Houellebecq et Les Particules élémentaires – quand la partie cul est élémentaire

Publié le 13 Février 2011

Voilà du lourd pour la deuxième partie!


Oui je sais, désolée le titre est un peu vilain/choquant. Mais Houellebecq c’est pas un enfant de cœur non plus et je n’ai pas résisté au jeu de mots.

Du coup (voir article précédent), après réflexion je me suis rabattue sur Les Particules élémentaires, un des premiers « grands » romans de Michel H., dont voici un synopsis façon moi-même :

 

Michel et Bruno sont demi-frères et leur enfance n’est pas jojo. Leur mère a délaissé toute responsabilité parentale pour aller s’éclater sexuellement avec tout ce qui bouge, comme toute soixante-huitarde qui se respecte et peut exprimer librement sa sexualité. D’ailleurs elle ne va pas crever joliment.

Chacun tente de mener une vie originale, faite pour quelque chose. Michel devient un scientifique reconnu et Bruno développe pendant toute sa vie (c’est d’ailleurs le fil conducteur du récit sur lui) des tendances pédophiles, peut-être à cause d’un traumatisme d’enfance (il était maltraité dans un internat par ceux de la classe au-dessus).

 

Ce qui est brillant dans ce roman, c’est qu’on y découvre deux façons de voir la vie, avec pour point commun le corps. Le corps en lui-même, épuré de tout ce qui touche à l’âme ou aux sentiments.

Quand on lit la vie de Michel (je précise que les vies de Michel et Bruno sont racontées en parallèle, et non pas dans deux parties distinctes l'une de l'autre), on découvre des passages très descriptifs et scientifiques pour une objectivation et une "démysthification" de tout et tous. Les êtres sont destinés à vieillir irrémédiablement, seuls malgré tous leurs efforts, et vont pourrir dans la terre dévorés par les vers. Ils évoluent  séparément des autres, comme justement des particules volatiles, incapables de contrôler leurs mouvements et de se rencontrer les unes les autres.

Vous aurez compris que cette vision est tout sauf réjouissante, mais c’est brillamment écrit et Michel semble appliquer cette thèse pour sa propre vie. Un seul hic concernant cette partie, c’est que les passages scientifiques sont difficilement voire pas du tout compréhensibles pour quelqu’un qui a fait un bac S (c'est-à-dire moi).

 

Bruno, lui, se heurte à la période post-68 qu’il décrit comme dépressive car toutes ces personnes libérées se sont fondées sur leurs corps pour s’exprimer. Or, leurs corps ont vieilli et ils ne sont plus maintenant que des êtres en quête de reconnaissance physique et sentimentale. Sauf que le deuxième aspect leur échappe désormais. Bruno s’éclate dans ce monde. Il cherche sans cesse à baiser et a laissé se ruiner son mariage avec sa femme qui avait comme avantage d’avoir de gros seins. Les réflexes de sa « petite bite de 13 centimètres » lui font dire qu’il ne faut pas qu’il élève son fils sinon ils vont finir par avoir les mêmes cibles tous les deux.

C’est là l’histoire d’une chute ou d’une décadence du fait de l’obsession du sexe. Ici ce n’est pas le sexe qui est mauvais, mais la frustration qu’il engendre car Bruno n’est qu’un gros homme boudiné pas charmant qui n’est attirée que par les corps bien foutus. Là, toutes les descriptions de cette frustration permanente pourront être dégueulasses pour les uns, ou brillantes pour les autres.

 

J’ai trouvé ça brillant.

Au début.

Pendant les 150 premières pages (sur 300 et quelques).

Mais ensuite c’est devenu « trop » brillant.

 

Pour me faire comprendre  (page 154):

 

« De ce point de vue là, l’été 76 devait rester historique. Les jeunes filles portaient de robes courtes et transparentes, que la sueur collait à leur peau. Il marcha des journées entières, les yeux exorbités par le désir. Il se relevait la nuit, traversait Paris à pied, s’arrêtait aux terrasses des cafés, guettait devant l’entrée des discothèques. Il ne savait pas danser. Il bandait en permanence. Il avait l’impression d’avoir entre les jambes un bout de viande suintant et putréfié, dévoré par les vers… »

 

Je vous laisse juges. Pour donner donc en deux mots mon impression à la sortie de ce roman, je dirais que je suis partagée entre fascination et écœurement.

Et j’ai envie de dire à Houellebecq « Fume un coup, et tu verras la vie glisse plus facilement que cela » (d'où la chanson que je vous propose ci-dessous). Mais c’est vrai quoi ! Moi qui aime pouvoir lire un livre d’une traite j’avais envie de sombrer dans la dépression au bout de quelques pages parfois, ce qui montre que Houellebecq est tout de même particulièrement doué pour exprimer la détresse de ses personnages.

D’où le besoin de se poser et de méditer tout ça…

 

 


 
 

(vous pourrez écouter aussi la version de Scarlett Johansson, très bonne interprète et sensuelle à souhait, mais là dans ce contexte je préfère l’originale de Tom Waits).

 

La fin du roman sauve un peu la mise, et rend presque hommage à ces deux personnages, frères qui ne feront que se croiser dans leurs vies, et qui auront à la fois fantasmé et cherché leur bonheur, mais auront tout gâché en s’enfermant dans leurs propres erreurs. J’aime beaucoup ces deux phrase :

 

« Nous pensons aujourd’hui que Michel Djerzinski est entré dans la mer ».

 

« Il est cependant nécessaire que cet hommage, au moins une fois, ait été accompli. Ce livre est dédié à l’homme ».

Rédigé par t-as-vu-ma-plume.over-blog.com

Publié dans #Cercles de culture

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