 07/08/2011 20:42


Les photos sont très réussies ! En tous cas, je ne savais pas qu'il y avait autant de spécialités en Bretagne!
A très bientôt et profite bien du mois d'août!
Bisous


t-as-vu-ma-plume.over-blog.com 07/08/2011 21:00



Merci! Malheureusement, même si mes photos ressemblent un peu et que j'ai vu ces coins pour de vrai, c'est des images googlées...


Bisous et profite bien aussi (envoie un petit mot de Madrid^^)