L'art et la plume - Les pois de Yayoi Kusama

Publié le 3 Février 2012

 

« Ma vie est un pois perdu parmi des milliers d’autres pois. » Yayoi Kusama.

 

Mettre des mots sur l'art contemporain... Nous continuons cette chronique pleine d'enrichissement avec Pauline Ladier, étudiante aux Beaux-Arts de Marseille, et, pour ce billet, fascinée par la plasticienne Kusama.

 

 

 


 

 

 

Cette plasticienne, âgée aujourd’hui de 82 ans, est une des plus grandes figures de l’art contemporain. D’origine japonaise, Yayoi est subitement victime, à l’âge de 10 ans, d’hallucinations ; dès lors, elle n’aura plus qu’un désir, plus qu’on moyen d’épanchement, peindre, créer…et ne verra plus que des pois, partout, encore et toujours…  Les pois, tout comme les formes phalliques, seront les leitmotive de son œuvre. Kusama fait de la féminité un thème majeur de ses créations, elle est une artiste engagée, à l’origine de nombreuses performances, et n’hésitant pas à choquer pour se faire entendre… Louise Bourgeois ; monument de la sculpture, utilisera également, quelques années plus tard, ces mêmes formes phalliques pour ses œuvres. Kusama eut une vie torturée, elle fut victime à plusieurs reprises de graves dépressions, ce qui l’amena à trouver refuge, il y a quelques années, dans un hopital psychiatrique, où elle demeure encore aujourd’hui, ce qui ne l’empêche néanmoins nullement de poursuivre son œuvre en atelier, et d’exposer dans le monde entier (rétrospective actuellement au Centre Pompidou).

 

L’œuvre à laquelle nous allons nous intéresser est Fireflies on the water, créée en 2002. Cette réalisation magique est une installation, occupant tout l’espace d’une pièce, et faite d’ampoules électriques colorées, de miroirs aux murs et d’eau au sol. La pièce étant complètement plongée dans l’obscurité, seules les lumières colorées, démultipliées par les miroirs et l’eau, rythment l’espace de leur flottement inaccessible. Le spectateur qui déambule à travers la pièce, est victime de l’annulation de la matérialité de l’espace réel, et ne peut déterminer les limites de la pièce, ainsi que les ampoules, des simples reflets… 

 

 

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Nombreux sont les artistes utilisant la lumière comme élément principal de création. Quel est alors le message de ces artistes, et plus particulièrement ici, de Kusama ? Quel rôle la lumière joue t elle dans son œuvre ? « Ma vie est un pois perdu parmi des milliers d’autres pois. » Cette citation peut aider dans l’interprétation, subjective évidemment, de cette œuvre.

Ainsi cette multitude de points colorés représenteraient les multitudes vies humaines qui nous entourent, que nous croisons, frôlons… Kusama, comme le spectateur, se perdent entre ces petites lumières, ne savent plus où ils sont, qui ils sont… Une infinité de points, dans un espace lui aussi infini. Ou est la place de l’Homme dans cette infinité ?

 

Kusama réussit avec une beaucoup de sensibilité, à nous plonger au cœur de ses hallucinations, à nous montrer ne serait ce qu’un instant, sa vision du monde. Cette démultiplication de lumières, de l’Hommes, peut traduire la société de consommation, de masse, dans laquelle nous vivons… Une prolifération incontrôlable, perdue dans un néant. L’Homme est ainsi rabaissé, ramené à l’échelle de grain de sable dans l’univers infini. De plus, la plupart de ces lumières ne sont que des reflets, des tromperies, des mirages …

 

 


 

 

 

Kusama veut nous perdre dans cette galaxie factice qui représente l’Homme, elle nous plonge au cœur du labyrinthe de la vie humaine. « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » disait Leibniz. Autrement dit, à quoi est du la vie ? Le spectateur peut errer autant qu’il veut dans cet espace sans issu créé par l’artiste, en cherchant une réponse… Yayoi arrive avec magie à nous présenter ce qu’on peut penser être, son regard sur ce qui l’entoure. Ce qui pourrait se traduire par « Nous savons tous que l’art n’est pas la vérité. L’art est un mensonge qui nous fait comprendre la vérité, du moins la vérité qu’il nous est donné de pouvoir comprendre. » disait Picasso. L’humain a-t-il encore une place dans l’œuvre de Kusama, en tant que « moi » unique, subjectif et en perpétuel changement ?

Il semblerait que les multitudes de reflets soient à l’image de l’Homme, qui perd son identité, pour rentrer dans le moule de « la masse homogène, aveugle, et obéissante » de George Orwell. Néanmoins,  l’Homme porte la lumière, autrement dit la vie, la connaissance… Est-ce là un signe positif quant à la vision que Kusama a de l’Homme ? En tous cas, tandis que  chaque vie (points lumineux) semble perdue et suspendue dans l’air, comme des gouttes colorées, abandonnées dans une infinité non-maitrisée, on a envie de recroire en l’Homme, mais ailleurs peut être… « La vraie vie est absente. » disait Rimbaud. Ainsi l’espace habité par les lumières, l’espace habité par l’Homme, est lui aussi remis en question… Kusama, une fois de plus, est elle, présente dans son œuvre ; en effet ces scintillements colorés ne sont autre que des pois, une infinité de pois, où elle et nous, nous trouvons, quelque part… La lumière qui créé l’espace alentour, le silence qui l’accompagne…donne l’impression au spectateur d’être spectateur de sa propre vie…

 

 

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Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #A la croisée des arts

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