Hiroshima mon Amour – Peut-on s’aimer dans le souvenir de l’horreur ?

Publié le 22 Juin 2012

 


 

 

 

 

Je l’ai lu en très peu de temps – pas encore vu, mais j’appréhende un peu – mais il m’a fallu du temps pour prendre du recul sur cette lecture.

Quelle idée, alors que, dès qu’on pense à conjuguer littérature et Japon, on pense à Fukushima, de se replonger dans un évènement encore plus traumatisant. Evènement qu’il est inutile de rappeler, et c’est triste pour cette ville d’ailleurs, d’être systématiquement et irrémédiablement assimilée à l’assassinat de centaines de milliers de personnes en quelques fractions de seconde.

 

C’est d’abord l’histoire de Marguerite Duras qui doit écrire un scénario pour Alain Resnais  qui veut faire un film (1959).

C’est donc, plus précisément, l’histoire d’une actrice française (sans prénom) qui finit une partie de tournage à Hiroshima et rencontre un japonais, pour un échange fulgurant, sulfureux, passionnel, douloureux, corporel…

Et des discussions sur la catastrophe nucléaire, militaire et surtout humaine, des discussions sur le passé de la femme sous l’occupation, qui a une histoire d’amour avec un militaire allemand et se retrouvera donc tondue et soumise à la honte d’avoir été une collaboratrice couchée…

 

C’est pas joyeux du tout, on l’aura compris. C’est une souffrance même à la lecture, de s’imaginer ces épisodes témoignant de l’absurdité humaine et des pires abominations possibles. C’est un paradoxe que d’assister à une rencontre aussi pure entre deux corps qui ont vécu cela, dans un endroit marqué dans ses racines par le mal.

 

Est-ce possible d’oser parler d’amour et de bonheur dans un endroit pareil ? Je trouve que c’est la délicate question que pose cette plutôt belle histoire, qui met en scène deux témoins forcés d’épisodes dramatiques de l’histoire, et qui doivent vivre avec, vivre dans cette ville.

 

Le texte est tantôt épuré, brut, tantôt un peu lourd. Ce sont ces passages lourds, d’ailleurs, qui sont mis entre crochets dans le livre, c'est-à-dire qu’ils sont coupés du scénario final du film. Et ce n’est pas plus mal. Il est intéressant justement de voir ce qui reste et ce qui est enlevé, et je ne peux que tomber d’accord avec le choix final d’Alain Resnais, de ne pas avoir gardé certains passages pleins de grandiloquence et de redondance.

Il a gardé ce qu’il y avait de pur et de poétique dans l’écriture de Duras, je trouve.

 

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LUI : Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien. 

ELLE : J’ai tout vu. Tout… Ainsi l’hôpital je l’ai vu. J’en suis sûre. L’hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir ?

LUI : Tu n’as rien vu d’hôpital à Hiroshima. Tu n’as rien vu à Hiroshima…

ELLE : Je n’ai rien inventé.

LUI : Tu as tout inventé.

ELLE : Rien. De même que dans l’amour l’illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j’ai eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierai. De même que dans l’amour.

 

 

Une autre phrase illustre un douloureux aspect de ce que peut amener un drame historique tel qu’Hiroshima ou l’humiliation post-libération :

 

« Comme toi, je suis douée de mémoire. Je connais l’oubli. »

 

Est-il légitime de vouloir oublier ces souffrances passées, de vouloir les refouler au plus profond de soi ? Mais est-ce seulement possible ? Pour les personnages, ça ne l’est pas. Et ils s’accrochent finalement à ces traumatismes, comme s’ils ‘étaient pas complets sans eux et qu’ils ne pouvaient se livrer pleinement l’un à l’autre sans tout connaître des douleurs de chacun.

On voit l’actrice qui replonge dans son passé et sa relation amoureuse avec l’ennemi, et qui en a besoin pour se rendre compte de ce qu’est le bonheur de se sentir en fusion avec quelqu’un. Et c’est dans ces moments de réminiscence qu’elle a les plus belles déclarations d’amour envers le japonais qui partage deux jours de sa vie.

 

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J’y ai surtout vu ces aspects, ces questions, assez inédites. D’autres ont vu, et ce n’est pas faux, une réflexion sur l’amour et la liberté sexuelle de la femme qui se donne dans ce livre à son amant passager comme si sa vie en dépendait, qui garde néanmoins une certaine indépendance et assume son désir.

 

« Tu me tues. Tu me fais du bien… Dévore-moi. Déforme-moi jusqu’à la laideur… »

 

Peut-être est-ce parce que je le lis aujourd’hui et que le scénario est écrit pour le film qui sort en 1959, que je ne sens pas tellement le côté « révolutionnaire » de l’écrit pour ce qui concerne la liberté de la femme.

Mais il est vrai, quand on y pense, que ces mots devaient être considérés comme subversifs il y a un peu plus de cinquante ans.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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Clovis Simard 11/07/2012 22:34

Blog(fermaton.over-blog.com),No-4, - THÉORÈME DE L'AMOUR. C'est divin ?

t-as-vu-ma-plume 12/07/2012 09:27



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lizagrèce 23/06/2012 12:05

C'est pas une histoire de mots ... Mais une histoire de situation. Parler de ces femmes tondues peu après la guerre er présenter leur souffrance c'était ça qui était subversif Elles n'étaient
considérées que comme des traîtres à la nation et l'objet de leur traîtrise n'était rien de moins que leur sexe . La guerre n'était pas si loin et les blessures pas encore cicatrisées